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L'intervention militaire française au Mali propulse François Hollande dans un nouveau rôle : celui de chef de guerre.
L'intervention militaire française au Mali propulse François Hollande dans un nouveau rôle : celui de chef de guerre.
©Reuters

Lord of War

L'image du chef de guerre est-elle toujours une bonne affaire pour un président de la République ?

Au-delà des enjeux géopolitiques de l'intervention française au Mali, cet événement propulse François Hollande dans un rôle nouveau : celui de chef de guerre. La popularité du président devrait s'en trouver revigorée... tant que tout se passe bien pour les troupes françaises.

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut Français de Presse, à l'université Panthéon-Assas, Paris. Responsable de la Licence information communication de l'IFP et chercheur au CARISM, il est aussi président du site d'information The Conversation France.

Il est l'auteur de La communication politique (CNRS Editions, 2008) et Le journalisme(CNRS Editions, 2009), Médias et opinion publique (CNRS éditions, 2012).

Le journalisme, Arnaud Mercier

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Atlantico : Derrière les enjeux géopolitiques de l’intervention française au Mali, cette opération donne l’occasion à François Hollande de s’essayer à un nouveau rôle, celui de chef de guerre. Celui-ci lui sera-t-il profitable ? S’agit-il pour lui de l’occasion de gagner en stature présidentielle ?

Arnaud Mercier : C’est effectivement une excellente opportunité pour François Hollande de faire monter sa côte de popularité à court terme mais le bénéfice à long terme est moins évident. Dans ce genre d’opération, l’opinion publique réagit en deux phases bien distinctes. La première, le déclenchement, est toujours positive pour peu que les motifs de guerre soient clairement identifiés et apparaissent comme justifiant l’engagement de l’armée, de la sécurité du pays et de vies de citoyens français. Dans le cas présent, c’est effectivement le cas, la France a le soutien de l’ONU et répond à un appel du gouvernement malien. De plus, la menace islamiste est bien présente et a déjà été beaucoup évoquée par les médias, sans parler des otages français sur place qui ne peuvent qu’ajouter à la charge sentimentale de l’opération. Au-delà de la popularité, c’est son image que le président Hollande pourrait améliorer au cours de cette opération. Lui, si souvent accusé d’une certaine mollesse et d’une indécision chronique, se voit offert l’opportunité de montrer sa fermeté envers ceux qui mettent en danger les libertés et les droits de l’Homme mais aussi sa capacité à prendre des décisions en situation de crise. Pour autant, selon sa durée et la forme qu’elle prend, cette intervention au Mali pourrait finir par desservir l’image et la popularité du président Hollande. Si les opérations étaient mal menées et tournaient mal ou encore que la menace que nous sommes allés éradiquer ne le soit pas, l’engagement au Mali deviendrait un point noir dans le bilan Hollande. Les exemples de José Maria Aznar et Tony Blair en Irak en sont d’excellentes démonstrations.

Qu’en est-il de ses prédécesseurs de François Hollande ? Nicolas Sarkozy avait-t-il vraiment tiré quelque chose de l’intervention en Libye ?

Malgré les craintes de la droite au moment de l’élection de François Mitterrand en 1981, la Vème République a toujours connu une certaine cohérence dans la diplomatie française. Évidemment, il y a eu des inclinaisons, des inflexions, plus ou moins américaines, européennes, africaines ou autres mais de manière générale la ligne est restée stable. Quelque soit celui qui agit sur l’autre, la politique internationale et les élections françaises n’ont que peu d’effet l'une sur l'autre. Même si la diplomatie joue sur la popularité de l’instant, les évènements qui en découlent n’empiètent jamais sur les questions intérieures économiques et sociales. François Mitterrand lui-même a été aussi atlantiste et impliqué dans la Françafrique que les autres présidents de la République. Il y a peut-être eu un léger bémol dans la ligne découlant du Général de Gaulle lorsque Nicolas Sarkozy a décidé de rejoindre totalement le commandement intégré de l’OTAN. Cependant, il ne s’agit en fait que d’une rupture symbolique plutôt qu’opérationnelle car la France était déjà très impliquée dans la coopération militaire. En regardant de plus près l’intervention en Libye, on constate que Nicolas Sarkozy a effectivement légèrement gagné en popularité au moment où il est intervenu pour faire tomber un dictateur à moitié fou qui faisait régner un régime de terreur mais cela ne l’a pas empêché d’être ensuite battu pour des raisons diverses. De plus, une partie de ce qui se passe au Mali est directement liée à la déstabilisation de la Libye et si Nicolas Sarkozy était encore président de la République sa position sur la question serait complexe.

Peut-on imaginer un calcul politique derrière l’intervention de la France au Mali ou cela tombe-t-il juste bien pour éloigner l’attention du débat sur le mariage pour tous ?

Nombreux sont ceux qui ont avancé l’idée d’une stratégie de François Hollande instrumentalisant une intervention au Mali afin de gagner du temps sur les questions complexes qui agitent la France mais je crois que c’est tout à fait faux. Au regard de la situation, il semble évident que le déclenchement de l’intervention a été précipité par des données stratégiques, à savoir la décision des djihadistes de faire avancer leurs colonnes vers Bamako. Ces décisions ont donc été prises sous la contrainte pour le bien du Mali et la sécurité de toute la région. François Hollande en tirera malgré tout l’occasion de se faufiler enfin dans le costume de chef d’Etat et d’en acquérir la stature. La stratégie visant à rallier l’opinion par la guerre n’a rien de nouveau c’est quelque chose de très connu qui s’est par exemple produit aux deux bouts de la chaine dans la guerre des Malouines. D’une part la dictature argentine mourante a voulu créer un élan nationaliste en envahissant un caillou sans intérêt, et de l’autre côté, Margaret Thatcher a mobilisé toute la marine britannique pour en endroit dont la seule ressource est le guano et a dissout l’assemblée dans la foulée de sa victoire.

Jaques Chirac restera éternellement dans la mémoire des Français comme celui qui a dit non à la guerre en Irak et non aux Américains. La guerre, ou son refus, est-elle le dernier moyen d’entrer dans la postérité ?

Je ne crois pas que ce soit le dernier moyen mais il est vrai que cette prise de position de Jacques Chirac est ce que l’on appelle un « acte lourd ». Pour autant, ce genre d’acte n’est pas uniquement guerrier ou pacifiste. Lorsque François Mitterrand a déclaré qu’il abolirait la peine de mort même si la majorité des Français avait été contre et qu’il le fait, il passe également à la postérité. Évidemment, plus ces actes, ces mots ou ces décisions sont liées à des drames plus elles ont de sens et marqueront l’histoire mais elles ne passent pas exclusivement par la guerre. Je dirais tout de même que la guerre prend une dimension particulière depuis quelques années car dans un contexte de perte de puissance des Etats à cause de la mondialisation, de l’européanisation et des processus de décision toujours plus collectifs, l’intervention militaire garde le goût de la puissance d’Etat et du domaine réservé du président. 

Propos recueillis par Jean-Baptiste Bonaventure

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