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Plusieurs études de l'ONU ont appuyé la thèse selon laquelle les OGM pourraient être l'avenir de la consommation mondiale.
Plusieurs études de l'ONU ont appuyé la thèse selon laquelle les OGM pourraient être l'avenir de la consommation mondiale.
©Reuters

Festin in vitro

Steaks en cellules souches, fruits transgéniques : la nourriture artificielle va-t-elle sauver le monde de la famine ?

Les humains sont toujours plus nombreux et consomment toujours plus. Riz artificiel, steak en cellules souches... L'innovation scientifique pourra-t-elle éviter une pénurie mondiale ?

La population mondiale ne cesse d'augmenter. La consommation de nourriture est en croissance constante et le monde risque une pénurie.Selon un rapport des analystes IRD Dexia Asset Management intitulé "Pénurie alimentaire : tendances, défis et solutions",  d’ici 2050, les besoins alimentaires de la population mondiale seront 100 % supérieurs à ce que nous produisons actuellement. La viande en particulier est un mets de plus en plus recherché par des pays émergeant toujours plus développés.

En conséquence, les terres réservées aux cultures commerciales et à l’élevage occupent une surface toujours plus importante, et grignotent inexorablement les espaces des cultures vivrières et les surfaces forestières. Jusqu'ici, le développement de nouvelles variétés de plantes plus performantes, des pesticides et des fertilisants, a permis de faire en sorte que l'offre alimentaire augmente plus vite que la demande mondiale. Mais la progression du stock alimentaire a ralenti.

Selon le docteur Watson, qui a participé au programme mondial IAASTD (International Assessment of Agricultural Knowledge, Science and Technology for Development), de grands pas ont été faits en termes de productivité, en particulier en Asie, mais la production de nourriture en Afrique sub-saharienne a diminué. Plus généralement, les biotechnologies, qui permettent le développement rapide de nouvelles variétés de plantes pourraient également aider. Alimentaire Dr Watson ! Selon le docteur, les biotechnologies joueront un rôle central pour nourrir le monde au siècle qui vient.

Mais les aliments transgéniques – c'est-à-dire les aliments qui ont subi des manipulations génétiques - ont-ils vraiment permis d’accroître la productivité ? La question fait débat. Les technologies telles que l'agriculture à haut rendement et l'agrochimie, qui fabriquent toutes sortes de pesticides et d'antibiotiques pour protéger les cultures, ont surtout donné un coup de pouce aux pays les mieux lotis.

Le dernier né des aliments artificiels est originaire d'Indonésie. Le riz, qui est à la base de l'alimentation des Indonésiens, est maintenant disponible en version artificielle. Ces nouvelles graines sont confectionnées à base de plantes locales : maïs, manioc, igname et sagou (une fécule alimentaire extraite de la pulpe du tronc du sagoutier, un type de palmier). 

Cette invention est l'oeuvre des chercheurs de l’Institut d’Agronomie de Bogor. Elle revient pour l'instant plus cher que le riz normal. Mais avec une consommation moyenne record de 135 kg de riz par an et par personne, le gouvernement indonésien considère que cette nouveauté pourrait devenir une excellente alternative. Car la consommation de riz ne cesse d'augmenter, faisant ainsi monter le prix du riz classique. Le riz artificiel pourrait aussi servir en cas de pénurie.

L'idée de lutter contre le manque de nourriture ne date pas d'hier. Il y a plus de 10 ans déjà, les défenseurs des OGM avançaient cet argument. Plusieurs études de l'ONU ont appuyé la thèse selon laquelle les OGM pourraient être l'avenir de la consommation mondiale.

Si les fruits et légumes ont bénéficié de beaucoup d'attention, d'autres aliments posent davantage problème. En première ligne : la viande. Très peu d'innovations peuvent permettre d’espérer augmenter la production suffisamment pour satisfaire une demande qui croit très rapidement, en particulier chez les pays émergents.

Certaines solutions sont pourtant envisagées. Un hamburger en cellules souches est actuellement en train d'être concocté dans le laboratoire hollandais du professeur Mark Post de l'Université de Maastricht. Le steak est fabriqué à partir de cellules souches prélevées dans le tissu musculaire sur des squelettes de bovins, puis cultivées en éprouvette dans du sérum fœtal de veau. S'il s'agit seulement d'un prototype, le chercheur espère ainsi développer une technologie susceptible de régler divers problèmes liés à la consommation.

Les grands esprits se rencontrent : de son coté, Patrick Brown a eu la même idée à l'Université de Stanford.

Il s'agit d'abord de faciliter l'accès à la viande en Asie et en Afrique, où l'amélioration du niveau de vie a entraîné une augmentation brutale de la demande. La pression est en effet forte pour les producteurs locaux, qui manquent de moyens et de terres pour la satisfaire. Le hamburger aurait un marché gargantuesque à portée de main : "La production de viande devrait doubler d'ici à 2050 pour répondre à la demande", a estimé l'auteur. Le stock de bétail risque de ne plus suffire pour subvenir aux nouveaux besoins. L'équipe souhaite démontrer qu'une alternative est possible, et espère faire des émules, afin que cette technologie permette de produire à grande échelle dans les 10 à 20 prochaines années. Ce steak expérimental pourrait également avoir des bienfaits écologiques, en ralentissant la course aux terres fertiles, qui commencent à manquer.

Mais cette technologie innovante est encore loin d'être suffisamment au point pour nourrir une large frange de la population. Le prix d'un tel menu est encore exorbitants : 200 à 250 000 euros pour un hamburger.De plus, pour produire cette viande à un niveau industriel, il faudrait augmenter les rendements, à l'aide d’incubateurs géants. Il serait également nécessaire d’améliorer la technologie pour aboutir à de la viande avec ses différentes composantes et qualités nutritionnelles et gustatives.

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