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©REUTERS/Toby Melville

Le point de vue de Dov Zerah

L’Europe face à une gueule de bois post Brexit

Le Royaume-Uni sort de l'Europe ce vendredi 31 janvier 2020. Un départ que nous explique Dov Zerah. Le vice-président du Groupe "Que faire ?" présentera un nouveau papier tous les mardis sur Atlantico.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Alea jacta est ! Le sort est jeté ! Ça y est, nous y sommes. Le Royaume-Uni quitte l’Europe le 31 Janvier prochain. Nous n’avons pas pour autant fini de discourir sur la séparation. Une fois le traité sur l’accord de retrait ratifié, il faudra négocier sur la relation future, et les sujets ne manquent pas :

En ce qui concerne les échanges commerciaux, la présidente de la Commission, Mme Ursula von der Leyden, souhaite un accord de libre-échange articulé autour de trois principes « zéro tarif, zéro quota, zéro dumping ». Cela reviendrait de facto à maintenir le statu quo.

Dans le même temps, le Royaume Uni a engagé des négociations commerciales avec chacun de ses partenaires, et il n’est pas exclu qu’il crée une forme de concurrence entre l’Europe et les États-Unis, pour obtenir des avantages.

L’accès des pêcheurs aux eaux territoriales, aussi bien des Européens dans les mers britanniques que des sujets de sa Majesté dans les eaux européennes. Eu égard l’historique sur ce délicat sujet, les discussions promettent d’être ardues.

En cette période dangereuse par la multiplication des conflits aux portes de l’Europe, la défense est un sujet essentiel car l’armée britannique est avec celle française la seule crédible en Europe.

Tant le développement de la criminalité financière que du terrorisme justifie de trouver les voies et moyens d’une véritable coopération policière et judiciaire entre le Royaume Uni et le bloc des Européens.

La situation des 3,6 millions de ressortissants européens outre-Manche. Á ce stade, il est difficile de savoir si ces personnes vont ou non bénéficier d’un statut spécifique par rapport aux autres étrangers. Même si elle n’est pas décisionnaire dans le processus législatif britannique, la Chambre des Lords n’a pas hésité, il y a une semaine à voter contre Boris JOHNSON sur un des aspects de ce sujet.

Boris JOHNSON veut aller vite et boucler tous les dossiers d’ici à la fin de l’année. Quoiqu’il en soit, nous allons mesurer, jour après jour, les effets collatéraux du BREXIT sur ces sujets et bien d’autres. Quoiqu’il se passe, Angela MERKEL n’a pas hésité à déclarer que l’Europe a maintenant un concurrent à ses portes. Á l’Union avec une forme d’émulation entre les États membres succède la désunion avec la concurrence.

S’ouvre une période difficile tant pour le Royaume-Uni que pour l’Europe.

Au-delà des conséquences du BREXIT, Boris JOHSON engage un programme d’économies budgétaires, envisage la remise en cause de nombreux projets d’investissements dont le projet de ligne à grande vitesse HS2 ; la défense et les affaires étrangères s’attendent à de nombreux sacrifices. Les autorités britanniques veulent trouver des marges de manœuvre pour les nouvelles priorités, la santé, la police ou le développement du Nord du pays pour lequel 100 Md£ d’investissements sont prévus.

Malgré les incertitudes du BREXIT et des réorientations budgétaires, propices à l’attentisme et au ralentissement économique, la croissance devrait, selon le FMI, atteindre 1,3 % en 2019 et 1,4 % en 2020. Pour le moment, nous sommes loin de la catastrophe annoncée par certains, mais il est encore trop tôt pour dresser un bilan du BREXIT.

De son côté, l’Europe est confrontée à un exercice difficile, le bouclage de ses perspectives budgétaires de 2021 à 2028. Avec le départ du Royaume-Uni, elle perd 9 % de ressources à un moment où les priorités de l’environnement et de la défense exigent des ressources supplémentaires. Les marchandages s’annoncent difficiles, car il faudra faire des choix douloureux !

Au-delà de ces contingences internes, L’Europe perd une partie de son influence alors que les conflits se multiplient à ses portes.

L’Iran. Depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire, les Européens n’ont cessé d’aider les Iraniens, en mettant en place un mécanisme de troc pétrole contre marchandises, en n’hésitant pas à critiquer l’attaque américaine sur Quassem SOLEIMANI ou en essayant de favoriser le dialogue entre les parties. Et pourtant ! Le guide suprême, Ali KHAMENEI n’a pas hésité à dénoncer « la lâcheté » des Européens, ou à qualifier l’Allemagne, la France ou le Royaume Uni de « valets…qui servent les intérêts des États-Unis… »

La Lybie. Alors que les Britanniques, les Français et les Italiens sont responsables de la situation dans ce pays, ce sont les Russes et les Turcs ont, de leur propre chef et sans aucun mandat des Nations-Unies, envoyé des troupes sur place pour sauver un des deux camps. L’Allemagne, seule mais probablement avec la bénédiction des Russes et des Turcs, a lancé une initiative en organisant une conférence à Berlin. Bien évidemment, Londres, Paris et Rome se sont joints au mouvement…Mais, sauf à décider d’envoyer des troupes ensemble, l’Europe continuera d’apparaître divisée face à la détermination d’ERDOGAN et POUTINE.

Face aux États-Unis, à la Chine, à la Russie, à l’Iran et à la Turquie, il est grand temps que l’Europe, Royaume-Uni compris, prenne en charge son destin.

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