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Les forces de l'ordre ont été fortement mises à l'épreuve cette semaine.
Les forces de l'ordre ont été fortement mises à l'épreuve cette semaine.
©Reuters

Manque de moyens

La semaine sanglante où la France a durement ressenti sa pénurie de policiers de terrain

Les autorités ont dû faire appel à un millier de militaires, hier, pour faire face aux deux prises d'otages. En cas de troisième évènement, la France se serait-elle trouvée démunie ?

Mathieu Zagrodzki

Mathieu Zagrodzki

Mathieu Zagrodzki est politologue spécialiste des questions de sécurité. Il est chercheur associé au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales et chargé de cours à l'université de Versailles-St-Quentin.

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Atlantico : Dans la journée du vendredi 9 janvier, les forces de l'ordre ont dû gérer deux prises d'otages. Le dispositif mis en place - 87.150 personnes aux alentours de midi -, qualifié de "sans précédent" a même dû être complété avec plus d'un millier de militaires. Il a d'ailleurs été évoqué sur BFM TV qu'en cas de troisième évènement d'ampleur, les forces de l'ordre n'auraient pas pu le prendre en charge avec les moyens nécessaires. Au-delà du contexte exceptionnel auquel le pays a été confronté, les effectifs de la police française sont-ils suffisants en France ?

Mathieu Zagrodzki : Oui, les effectifs policiers sont largement suffisants en France. Rappelons qu’entre la Police nationale et la Gendarmerie nationale, nous avons environ 210 000 agents de la force publique, sans compter les policiers municipaux, qui sont au nombre de 20 000 environ. Nous sommes plutôt bien lotis par rapport à quelques-uns de nos voisins européens ou aux américains. Nous avons 3.7 policiers pour 1000 habitants, contre 3.2 en Allemagne, 2.7 en Angleterre et au Pays-de-Galle ou 2.4 aux Etats-Unis. On ne peut donc pas parler d’un déficit de policiers en France.

En quoi cette situation peut-elle porter atteinte à la mise en place du plan Vigipirate "écarlate" (à son niveau de menace le plus élevé) ? Tous les lieux à protéger, comme les écoles, les centre-commerciaux ou encore les monuments peuvent-ils être surveillés et protégés comme prévu ?

C’est une question compliquée. Je vous répondrai de la façon suivante : on peut dire qu’il faudrait multiplier les effectifs dans des proportions absolument irréalistes pour protéger tous les lieux potentiellement sensibles en France, dont le nombre est quasiment infini. Toutes les écoles, les bâtiments publics locaux ou nationaux, les musées, les centres commerciaux, les aéroports, les gares et les zones touristiques peuvent être considérés comme des cibles potentielles. Le fait d’augmenter les effectifs policiers de 500 ou de 1000 policiers ne changerait pas grand-chose à cet état de fait car il restera toujours des zones moins ou pas protégées. Il faut insister sur le fait que c’est surtout en amont que se fait la prévention des attentats, à travers le renseignement et l’investigation.

Si le problème des effectifs n'est pas un manque de moyen, a quoi ressemblerait alors une meilleure gestion de ceux déjà en place ?

Il y a une sorte de syndrome français qui consiste à faire faire aux policiers toutes sortes de tâches qui devraient être du ressort de personnels administratifs. Dans les commissariats, vous avez des fonctionnaires de police qui font les plannings, gèrent les congés ou l’accueil téléphonique. Les britanniques ont fait le choix d’embaucher des personnels administratifs, moins coûteux en salaires et en formation. Ces personnels administratifs s’élèvent à 64 000 en Angleterre et au Pays-de-Galle, contre à peine 15 000 en France. Nos voisins d’outre-Manche ont sensiblement moins de policiers que nous, mais ceux-ci sont recentrés sur leur cœur de métier. Un autre enjeu, qui n’a pas vraiment été traité jusque-là, est l’utilisation des CRS, qui comptent 14 000 fonctionnaires, et des gendarmes mobiles, qui sont un peu plus de 16 000. A-t-on besoin d’autant de spécialistes du maintien de l’ordre à un moment où les services de voie publique et d’investigation de proximité se plaignent d’un cruel manque d’effectifs ?

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