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L'élection américaine constitue l'un des dossiers brûlants de l'actualité internationale de la rentrée.
L'élection américaine constitue l'un des dossiers brûlants de l'actualité internationale de la rentrée.
©Reuters

Géostratégie

La rentrée de tous les dangers ? Tour d’horizon des dossiers brûlants de l’actualité internationale

L’élection américaine, la crise Iran/Israël, le conflit syrien, le changement de direction en Chine et la relance de la croissance européenne comptent parmi les sujets qui peuvent impacter grandement l'avenir du monde.

François Heisbourg

François Heisbourg

François Heisbourg est président de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), basé à Londres, et du Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP).

Il est conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS).

Il a été membre du Centre d'Analyse et de Prévision du ministère des affaires étrangères (1978-79), premier secrétaire à la représentation permanente de la France à l’ONU (1979-1981. 

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Atlantico : Quatre scénarios sont capables de marquer cette rentrée 2012. L’élection américaine, la crise Iran/Israël, le conflit syrien et la relance de la croissance européenne. Pensez-vous à un autre scénario ?

François Heisbourg : Oui, le plus important selon moi, le changement de direction en Chine qui va se produire à la fin de l’année. Ce changement de leadership va affecter plus de la moitié des postes de direction du Parti et de l’Etat. Cela est de nature à impacter les nouveaux défis sociaux, économiques, politiques et géostratégiques qui attendent le pays.

-        En ce qui concerne le modèle économique et social, je fais évidemment référence au passage d’une économie d’exportation vers une économie plus équilibrée. Le surinvestissement céderait sa place à la croissance substantielle d’une consommation intérieure. 

-        Pour le modèle social, le Chine doit mettre en place un système de sécurité social. Le pays va connaître dans quinze ans un vieillissement encore plus brutal et aussi profond que le Japon.

-         Le modèle politique va aussi connaître des changements. L’affaire Bo Xilai est très grave car elle met en relief ce qui peut arriver quand vous avez un système fermé et non démocratique.

-        Enfin, il y a un défi géostratégique, la Chine est obligée de gérer son passage de puissance en développement à un statut de puissance mondiale. Ce passage dans l’histoire des peuples est très difficile, voir le plus dangereux qu’il soit. Je fais référence ici à l’Allemagne de Guillaume II à la fin du XIX siècle.

Ces changements ne se feront pas sans secousse. On risque d’assister à un ralentissement relatif de l’activité économique. Le pays connait déjà une baisse de sa croissance de 3 à 4 %. On passe de 10 /11 % des années 2000/2007 à des 7/ 8 % aujourd’hui. Voilà pourquoi, je pense que la question du changement de direction chinois est tout aussi importante que l’élection américaine à venir.

L’Iran risque également de faire parler de lui en ce début de mois de septembre…

Effectivement, l’Iran et son programme nucléaire sont problématiques. Néanmoins, je ne sais pas dire si à la rentrée on va être dans une situation qui sera fondamentalement différente de celle qu’on connaît depuis quatre ans. C’est-à-dire une situation où l’Iran s’achemine progressivement vers la bombe sans franchir le seuil.

Cette affaire iranienne est très inquiétante mais ce n’est pas pour l’instant un phénomène de rupture. Cependant, le risque est bien réel et croissant. Il se peut fort bien qu’il y ait bientôt une frappe israélienne ce qui entrainera des conséquences de premiers ordres. L’opinion israélienne est en train d’être préparée à cette hypothèse (distribution de masques à gaz, système d’alerte par sms). La crise possible entre Israël l’Iran et le Hezbollah aura certainement des conséquences les prochains mois.

Les Etats Unis vont connaître un mois de novembre chargé avec une élection présidentielle. Quelles seraient les conséquences de l’élection du candidat Romney sur les questions mondiales ?

Les conséquences les plus importantes seraient d’ordre économique. Si  Mitt Romney devait réellement appliquer la politique économique de son colistier Paul Ryan, on aurait aux Etats Unis, en termes de priorité budgétaire, une politique semblable à celle de la zone euro. C’est-à-dire une priorité à la réduction du déficit et de la dette. La récession européenne serait alors accompagnée d’une récession américaine. Cette politique ferait très mal à la croissance mondiale.

