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L’économie en graphiques : une nouvelle récession est-elle sur le point de fondre sur l’économie mondiale ?
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A n'en plus finir...

Les chiffres sur la production industrielle parus lundi font état du plus mauvais trimestre depuis 3 ans pour la zone euro. Les États-Unis sont eux aussi très sévèrement touchés, tandis que l'Asie affiche un léger recul.

Andréa Tuéni  et Alain Henriot

Andréa Tuéni et Alain Henriot


Andrea Tuéni est Sales Trader chez Saxo Banque.

Analyste, il est spécialiste des questions de devises et des matières premières.

 

Alain Henriot est Directeur délégué chez COE-Rexecode. Il est spécialiste en analyse conjoncturelle et plus particulièrement en économie internationale.

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Qui dit début de mois, dit publication de nouvelles données économiques. Et cette semaine s’annonce chargée sur le plan économique. Alors que les données PMI (Purchasing Managers Index, l’indicateur d’activité du secteur manufacturier) pour la Chine, l’Union européenne, et les États-Unis ont été dévoilées lundi, la Banque d’Angleterre et la Banque centrale européenne ne devraient pas manquer de déclarations sur les taux jeudi tandis que la France et l’Espagne ont procédé à la vente de nouvelles obligations. La journée de vendredi sera quant à elle être marquée par la publication des chiffres sur le chômage aux États-Unis et dans l’Union européenne. Passage en revue de quelques données économiques du mois de septembre.

Le graphique montre à quel point la France traverse actuellement une période difficile. La courbe bleue, qui représente l’indice PMI manufacturier de la France, continue en effet de chuter. En septembre, l’indice s’est ainsi replié à 42,7, son plus bas niveau depuis avril 2009. Le graphique montre par ailleurs que les données de l’Insee - la courbe orange - concordent plus ou moins avec l’indice PMI dévoilé aujourd’hui. Selon Jack Kennedy, économiste chez Markit, « la contraction de septembre dans l’industrie manufacturière en France [résulte] d’une forte diminution des nouvelles commandes elle-même liée à la très grande faiblesse de la demande tant sur le marché intérieur que sur les marchés à l’export ».

Ce graphique indique que les liens entre prix de l’immobilier, le PIB, les mises en chantier et le marché boursier. On remarque donc que c’est bien la chute des prix de l’immobilier – la courbe rouge – qui a conduit à un effondrement de l’économie et du marché américain en 2008. Mais la remontée depuis quelques mois des prix de l’immobilier pourrait bien indiquer la possibilité de nouvelles richesses qui bénéficieraient aussi bien aux propriétaires qu’aux banques.

Ce graphique compare quant à lui l’évolution des services – la courbe bleue – et du secteur manufacturier – la courbe rouge – point faible des Etats-Unis, notamment en raison du ralentissement global de l’économie. Reste à savoir maintenant si cette faiblesse du secteur manufacturier s’étendra au reste de l’économie ou si la remontée des services et de l’immobilier l’emportera.

Atlantico : Les derniers indices sur la production industrielle dans le monde font état du plus mauvais trimestre depuis 3 ans pour la zone euro. Une nouvelle récession est-elle sur le point d'émerger ?

Andréa Tuéni :  La publication des derniers chiffres sur l’activité manufacturière en Europe ne rassure pas. La plupart des chiffres pour l’Europe ressortent en-dessous de 50, signe d’une contraction de l’activité. Les puissances européennes ne semblent pas aptes à inverser la spirale négative dans laquelle elles se trouvent. En effet, il s’agit du pire trimestre depuis trois ans.

Toutefois, les plus optimistes pourront trouver dans les données de Markit des éléments encourageants. En effet, le PMI italien ressort à 45.7 contre 44 attendu. Ce chiffre, en hausse par rapport au mois d’août (43.6), laisse à penser que la situation se stabilise en Italie (d’un point de vue technique, c’est la première fois depuis avril 2011 que le chiffre ressort au-dessus de sa moyenne mobile à 12 mois). La France, quant à elle, avec un chiffre de 42.7 semble plus affectée que l’Italie, du moins concernant le secteur manufacturier.

L’Allemagne reste la locomotive de l’Europe avec un chiffre bien au-dessus de ses voisins européens. Toutefois, son PMI à 47.4 reste en-dessous de la barre des 50, frontière entre croissance et contraction. Pour conclure, l’économie européenne est malade. Même avec une lecture optimiste de ces chiffres, force est de constater que les économies ralentissement et ce à un rythme de plus en en plus élevé.

Alain Henriot : Les enquêtes de conjoncture suggèrent en effet que l’activité s’est dégradée au troisième trimestre dans la zone euro. L’activité est tirée vers le bas dans les pays du sud de l’Europe suite aux effets dépressifs qu’exercent sur la demande intérieure les plans d’ajustement.

De son côté, l’Allemagne est surtout touchée par le ralentissement de ses exportations.

Toutes les économies sont-elles affectées de la même manière ou l'Europe décroche-t-elle par rapport au reste du monde ?

Andréa Tuéni : Les mauvaises nouvelles ne viennent pas que de l’Europe. En effet, la Chine qui publiait également les chiffres sur son activité manufacturière n’a pas vraiment rassurée. Selon les chiffres d’HSBC, le PMI chinois progresse à 47.9 mais reste néanmoins en zone de contraction pour le 11ème mois d’affilée. Les chiffres du gouvernement ne sont pas plus rassurants. Avec un PMI à 49.8 en Septembre, la Chine enregistre pour la première fois depuis 2009, 2 mois consécutifs de contraction.

D’une manière générale, le ralentissement économique est global et les solutions apportées à la crise ne sont toujours pas convaincantes. Cependant, le mal est plus profond en Europe où il est de moins en moins excessif de parler de désintégration.

