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En 2020, en pleine pandémie, les arnaques financières se sont multipliées.
En 2020, en pleine pandémie, les arnaques financières se sont multipliées.
©JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Atlantico Business

La Covid a ouvert la porte aux arnaques financières et les Français sont tombés dans le panneau

En 2020, en pleine pandémie, les arnaques financières se sont multipliées. Beaucoup d’offres d’investissement, d’épargne et de crédit en tous genres ont attiré des épargnants en quête de rendement rapide et élevé, mais certaines d’entre elles se sont révélées frauduleuses.

Aude Kersulec

Aude Kersulec

Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 

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Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le préjudice des arnaques financières s’est largement accru en 2020 et il est estimé, pour l’année, à 500 millions deuros. Le nombre de sites considérés comme frauduleux et inscrits sur la liste noire de la Banque de France a triplé depuis fin 2019. Toutes les catégories d’âge et sociales sont touchées par ces arnaques, chaque victime déclarée perd en moyenne 70 000 euros.

L’Autorité des Marchés financiers vient de publier une étude qui montre la crédulité des Français et leur exposition aux arnaques. L’instance de régulation, qui établit les bonnes règles de linvestissement en France et surveille les établissements financiers, a établi une cartographie des arnaques les plus courantes et des profils les plus susceptibles de se faire avoir, en interrogeant 5000 Français de plus de 18 ans.

Résultat : l’année 2020 a battu tous les records. Entre les surplus d’épargne accumulée – c’est à dire l’argent non dépensé, les aides reçues… et le temps libéré par le confinement et le couvre-feu, beaucoup de Français se sont interrogés pour savoir comment faire fructifier leur épargne et même comment jouer ou spéculer avec. C’était tentant à un moment où l’épargne ne rapporte rien ou presque à cause des taux zéro. Les produits financiers classiques (obligations, fonds euros dassurance vie) sont devenus ennuyeux, bien que garantis. D’où l’insatisfaction croissante des Français à l’encontre  des acteurs traditionnels de linvestissement, banques et gestionnaires dactifs. D’où la tentation de sortir des sentiers battus pour aller chercher de meilleurs rendements. Globalement, l’étude de l’AMF montre que le tiers des épargnants français, seulement, sont satisfaits de la variété des offres des banques, mais 85 % ne comprennent pas que cette épargne ne leur rapporte rien.

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Avec un tel taux de frustration, les arnaques ont pu fleurir comme sur un terrain vierge. En quantité beaucoup plus nombreuses quen temps normal. L’étude dresse trois séries de constats désastreux pour l’épargnant français.

Dabord, mais ce n’est pas nouveau, l’épargnant français souffre d’un déficit de connaissances financières coupable. Comparé aux autres pays, la culture financière des Français est certes jugée dans la moyenne des pays de lOCDE, 13/20, meilleure que chez les Italiens, mais cest beaucoup moins bien que les Allemands. Certains concepts liés à linvestissement, comme la notion de diversification ou de rendement, nest pas maitrisée par une majorité d’épargnants. Moins dun Français sur 2, dailleurs, ne connait pas lexistence de lAMF, alors que la première chose à faire, pour un investisseur, est de vérifier, pour toute société qui vend des produits financiers, si elle a reçu lagrément de lAMF. C’est un peu le label rouge de la finance.

Deuxième constat : ce sont les produits alternatifs aux livrets d’épargne qui sont en général utilisés comme vecteurs des arnaques. Pourquoi ? Parce qu’ils promettent des rendements de rêve, mais personne n’en connaît le fonctionnement, sauf à être trader. Dans plus dun tiers des cas des arnaques recensées, les cryptomonnaies sont mises en avant pour attirer l’attention des investisseurs. Mais là où la méfiance naturelle des épargnants diminue le plus fortement, c’est quand les investissements portent sur des produits réels, tangibles (immobilier, place de parking, diamants…). Certains vont même jusqu’à proposer un rachat de crédit existants (crédit à la consommation).

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Enfin, les arnaques sont de plus en plus sophistiquées. Passant par le digital, par les réseaux sociaux, les arnaqueurs touchent des cibles de plus en plus jeunes et donc de plus en plus inexpérimentées en matière financière. Les réseaux type Instagram ou Youtube permettent de mettre en avant un modèle, un influenceur qui senrichit par exemple, auquel vont sidentifier les potentiels clients qui sont ensuite redirigés vers des canaux plus opaques, serveurs type Telegram ou contactés directement par messages privés, pour obtenir plus dinformations. Parfois, il faut déposer un montant minimum de quelques centaines deuros sur une plateforme de trading, pour commencer à avoir accès à quelques informations ou recevoir une formation au trading.

Les scandales qui ont touché l’épargnant lambda ces dernières années sont légion : la faillite de la néobanque Swoon par exemple, cette banque lilloise qui promettait le crowfunding, avait réussi à vendre à ses clients un livret d’épargne sécurisée, type Livret A, avec un rendement 3% « sans risque ». Largent placé était en fait destiné à être prêté, sous forme de crowdlending, à des entreprises nayant pas forcément accès au crédit bancaire traditionnel et qui auraient donc payé un taux dintérêt plus élevé, à hauteur de 5%. Lentreprise a fait faillite du jour au lendemain car elle na pas été capable de rembourser les créanciers. La pyramide de Ponzi s’est écroulée. Avant le Covid, on appelait cela de la cavalerie. Madoff était passé maitre dans ce genre de sport, au cœur de la crise financière en 2009. L’escroc a fait des émules.

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Et puis qui ne se souvient pas, il y a quelques mois, de lAMF qui avait adressé une amende à Nabilla pour publicité cachée, quand celle-ci avait annoncé à ses fans sur ses réseaux sociaux quils pouvaient investir dans le bitcoin, « les yeux fermés » sans rien navoir à perdre. Avec deux fautes relevées (sans parler des fautes d’orthographe) : celle de ne pas signaler quelle touchait de largent dun courtier pour cette vidéo, et de ne pas avertir ses fans sur les risques potentiels liés à cet investissement, voire carrément de les induire en erreur.

LAMF est très tatillonne sur ce point. Elle ne manque pas de veiller à ce que toute proposition dinvestissement, faite par une banque ou société financière, soit assortie de toute une série dispositions légales (« disclaimer ») pour se protéger de tous les risques possibles et imaginables. Ce sont les petites lignes dun contrat que personne ne lit, mais elles sont en réalité indispensables.

Il y a des leçons à tirer d’un tel rapport qui pointe du doigt les lacunes financières des Français. Il pourrait s’agir de renforcer l’apprentissage économique et financier dès le lycée, alors qu’il est aujourd’hui réservé aux élèves qui choisissent la voie économique et sociale. Mais ça impliquerait de faire rentrer le thème de l’argent dans les programmes de l’Education nationale, ce qui est encore tabou aux yeux de la majorité des personnels enseignants.

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