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Ehpad maison de repos hôpital restriction des visites
Ehpad maison de repos hôpital restriction des visites
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Isolement

La restriction des visites dans les hôpitaux, Ehpad, maisons de repos et autres centres de convalescence est-elle vraiment justifiée d’un point de vue sanitaire ?

Le très lourd coût humain que ces restrictions impliquent pour les malades et personnes dépendantes comme pour leurs familles mérite que l’on s’y attarde. D’autant que ces établissements ne parviennent pas à protéger leurs résidents des contaminations.

Jean-Luc Plavis

Jean-Luc Plavis

Jean-Luc Plavis est coordinateur régional Ile-de-France de France Assos Santé. Il coordonne un groupe de réflexion sur les violences sexuelles sur mineurs, en particulier l’inceste.

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Atlantico.fr : Comment  expliquer le décalage entre la grande fermeté des restrictions quant aux visites dans les centres médicaux et hospitaliers et la réalité de l'exposition des patients ou résidents à la Covid-19 ?

Jean-Luc Plavis : Il faut comprendre qu’un établissement de soin hospitalier, ou un EHPAD, ne sont pas des établissements ordinaires. Des recommandations de la Haute Autorité de Santé ont été posé concernant les visites dans ces établissements. Il apparaît normal, du fait du public accueilli, de leur état de santé, que des mesures de sécurité soient assurées dans le cadre des visites des proches ou de toute personne souhaitant rendre visite à une personne âgée ou un malade.

Le principe de précaution qui a prévalu lors du premier confinement, a été appliqué sans toujours tenir compte de ces recommandations, avec une excessivité des mesures prises, entraînant des conséquences psychiques pour les personnes hospitalisées, mais aussi les familles.

Avec le temps, l’expérience du premier et du second confinement, les professionnels de santé et les Directions des établissements concernés ont su dans leur grande majorité, concilier la nécessaire sécurisation des lieux de soins face à la Covid-19, et l’impératif d’assurer des visites aux personnes malades, selon une organisation définie par l’établissement, en lien avec les représentants des résidents et des familles (Conseil de Vie Sociale).

Bien entendu, ces mesures peuvent parfois être ressenties comme démesurées au regard de la réalité de l’exposition des patients ou des résidents, mais n’oublions pas que nous avons encore aujourd’hui plus de 3000 patients en réanimation, que le nombre de morts s’élèvent à près de 83 000 morts, alors qu’il y a un an à peine on nous parlait de « gripette » dans le monde médical. Nous disposons en tout cas aujourd’hui de tests antigénique, de masques, de gel hydroalcoolique, qui permettent d’assurer au mieux une protection, à la fois du personnel soignant, des malades et des résidents. Il apparaît difficile malgré tout d’imposer des tests à tous les visiteurs, mais il s’agit d’une responsabilité individuelle, qui rend possible aujourd’hui le fait de faciliter les visites des proches, à partir du moment où chaque établissement s’appuie sur les recommandations en cours, et adapte ces visites au regard des risques encourus. Ce qui n’est pas normal et qui a pu être constaté par des associations comme France Alzheimer, c’est l’attitude de certains établissements qui fermaient leurs portes aux visites, alors qu’aucun cas de Covid-19 n’y a été déclaré.

Quelle est la réalité du "coût humain" et de la souffrance que ces restrictions représentent pour les malades et leurs familles et quelle est pour vous sa proportionnalité avec ces mesures très strictes encadrant les visites ?

Il est difficile de définir à la date d’aujourd’hui le coût humain de ces souffrances. Comme tout traumatisme subi par une personne, les conséquences s’inscrivent souvent dans un temps long. Nous avons bien entendu au niveau de France Assos Santé et surtout ses délégations, reçus de nombreux témoignages de malades, de personnes âgées, de proches, qui relataient cette souffrance et leur incompréhension, avec un sentiment de ne pas être écoutés, entendus par les établissements ou les soignants. En Ile-de-France, nous sommes régulièrement sollicités pour faire médiation dans les établissements de santé, ou l’on nous demande d’intervenir auprès de l’Agence Régionale de Santé, avec laquelle nous travaillons de concert sur cette crise sanitaire.

Ce qui est le plus difficile à supporter pour les proches, les familles, ce sont des dysfonctionnements, des incompréhensions ou des positions trop strictes prises dans les établissements. 

La vaccination et notamment celle des soignants ouvre-t-elle de nouvelles perspectives au regard de cette exposition ? D'autres protocoles moins stricts sont-ils envisageables ?

Certes la vaccination ouvre de nouvelles perspectives. Mais là encore, nous devons rester vigilant, car l’état n’est pas en mesure de garantir une vaccinations pour tous d’ici la fin de l’année 2021. Et les variants pèsent sur l’efficience de la vaccination dans le temps. Il faudra donc scruter les chiffres des nouvelles contaminations et l’impact de ces variants, au regard du nombre de personnes vaccinées. Les gestes barrières, le port du masque, le lavage des mains doivent être maintenus, pour permettre de protéger les plus fragiles.

Quel est le décalage entre la norme des restrictions gouvernementales et celles appliquées en fait au sein des établissements de santé, parfois bien plus sévères ? Auriez-vous des illustrations ou des exemples qui ont pu être portés à votre connaissance ?

La difficulté, c’est que chaque établissement adapte les mesures par rapport à la situation vécue. Il est donc difficile d’avoir une vision objective de ce décalage. Ce qui est évident, c’est que certains établissements de santé ont été ou peuvent être encore dans une restriction plus sévère et qui ne se justifie pas nécessairement. Avec parfois, la tentation d’utiliser ces restrictions à des fins autres que celles de protéger les résidents dans un EHPAD par exemple face à la Covid-19. Une façon de mettre un peu plus de distance entre la famille et l’organisation de l’établissement. Or, quand la famille se rend dans l’établissement, elle constate que certaines personnes dont des professionnels de l’établissement ne portent pas toujours de masques. Ce qui accentue les tensions.

Pour citer un exemple, le cas d’une fille qui s’inquiétait de l’état de santé de sa mère très âgée, hospitalisée pour une pneumonie, et dont l’établissement limitait les visites à une fois ou deux fois par semaine, mais sans négociation avec les proches, une des filles venant de province en train spécifiquement pour voir sa mère. Elle constatait une dégradation de l’état de santé de sa mère, un « glissement » du fait de cet isolement et un blocage de l’établissement, qui s’inscrivait dans les mesures appliquées au sein de l’établissement. Il a été nécessaire d’engager une médiation, afin la conséquence d’un changement d’établissement, la relation soigné-soignant ayant été mis à mal.

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