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La droite ne doit pas oublier que le clivage “ouvert-fermé” est aussi le clivage “gagnants- perdants de la mondialisation”
©GABRIEL BOUYS / AFP

Fracture

La droite ne doit pas oublier que le clivage “ouvert-fermé” est aussi le clivage “gagnants- perdants de la mondialisation”

"La droite est aujourd'hui éclatée à la fois sur des questions sociétales très fortes, fruits d'évolution importantes dans la société française, mais également sur des questions politiques".

François Huguenin

François Huguenin

Le Conservatisme impossible, libéraux et réactionnaires en France depuis 1789, Paris, La Table Ronde, 2006. Réédition augmentée Histoire intellectuelle des droites, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2013.
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Atlantico : Bruno Retailleau a annoncé qu'il ne comptait pas briguer la présidence des Républicains, considérant que la refondation de la droite ne pouvait se faire en son sein.  De fait est-il encore tenable de maintenir dans un même parti Christian Jacob (chiraquien), Guillaume Peltier (travailliste), Julien Aubert (gaullo-séguiniste) et Bruno Retailleau (libéral conservateur) ? Pourquoi ce que fut le compromis gaullien parait-il impossible à retrouver en construisant à partir des fondations de LR ?

François Huguenin : Tout d'abord, il faut bien voir que le rassemblement gaullien tenait essentiellement à la personne du Général de Gaulle. Dès qu'il a quitté le pouvoir, ce rassemblement a commencé à s'effriter. Il avait réussi à masquer le fait que les droites avaient toujours été plurielles, et souvent divisées. Mais le fait qu'elles soient divisées ne les empêchait alors pas de constituer un parti de gouvernement extrêmement solide. Pour une raison très simple : cette droite était rassemblée malgré la différence d'une droite plus gaulliste avec un sens de l'Etat important et une plus orléaniste et libérale sur un socle de valeurs communes importantes, celle de toute la société de l'époque d'ailleurs. Ce n'était pas très difficile de s'entendre sur une forme de programme de gouvernement.

Or les choses ont aujourd'hui radicalement changé, car la droite est aujourd'hui éclatée à la fois sur des questions sociétales très fortes, fruits d'évolution importantes dans la société française, mais également sur des questions politiques. Notamment sur la question européenne sur laquelle on voit qu'il y a plus que des nuances. De fait, ce qui était autrefois facile à camoufler derrière une volonté politique ou politicienne d'y arriver ensemble ne tient plus. Aujourd'hui, il ne suffit pas de faire une droite pour arriver au pouvoir, de constituer une grande alliance de partis de gouvernement, pour répondre à la complexité des questions politiques et à l'éclatement des positions.

Dans un entretien récent à l'Opinion, Jean-Louis Bourlanges déclarait que la droite était dans une situation pareille à l'âne de Buridan : comme elle n'arrivait pas à choisir entre les deux pôles du clivage actuel, celui qui oppose une société ouverte, incarné par Macron, et une société fermée représentée par le RN, elle périclitait. Cette analyse, si elle rend compte du nouveau paradigme politique, est-elle pour autant suffisante ? La droite n'est-elle pas surtout déchirée entre sa volonté de retrouver la dynamique qui la faisait gagner auparavant (nostalgie du sarkozisme par exemple) et celle de se renouveler en proposant des idées neuves à ses électeurs ?

Je ne dirai pas la même chose que vous. Je reprendrai la première opposition entre ouverture et repli, celle d'un monde ouvert et monde fermé, qui n'est à mon avis pas totalement fausse ; à condition de préciser qu'on ne peut réduire la politique à cela, car le risque est d'opposer comme Jean-Louis Bourlanges un côté positif et un côté négatif. C'est alors toujours l'idée de progrès qui se donnerait le bon rôle.

Il ne faut pas oublier que ce clivage est aussi une lutte entre la classe qui profite de la mondialisation, du capitalisme financier, et de l'autre celle qui en est la victime. Cette opposition est trop souvent idéologisée par une gauche qui a intérêt à le faire, mais qui néglige qu'elle révèle en même temps une fracture sociale, qui est un retour de la lutte des classes, et ce du fait de la politique des élites de notre pays – et du monde entier, du "système capitaliste".

La droite ne peut-elle pas malgré tout envisager une nouvelle forme de compromis, un néo-gaullisme, pour répondre au macronisme, lequel défend l'unité d'une société de marché et d'une économie de marché (une forme de libéralisme libertaire) ? Ne serait-il pas possible pour elle, sans renier ses valeurs diverses, de défendre une économie de marché à visage humain (et donc s'emparer de la question cruciale des inégalités) tout en proposant une société qui respecte les repères traditionnels sans être traditionnaliste pour autant ?

C'est une très bonne question. La droite doit se refonder complètement, et elle a huit ans pour cela. Je pense qu'elle ne sera bien entendu pas au pouvoir dans trois ans, pour des raisons évidentes. Elle a donc le temps de le faire. Aura-t-elle le courage de le faire ? Je n'en sais rien.

Elle devra être sociale, ce qui ne signifie pas socialiste, mais qu'elle doit, et c'est crucial, retrouver sa fibre séguiniste pour reprendre le social à la gauche qui a abandonné ce pan de son identité.

Elle doit être écologique, parce qu'elle n'a pas encore fait vraiment ce virage, et que cela reste d'une part un enjeu de notre monde, et que la jeunesse est écologiste.

Enfin elle doit être humaniste : ne céder ni aux sirènes faciles du RN sur l'immigration, ni à celles du pouvoir macronien sur les lois liberticides. Elle doit reprendre le meilleur de la liberté politique. Elle a une originalité sur ce plan-là à faire valoir.

Si la droite est sociale, écologique et humaniste, il me semble qu'elle aura à nouveau un espace de respiration et de résistance. Si elle ne l'est pas, elle laissera cet espace au Rassemblement National et à La République en Marche. Et notre démocratie,  en ne donnant le choix qu'entre un choix et un non-choix, creusera sa tombe.

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