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Lutte des classes à Rouen, 
bon sens populaire sur TF1 : 
avantage Sarkozy !
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Le duel

Lutte des classes à Rouen, bon sens populaire sur TF1 : avantage Sarkozy !

Tandis que Nicolas Sarkozy déclarait sa candidature sur TF1 ce mercredi soir, François Hollande tenait son second grand meeting de campagne. Sophie de Menthon était devant sa télévision.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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François Hollande est en campagne, il a le meeting savoureux, grisé par les militants de son terroir qui l’acclament… Il harangue la foule, il fustige, il conspue, il promet, il y en a pour tout le monde sauf pour ceux qui sont heureux donc coupables, bourgeois ou nantis.

Sur le fond il se lance pour la première fois à l’assaut du monde de l’entreprise mais il est obligé de faire le grand écart, on sent qu’il n’a pas l’habitude forcément de parler aux entrepreneurs ou même des entrepreneurs, pas l'habitude de leur faire confiance. Dans sa logique de pensée il est enclin à leur reprocher des bénéfices toujours exagérés, des licenciements forcément indus, des fermetures d'usines toujours intolérables, des délocalisations scandaleuses. Il est du coté des ouvriers qui « se battent pour conserver leur emplois » depuis tant d’années, c’est son fond de commerce, forcément sympathique ; mais tout à coup il va falloir compter avec et sur ces entrepreneurs. On ne lui demande pas  tout de même d’admettre le principe de la destruction créatrice (c’est pour les libéraux); alors il promet d’aider les petits et donc les PME qui souffrent. 

Tout se résume à une opposition entre des opprimés et des faibles et c’est ce qui est le plus déprimant dans ce discours codé : pas de projection possible, pas d’avenir confortable même si les propositions sont bonnes à prendre. 15 % d’impôts on en rêverait ! Des soutiens à l’activité (lesquels?), des exhortations sympathiques : l’innovation, les nouvelles technologies, les usines bien de chez nous, les méchants constructeurs de voitures qui fabriquent ailleurs des voitures pas chères qu’ils reviennent nous vendre (on veut bien acheter des voitures chères mais j’avais cru comprendre que c’était mal vu, et avec ce qu’il restera aux nantis après le prélèvement fiscal  ils vont plutôt se serrer la ceinture ; on veut des riches ou on n'en veut pas, il faut savoir !).

Demandez le programme : retrouver une expansion économique par la grâce de nos atouts, une ambition industrielle qui se suffit à elle seule, le coût du travail qui n’est pas un problème etc...  Il reproche  à Nicolas Sarkozy de copier « son idée » d’une banque de l’industrie et on a peur. Peur d’une campagne qui sous prétexte de bons sentiments est finalement dans la lutte des classes, peur d’une idéologie présente, en permanence. La finance est évidemment l’ennemie et les décisions consistant à supprimer les stock options par exemple sont  déstabilisantes justement pour ces créateurs d ‘entreprises qui n’ont rien d’autres pour attirer les talents ; des stock options qui  doivent légitimement irriter quand elles bénéficient a des managers qui ne les méritent pas mais sont en fait un moteur de croissance et de partage de la richesse créée ;les banques françaises ont du souci à se faire car elles vivront désormais sous un régime différents de celui d e toutes leurs concurrentes étrangères.

On est aussi un peu surpris que le cas de la Grèce soit évoqué en rendant responsables les organismes de contrôle internationaux qui seraient responsables de la ruine des populations, François Hollande se situe clairement au côté de ceux qui se révoltent et non de celui d'un gouvernement qui tente d’imposer la rigueur : un peu court pour un futur chef d’Etat. 

Somme toute, le candidat socialiste valse d'un pied sur l'autre dans un va et vient idéologique parsemé de réalités économiques que ses experts ont dû lui inculquer mais aussi des vieux démons d’une gauche qui ne peut pas s’empêcher de détester l’économie de marché. Nous devons à l’entendre, rester seuls contre tous, seuls à encadrer les bonus, seuls à mettre nos banques sous tutelles en modifiant leurs métiers, seuls à taxer les transactions financières (après avoir décrié la proposition de l’ennemi de créer une taxe Tobbin, on ricane maintenant en disant qu’elle est ridiculement insuffisante).  Le village d’ Astérix a la potion magique, la crise n’est qu’un prétexte à cacher les échecs du régime actuel. Et puis cette, haine de la République des nantis mais n’aspirons nous pas à devenir tous des nantis ? Ces nantis qui ont gagné leur maison, leurs revenus, leur position sociale  qui se sont enrichis .

Dans le meeting de Hollande, un mot d’esprit repris à Mitterrand  évoquant la candidature de Giscard pour le transposer à celle de Sarkozy fait recette: « ce n’est pas sa candidature qu’il aurait du présenter mais ses excuses »… Et Martine Aubry si intransigeante n’aurait elle pas dû présenter ses excuses à la France pour avoir imposer les 35 heures que même les plus gauchisants n’osent plus défendre ?

La rupture avec le ton du président sortant qui répond aux questions de Laurence Ferrari au 20h fait l’effet d’une douche, mais avec une sorte de soulagement. Nous avons toujours un Président, même s’il est candidat et tout à coup, malgré tous ses défauts on soupire de soulagement devant son sens des réalités et des responsabilités. Il se représente parce que le capitaine ne peut pas abandonner le navire en pleine tempête et sa réponse est une évidence, comment en fait aurait il pu dire Ciao ?

On sait d’avance que tout ce qu’il proposera sera affublé de l’objection systématique « pourquoi ne l’a t il pas fait avant » et que même ses partisans se le diront mais ses réponses tiennent la route. Nous savons tous les freins au changement qui paralysent souvent la France, la peur de l’étranger et la force des crises qui secouent l’ Europe et se succèdent comme des déferlantes. Nicolas Sarkozy est grave, il n’a plus envie de faire rêver et il sait que contrairement à François Hollande que ce n’est pas le rêve qui le fera élire.

Il veut redonner du pouvoir aux français et pour en témoigner il propose un quinquennat pavé de referendums. Il mise sur le bon sens populaire et il n’a peut être pas tort car les contradictions du peuple finalement penchent du coté du bon sens : on ne veut pas de réforme des retraites mais tout le monde convient qu’il en faut. On jongle avec les RTT et les ponts mais on sait qu’il faut travailler plus…

"Il faut une vision"  dit François Hollande mais il n’a pas su donner la sienne sinon celle d’un monde meilleur et plus juste. Qui ne partage pas ce désir ? Mais ça n'en fait pas pour autant une vision.  Nicolas Sarkozy veut réformer le pays, il le veut de toutes ses tripes, c’est sa force et son handicap ; son véritable défi consistera à rationnellement expliquer comment et pourquoi il s’y prendra mieux ou différemment. Son entrée en campagne a été sans concession et sobre, ceux qui s’attendaient à des roulements de tambour en sont pour leurs frais.

Nous sommes un peu fatigués ces déversements de haine sur le Président sortant de la part de candidats qui faute de projets construits s’en servent comme repoussoir, ce qui, à force, pourrait lui servir : ce mercredi soir il apparaissait comme franchement au dessus de la mêlée.

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