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©PHILIPPE LOPEZ / AFP

2020 ou l’hygiénisme au pouvoir

La France, ce malade que l’on fera mourir guéri

A l'occasion de la fin de l'année, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de dresser un bilan de cette année 2020. Chantal Delsol revient sur la situation exceptionnelle liée à la pandémie de Covid-19 et sur les choix et les décisions du gouvernement dans le cadre de la "guerre" contre le virus, selon les mots du chef de l'Etat.

Chantal Delsol

Chantal Delsol

Chantal Delsol, née à Paris en 1947, est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

 

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On se souviendra de cette année 2020, pendant laquelle nous avons vécu, nous c’est-à-dire les Terriens, une situation exceptionnelle.

Tous les peuples depuis la nuit des temps savent ce qu’est une situation exceptionnelle : un moment tragique pendant lequel le salut des sociétés est menacé. Le « salut public » peut être menacé par une guerre ou une invasion, un conflit intérieur, une famine, une épidémie, et la liste n’est pas exhaustive. Pendant ces périodes angoissantes et douloureuses, les gouvernements sont autorisés ou s’autorisent eux-mêmes à prendre les pleins pouvoirs, parce que tout doit être fait sans limite aucune pour sauver la société en péril. C’est au vu des situations exceptionnelles que les Romains de la république naissante avaient inventé la magistrature de dictature. 

On nous a signifiés clairement que nous nous trouvions dans une situation tragique, ou exceptionnelle : « nous sommes en guerre ». Il faut dire que le terrorisme islamiste nous y avait déjà habitués, et cette année il a franchi un pas de plus dans la terreur et dans l’effroi avec l’assassinat de Samuel Paty. A partir du moment où l’on se pense en guerre, on adopte un comportement adéquat : on dépense sans compter toutes ses ressources, passées, présentes et à venir, pour remédier à la situation. La guerre est somptuaire (comme la fête) : « quoiqu’il en coute ».

On peut, tout en restant civique dans son comportement, mettre en doute le bien-fondé de ces interprétations. Nous ne sommes pas « en guerre » parce que tous les malheurs de notre situation (je pense aux restaurateurs par exemple) proviennent exclusivement des remèdes, et non de l’épidémie elle-même. Au bout de l’année, la France n’a pas à déplorer un nombre de décès considérablement accru par rapport au chiffre de décès habituel. La plupart des morts du virus, et à part un chiffre infinitésimal, étaient très âgés et/ou déjà malades. En revanche le remède de cheval nous a atteints et mis à terre bien proprement : nous sommes comme ce malade qui va mourir guéri.

On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a de l’excès dans tout cela. Excès à se croire en guerre, et à dépenser toutes les économies des générations futures. Excès de l’affolement (description angoissée des services de réanimation bondés pendant que 3000 lits de réanimation privés restent inutilisés cf Laurence Trochu, conseiller départemental des Yvelines – l’Etat jacobin n’a pas confiance en ce qu’il ne fait pas lui-même). Excès des discours pompeux et de la description des précautions à prendre. Tous ces excès sont la conséquence de la panique énorme des gouvernants. Et leur énorme panique vient de l’idéologie hygiéniste qui s’est abattue sur nos sociétés : le salut, désormais, c’est la santé. 

Parce qu’en situation pareille, les gouvernements sont de salut public, ils ont tout pouvoir de nous assigner à résidence, de nous contraindre à marcher droit et de surveiller nos sorties, nos diners, nos relations. Quand un gouvernement a tout pouvoir, on aperçoit clairement ses capacités et ses failles. Et parce qu’en France les gouvernements ont coutume de tout faire par eux-mêmes, n’ayant confiance en personne, alors ils sont responsables de tout. C’est ainsi que cette année 2020 a vu s’épanouir les plus belles fleurs du mensonge d’Etat, de l’incompétence d’Etat, et de l’hypocrisie d’Etat. Nos gouvernements ont beaucoup trop de pouvoir pour être efficaces. Ils ne savent pas stocker des masques ni tester convenablement une population, et on se demande comment ils feront pour vacciner. Cette année, le spectacle navrant de l’incompétence centralisée s’est étalé devant nos yeux ébahis. Mais rassurez-vous, cela ne servira de leçon à personne. Le discours officiel est toujours celui de l’auto-satisfaction. Et je ne crois pas que nos petits-enfants vont nous bénir. Quand ils seront vieux, ils se souviendront, eux, de cette année 2020 comme de celle où des générations d’hygiénistes ont mis la France au mont de piété.

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