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L’Allemagne d’Angela Merkel qui menace abruptement le Royaume-Uni de Theresa May sur le nombre de migrants que Londres est censée accepter est-elle vraiment le modèle que souhaite le nouveau gouvernement français ?
©Reuters

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L’Allemagne d’Angela Merkel qui menace abruptement le Royaume-Uni de Theresa May sur le nombre de migrants que Londres est censée accepter est-elle vraiment le modèle que souhaite le nouveau gouvernement français ?

Lors de la présentation du programme des conservateurs, qui s'est tenue ce jeudi, la Première ministre britannique Theresa May a promis de réduire l'immigration nette vers la Grande-Bretagne de 100.000 personnes par an. Une décision vivement critiquée par Angela Merkel, qui promet que l'Union Européenne entreprendra tout pour défendre ses intérêts.

Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris IV-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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Atlantico : Alors que la population du Royaume-Uni semble assez largement mobilisée sur la question migration, ne peut-on pas voir une forme d'excès d'ingérence sur ces questions, notamment de la part d'Angela Merkel, qui a pu, sans consultation préalable, prendre des dispositions pour le moins controversées sur cette même question?

Gérard-François Dumont : Il faut d'abord constater que Madame Theresa May a parfaitement entendu le message des électeurs britanniques. Lors du référendum du 23 juin 2016, le Brexit l'a emporté essentiellement à cause du mécontentement d'un certain nombre d’électeurs britanniques face à l'importance de l'immigration issue des autres pays membres de l’UE dans leur pays. Or cette forte immigration a été la conséquence des mauvaises décisions de l'Union européenne – mauvaises décisions dans lesquels le Royaume-Uni a toutefois sa part -  dans sa façon de mettre en œuvre l'élargissement du 1er mai 2004 à dix nouveaux pays . En effet, les inégalités de calendrier décidés dans de mise en place de la liberté de circulation des travailleurs a engendré une sur-immigration au Royaume-Uni, tout particulièrement originaire de Pologne. 

En même temps, il apparaît surprenant qu'Angela Merkel reproche à Theresa May de prendre des décisions qu'elle considère souhaitable pour l'intérêt de son pays. N’est-ce pas la chancelière allemande Merkel, en août 2015, qui a pris une décision consistant à ne plus appliquer les règles des accords de Dublin pour les immigrants présentant un passeport Syrien. C’est une décision qu’elle a prise de façon unilatérale sans informer, ni consulter les autres membres de l'Union européenne. Or cette décision, présentée comme essentiellement humanitaire, s’expliquait davantage, outre les effets d’une politique étrangère inappropriée, par des insuffisances administratives et parles intérêts del’Allemagne dontles entreprises demandent de immigrés pour compenser la baisse de la population active qui est la conséquence de plusieurs décennies de très faible fécondité, donc de l’intensité de« l’hiver démographique »  en Allemagne
Il y a manifestement là deux poids, deux mesures : ce que, moi, je décide est toujours bon ; ce que les autres décident, sans me demander mon avis, c'est mauvais. 

Comment le Royaume-Uni pourrait-il réagir à cette situation? 

Les négociations du Brexit sont en cours depuis la lettre de Theresa May du 29 mars 2017. Selon la politique actuelle du Royaume-Uni, un pays ne peut être souverain que s’il définit sa propre politique migratoire, qu’il doit pouvoir mettre en œuvre comme il l'entend. En revanche, actuellement, la Commission européenne considère que, pour que le Royaume-Uni bénéficie de l'accès au marché de l'Union européenne, il doit maintenir une totale libre circulation des travailleurs. Nous sommes face à deux positions totalement opposées, dans une logique de divorce sans consentement mutuel. 
Une réflexion en terme de prospective géopolitique conduit à deux scénarios  possibles.  Le premier est un conflit durable entre le Royaume-Uni et l’UE attisé par des déclarations agressive de part et d’autre. Du côté du Royaume-Uni, puisque, comme l’a déclaréedès le début de son mandat en juillet 2016 Theresa May, « Brexit is Brexit », ce qui ne semble pratiquement plus contesté au Royaume-Uni, il s’agit de retrouver une souveraineté demandée par les électeurs sans conséquences économiques dommageables. Du côté de l’UE, la position actuelle est que le Brexit ait desinconvénients pour le Royaume-Uni pour que d’autrespays de l’UE n’aient pas, à leur tour, envie de quitter l’UE. 
Un autre scénario consisterait à rechercher une logique departenariat puisque le Royaume-Uni demeure évidemment géographiquement en Europe et puisque les pays de l’UE continuent à avoir de nombreux intérêts communs avec le Royaume-Uni, ne serait-ce qu’en terme de sécurité et de défense. Le Brexit pourrait alors être l’occasion d’imaginer un système de partenariat entre l'Union européenne  et un pays non-membre, en engendrant la miseau point d’un modèle qui pourrait être utile pour fixer les relations avec d'autres pays dont l’adhésion ne semble pas pouvoir être envisagée, comme des pays des Balkans, l’Ukraine, la Turquie, voire la Russie.

Comment l'Union Européenne, dans le cas spécifique du Brexit, mais également en prenant en compte les intérêts divergents des Etats membres, peut-il parvenir à concilier ses principes, la question migratoire, et la recherche de souveraineté des différents pays? 

Aujourd'hui, l'Union européenne veut donner l'impression qu'elle est unie sur la question du Brexit. Il est fort probable que lorsqu'on arrivera à des éléments extrêmement précis dans les négociations avec le Royaume-Uni, des divergences apparaitront, d’autant que le contexte géopolitique vient d’être profondément changé par un décision du 9 mai 2017 de la Cour Européenne de Justice. Désormais, et bien que le commerce soir le seul domaine ou les États membres de l’UE ont cédé à la Commission une entière délégation ,  tout traité commercial de l'Union européenne qui ne porte pas que sur des éléments limités, comme des tarifs douaniers,  ne peut avoir de valeur juridique que s'il est approuvé non seulement par le Conseil européenet le Parlement européen, mais aussi par tous les parlements des pays membres. Or le Brexit supposeun futur traité commercial entre le Royaume-Uni et l'Union européenne,un traité qui devra donc être voté par le Parlement de tous les pays membres. Le travail diplomatique s’en trouve considérablement accru, à la fois de la part des instances de l'Union européenne qui doivent parvenir à convaincre tous les parlements, et de la part du Royaume-Uni qui doit plaider ce qu'il souhaite non seulement auprès de la Commission européenne, des gouvernements des Etats-membres et du parlement européen, mais également auprès des parlements de chacun des pays. 
Au delà de la mise en œuvre du Brexit, la décision du 9 mai 2017 de la Cour Européenne de Justice n’est pas simplement une avancée vers la « maîtrise de la mondialisation » comme l’écrit l’éditorial du quotidien Le Monde . Elle modifie le mode de fonctionnement de l’UEet pourrait le modifier encore davantage. En effet, cette décision impose en quelque sorte le respect d’unecertaine souveraineté des États membres de l’UE en matière commerciale. Si, selon cette logique, l’UE se trouvait contrainte de respecter réellementle principe de subsidiarité, c’est une tout autre UE qui serait en train de naître.

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