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La civilisation gréco-romaine était essentiellement homosexuelle et même pédophile.
La civilisation gréco-romaine était essentiellement homosexuelle et même pédophile.
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"Jésus n'aurait rien contre le mariage gay. Pour lui, le seul péché est le mépris de l'autre"

C’est une page qui se tourne : le président américain s'est affiché ouvertement en faveur du mariage gay. Il l’a annoncé mercredi, expliquant que ses vues sur la question avaient évolué. Une révolution, dans un pays encore attaché aux valeurs chrétiennes. Mais cette position va-t-elle vraiment à l'encontre de ces dernières ?

Jean-Claude  Barreau

Jean-Claude Barreau

Jean-Claude Barreau est essayiste. 

Il est conseiller de François Mitterrand sur les questions d'immigration, puis de Charles Pasqua. En 1989, il devient président de l’Office des migrations internationales et président du conseil d'administration de l’Institut national d’études démographiques.

Il est l"auteur de "Liberté, égalité, immigration ?" (éditions de L'Artilleur) et a également publié "Sur la route de Kandahar" (François Bourin, en avril 2014).

 

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Atlantico : Après la déclaration de Barack Obama en faveur du mariage homosexuel, peut-on dire que la politique peut permettre de faire évoluer les valeurs d'une société  ?

Jean-Claude Barreau : Il est évident que c’est l’inverse ! Rappelez-vous de la Révolution française, qui a entraîné tous les changements que l’on sait.

A l'origine, le mariage était l’union de deux clans, comme ce fut le cas dans la noblesse, puis la haute bourgeoisie. C’était strictement l’alliance d’un homme et d’une femme.

Mais la civilisation gréco-romaine était essentiellement homosexuelle et même pédophile. Quand César faisait son entrée à Rome après une expédition, les légionnaires, qui avaient le droit de chanter n’importe quoi lors du triomphe, entonnaient : « Voici notre général, l’amant de toutes les femmes et la maîtresse de tous les maris ! » Et la place des femmes était au gynécée. Donc,  un garçon qui avait un « bac+5 » au moment de se marier se retrouvait au lit avec une fille de 13 à peine pubère et illettrée. Cela ne pouvait évidemment pas marcher. Les amours étaient donc entre hommes, mais on liait les clans avec les femmes.

Le mariage homosexuel était-il pour autant revendiqué?

Non, c’était inutile car les amours entre hommes étaient la norme et elles étaient reconnues. Les hommes étaient tous homosexuels en pratique. La femme n’était qu’une pure reproductrice qu’on enfermait à la maison.

Cela a changé avec l'arrivée du christianisme...

Oui, le christianisme a permis une libération de la femme. Jésus est extrêmement féministe. Il n’y a qu’à lire l'évangile de « La femme adultère », dans lequel il déclare qu’il ne la condamne pas. Mahomet n’aurait certainement pas dit la même chose…

Jésus était entouré de femmes riches, des romaines ou des juives, qui l’entretenaient de leurs biens. Jésus a introduit la femme dans le monde et a conduit jusqu’à ces lettres d’amour qu’on retrouve jusque dans les lettres d’Abélard et Héloïse.

En tant qu’ancien prêtre et toujours catholique, comment voyez-vous le mariage homosexuel ?

Il ne me gêne pas du tout. C’est un changement du sens du mariage qui est l’union de deux personnes, qui n’est plus directement lié à l’alliance de clans. Aujourd’hui, le mariage dépend d’un libre choix comme depuis Molière - son théâtre est brodé autour du libre choix au mariage !

Que ce libre choix et cette volonté de mariage soient revendiqués par les homosexuels me semble tout à fait normal étant donné l’évolution de la société. Le premier problème réside dans l’éducation des enfants. Mais il est déjà résolu puisque des homosexuels célibataires élèvent déjà des enfants adoptés. Le second problème réside dans la reconnaissance de statut du conjoint homosexuel, qui n’a pas de lien de parenté avec l’enfant. Il faudrait prévoir un contrat qui donne au compagnon une reconnaissance parentale sans la lier à la reproduction.

Cette reconnaissance va-t-elle dans le sens de l’histoire ?

Je ne crois pas au sens de l’histoire, c’est une idée marxiste. Le christianisme est survenu mais il aurait pu ne jamais naître… C’est aléatoire.

Actuellement, c’est plutôt la pression sociale qui compte pour reconnaître un contrat de mariage et de parenté entre deux individus du même sexe. Le problème se résume à reconnaitre le statut du conjoint sans lien biologique. Un parent qui a élevé l’enfant d’un autre doit avoir des droits.

Votre réponse me surprend, connaissant votre foi et la position de l'Eglise sur le mariage homosexuel…

Mais Jésus se contrefoutait de ce genre de choses. Le seul péché pour Jésus est le mépris de l’autre. Il a dit deux choses. Aux bien-pensants :  "les  putains vous précèderont dans le royaume des cieux ». Et en parlant du sabbat, la chose la plus sacrée de la religion juive : "le sabbat est fait pour l’homme et pas l’homme pour le sabbat." Vous pouvez appliquer cette phrase à tout. Par exemple : "le mariage est fait pour l’homme et pas l'homme pour le mariage." Les évangiles ne délivrent aucun message sur ce sujet. On parle de l’union d’un homme et d’une femme, mais ça n’est qu’une possibilité. Même Jésus – ou Saint-Paul - n’était pas marié ! Et le sacrement du mariage n’est pas dans l’Evangile, mais dans l’Eglise. Et l’Eglise peut changer…

A lire sur le même sujet : "Peut-on encore dire que le mariage concerne deux personnes de sexe opposé sans être taxé d’homophobe ?"

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