Alain Henriot : L’Europe se distingue clairement des autres zones. Bien sûr, la croissance américaine n’est pas aussi tonique que lors des reprises précédentes et le chômage reste élevé. Bien sûr, la Chine inquiète parfois avec quelques signes de moindre dynamisme de même que certains pays émergents, comme le Brésil, montrent des signes de ralentissement. Mais seule la zone euro est en récession. Le pays qui semble se rapprocher le plus du cas européen est le Japon qui, après quelques mois de rattrapage consécutifs aux désordres d’après Fukushima, paraît de nouveau enlisé.

Aux États-Unis, la consommation semble pâlir. En effet, la demande de biens durables - c'est à dire des biens d'équipements - a chuté de 13,2%, la plus forte baisse depuis janvier 2009. L'économie mondiale peut-elle se permettre une chute simultanée de la zone euro et les Etats-Unis, à la fois sur la consommation et la production ?

Andréa Tuéni : Les chiffres sur l’économie américaine sont en contradiction. Les chiffres sur la demande de biens durables sont, en effet, très mauvais. Néanmoins, l’économie américaine a créé la surprise avec un indice ISM manufacturier à 51.5 (consensus 49.8). A l’inverse des exemples cités plus haut, l’économie américaine affiche une croissance surprise de son secteur manufacturier.

Enfin, concernant l’emploi, les nouvelles demandes d’allocations-chômage s’affichent en baisse et le rapport sur l’emploi américain, ce vendredi, sera une nouvelle fois le chiffre le plus regardé du mois notamment lorsqu’on sait l’importance de l’emploi dans la politique de la FED.

Alain Henriot : Le vrai défi pour les Etats-Unis, c’est 2013. Leur déficit budgétaire est très élevé et, l’an prochain, des coupes automatiques des dépenses entreront en action si de nouvelles mesures n’étaient pas prises par le nouveau gouvernement qui sera issu des prochaines élections.

Si tel était le cas, les Etats-Unis pourraient alors à leur tour sombrer en récession, ce qui serait un scénario noir pour l’économie mondiale. Ce n’est pas le scénario le plus probable, mais il faut rester vigilent.

Dans ces conditions, l'Asie peut-elle encore servir de relais de croissance ?

Andréa Tuéni : La croissance des pays émergents est loin devant celle des puissances occidentales. La Chine qui est pourtant dans une phase de ralentissement devrait croître de 8% selon les chiffres du FMI. L’Asie profite du ralentissement économique des pays occidentaux pour combler une partie de son retard.

Néanmoins, en ralentissant sa croissance supérieure à 10 % à un rythme plus durable de 4 à 6 %, la Chine va considérablement affecter l'économie mondiale, puisque sa contribution à la nouvelle croissance nette devient négative. C'est une transformation majeure par rapport à la crise financière, lors de laquelle la Chine a pris la tête de la locomotive internationale pour produire la moitié de la nouvelle croissance générée dans le monde entre 2008 et 2011.

Alain Henriot : L’Asie est toujours très tournée vers l’extérieur, mais la Chine joue un rôle majeur sur le continent. De manière naturelle, la Chine devrait connaître dans les années à venir une croissance un peu moins forte qu’au cours de la dernière décennie, en tout cas inférieure à 10 % l’an.

Cela veut dire aussi que les besoins en investissement seront peut-être un peu moins prégnants. C’est aussi un enjeu pour ses partenaires asiatiques.

Quels risques sont encore sous-estimés voire oubliés ?

André Tuéni : Les tensions sociales qui ne cessent d’augmenter sont un signe alarmant. En effet, les peuples manifestent contre les mesures d’austérité mises en place par les gouvernements et ce de manière de plus en plus violente.

La question du déficit américain est également une source d’inquiétude importante. Le Congrès américain n’ayant pas trouvé de solutions à long-terme l’année dernière, une solution devra être trouvée d’ici la fin de l’année sans quoi les Etats-Unis devront mettre en place de très lourdes réformes fiscales qui impacteront négativement la croissance.

Alors que la France a dépassé la barre des 3 millions de chômeurs et l'Europe celle des 18,2 millions, quelles sont les projections en termes d'emplois ? Une paupérisation est-elle à attendre comme le prétendent certains ?

Andréa Tuéni : L’état général des économies, notamment en France, n’est pas propice à une inversion de la courbe de l’emploi. Il sera intéressant de voir la situation de l’emploi aux Etats-Unis après que la FED ait lancé le troisième volet de sa politique de Quantitative Easing (des opérations de politique monétaire non conventionnelles, ndlr). Pour rappel, la FED a annoncé être prête à intervenir avec des moyens illimités tant que la situation de l’emploi ne s’améliore pas.

Néanmoins, ces politiques sont dans le déni et elle ne corrige pas les maux de nos économies. Tant que nos responsables ne choisiront pas de lancer des réformes structurelles et de se recentrer sur la microéconomie, la situation économique mondiale ne s’améliorera pas et le risque de récession pèsera toujours.

Alain Henriot : Les perspectives pour le marché du travail restent sombres à court terme. En France par exemple, on peut penser que le potentiel de croissance s’est sans doute affaibli. Il est peut être de 1,5 % l’an.

Si l’on considère que la population active croît de l’ordre de 0,5 % et que les gains de productivité augmentent, en tendance d’environ, de 1 % par an, cela nous donne à peine l’espoir d’une stabilisation du chômage. Il faut bien avoir en tête que le niveau du PIB aujourd’hui est bien inférieur à ce qu’il aurait été si la tendance d’avant-crise - environ 2 % l’an - s’était poursuivie. C’est un redoutable défi pour les décideurs.

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