Pourtant, je pense que Mitt Romney de par son cursus économique en tant que gouverneur du Massachusetts ne va pas appliquer une politique « à la Merkel » aux Etats Unis.

En matière de politique étrangère, quand on regarde les personnes autour de Mitt Romney, on retrouve des centristes du deuxième mandat de l’époque de W. Bush. Il y a plus « d’adultes que de Bébés ». Je pense que la politique américaine ne va pas subir une révolution avec Mitt Romney au pouvoir. Cela risque de ressembler à du W. Bush deuxième mandat.

Au contraire, quelles seraient les conséquences de la réélection de Barack Obama ?

S’il est réélu, je pense qu’il va consacrer une grande partie de son mandat au conflit israélo-palestinien. Une fois sortie de la nécessité de sa réélection,  le président peut se permettre de prendre des risques.  Il s’est passé la même chose sous le mandat de W. Bush, Clinton…

Changeons de pays, pensez-vous à une résolution prochaine de la crise syrienne ?

Résolution, je ne pense pas. Par contre, je pense qu’on peut bientôt voir la fin du régime de Bachar el-Assad qui est en détérioration totale. Attention, je ne parle pas de chute de Bachar, je n’exclus pas une situation hybride entre la Guerre civile espagnole et la Guerre civile du Liban.

Lors de la Guerre civile espagnole, on avait deux camps dont chacun prétendaient représenter la légitimité avec des lignes de fronts marqués sur le terrain. Néanmoins, la Syrie n’est pas encore dans cette situation. L’opposition n’est pas encore structurée pour constituer un gouvernement provisoire.

Bachar fait son possible pour provoquer un conflit communautaire de type libanais.  Il met en avant des milices alaouites (les Chabihas) et des milices chiites qu’on voit opérer au Liban avec les enlèvements des opposants syriens. En outre, l’opposition de Bachar est composée de salafistes  qui sont aussi pour une tendance vers la communautarisation du conflit à la manière libanaise.

On pourrait donc assister à une confrontation chiites, alaouites contre sunnites. Avec une différence, lors de la Guerre civile libanaise (1975-1990), il n’y avait pas de remise en cause de la territorialité du Liban. Après quinze ans de guerre civile, il y a avait toujours un Liban. Aujourd’hui, je ne peux pas dire à quoi ressemblera le territoire qu’on appelle Syrie dans quinze ans.

Vous sous-entendez qu’on pourrait arriver à un morcèlement de la Syrie avec la formation d’un Etat Alaouite ?

Je ne sais pas, mais il est vrai qu’une guerre communautaire peut amener à cette situation. Voilà pourquoi selon moi, la crise syrienne est un hybride entre la Guerre espagnole et la Guerre civile du Liban…

Nous avons parlé de la Chine, des Etats Unis, du Moyen-Orient, qu’en est-il en Europe ? Pensez-vous qu’une relance de la croissance soit possible ?

Je pense que le vrai débat en Europe serait la sortie ou non de la Grèce de la zone euro. La sortie de la Grèce est probable. Je pense que le système politique allemand n’admettra pas un seul centime de plus vers la Grèce. L’Allemagne n’apportera aucune modification au plan de soutien.

Si le plan ne marche pas et s’accompagne d’une décroissance de l’économie grecque, on assistera effectivement à une sortie du pays de la zone euro. Le vrai risque est de savoir si cela va suffire. A titre personnel, je reste préoccupé par les conséquences d’une sortie de la Grèce.

Le temps du politique et de l’économie ne sont pas les mêmes. Au plan politique, la seule façon de rendre l’euro « durable »  est d’avoir une Europe budgétairement économiquement et politiquement fédérale. Des monnaies uniques de ce style, il en existe en Inde, au Brésil en Suisse et aux Etats Unis.  Les Etats fédéraux peuvent avoir des monnaies d’ampleur continentales, ce type de monnaie ne marche pas quand il n’y a pas d’Etat fédéral derrière.

Je pense que la question du fédéralisme est nécessaire si on considère comme priorité le sauvetage de la zone euro. Néanmoins, cela prend du temps (quelques années au minimum) et la totalité des pays européens ne veulent pas d’une Europe fédérale.

 

Propos recueillis par Charles Rassaert 

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