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L'effet FED : ce que l'Europe a à craindre de la hausse des taux américains
©Wikipédia commons

Taux-taux

L'effet FED : ce que l'Europe a à craindre de la hausse des taux américains

La Fed organise une réunion, ces mardi 15 et mercredi 16 décembre, visant à discuter de la hausse des taux directeurs. Celle-ci, très attendue, serait la première depuis 9 ans et présente de vrais risques si elle est faite de façon trop rapide : sur la croissance de tous, mais tout spécialement des pays émergents.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Ces mardi 15 et mercredi 16 décembre, la FED organise une réunion. Au terme de celle-ci doit  être prise la décision de rehausser les taux. Il s'agirait ainsi de la première hausse du taux directeur de la FED depuis juin 2006… Quelles conséquences faut-il attendre ou craindre, à la suite de cette manœuvre ?

Jean-Paul Betbèze : Il paraît très peu vraisemblable que Janet Yellen ne monte pas ses taux cette semaine. Le taux de chômage américain est en effet à 5 %, ce qui est à peu très peu près le plein emploi, tandis que la hausse des prix se poursuit vers 2% (hors pétrole et produits volatiles, inflation dite core) ce qui est l'autre objectif de la FED. Moralité : plein emploi et inflation à 2 %, la hausse des taux d’intérêt de la Fed est inévitable. Le plus important est, en fait, ailleurs. Ce va être comment l'escorter, par les prévisions et les annonces. En matière de prévisions chiffrées, la Fed va ainsi annoncer des hausses plus basses de ses taux dans les mois qui viennent, ce qui réduira notablement les anticipations des marchés. En matière d’annonces, Janet Yellen insistera sur le gradualisme.  La conséquence à attendre est donc une montée très légère du dollar et des taux longs. Le risque est l’emballement, ce qui ferait immédiatement baisser les bourses mondiales et pèserait beaucoup sur la croissance de tous – au pire moment. Tous les opérateurs de marchés sont au courant du risque, donc des messages à envoyer, et à mettre en œuvre.

Si les pays de l'Union Européenne ne seront probablement pas les plus en danger à la suite de ces mesures, existe-t-il néanmoins une possibilité de s'en prémunir, en Europe ?

En fait, tous les autres pays industrialisés vont laisser les Etats-Unis prendre les devants – et monter le dollar. Le Royaume-Uni est ainsi dans la même situation "technique" que les Etats-Unis, plein emploi et inflation hors pétrole, mais il va jouer les prolongations avant de monter ses taux pour des raisons (officielles) de Brexit. Le Japon est en reprise (enfin) et va attendre plus encore… Et ainsi de suite : tous les pays industrialisés ont pris en compte l’avance des Etats-Unis et lui laissent monter les taux, un peu, et le dollar, un peu. Cette configuration leur est la plus favorable. Pour la zone euro, qui est encore en phase de quantitative easing, il s’agit de "tenir" au moins un an et demi avant de monter ses taux. Continuer, c’est sa façon de "se prémunir". Ceci permettra de soutenir la reprise dans la zone, enfin, qui commence à apparaître. Ceci permettra de laisser le dollar monter par rapport à l’euro, en tout cas d’isoler autant que possible l’euro – ce qui soutiendra les bourses dans la zone. Au fond, la politique de Mario Draghi qui entend soutenir la reprise pour faire renaître l’inflation veut en fait protéger l’euro de la hausse et soutenir les bourses, mais il ne peut le dire trop nettement, et surtout pas sa politique de change !

Que dire des pays émergents ?

Nous assistons à un ralentissement dangereux de l’ensemble des pays émergents. Il vient pour partie de la nouvelle politique économique chinoise, qui consiste à soutenir leur demande interne et moins à exporter, et plus encore de la guerre à la baisse des prix des pays pétroliers, initiée par l’Arabie saoudite. Pour les émergents donc, la hausse des taux américains doit être lente, puisqu’elle fera monter les leurs, et ce sera la même chose pour le dollar, nombre de leurs grandes entreprises "émergentes" étant endettées en dollars. La guerre à la baisse des prix du pétrole est sans doute globalement négative pour eux, mais ils n’y peuvent rien. Elle concerne l’Arabie saoudite et l’Iran. Ceci renforce donc la pression pour que la hausse des taux américains soit, ici encore, la plus modérée possible. Ajoutons que si le dollar monte trop, le pétrole va baisser plus, ce qui accentuera les problèmes en Russie, au Brésil, au Nigéria, en Algérie, au Venezuela, dans les pays du Golfe...

Jusqu'où la BCE peut-elle gagner à s'inspirer de la stratégie menée par la FED ?

Cette situation monétaire mondiale est inédite : jamais les banques centrales n’ayant été à ce point impliquées pour soutenir les politiques budgétaires. Pour retourner à une sorte de normale, il faut plus de croissance, donc plus d’innovations pour avancer dans ce nouveau monde. Ceci impliquera des investissements physiques et plus encore de la formation, donc des risques, donc de la rentabilité à reconstruire dans les entreprises, donc du temps. Ce qui se passe, c’est que les Etats-Unis ont sans doute trois à quatre ans d’avance par rapport à la zone euro, ce qui implique de mener ici des réformes pour permettre aux start up de se développer, pour soutenir la reprise.  La BCE ne peut que faire gagner du temps, elle ne peut pas faire les réformes du travail et de soutien à l’innovation en lieu et place des états et des entreprises. Heureusement, les entreprises elles ont compris ! La limite de la BCE, c’est en fait la limite des politiques à pousser aux changements. C’est maintenant.

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