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La liste noire du FN a-t-elle vraiment eu un impact dans les urnes ?
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La liste noire du FN a-t-elle vraiment eu un impact dans les urnes ?

Avant les législatives le Front National avait dressé une liste noire des candidats UMP à battre. Y figuraient notamment Jean-François Copé, Xavier Bertrand ou Claude Guéant. Au final, le bilan de cette liste est mitigé. Explications...

Jean-Yves Camus

Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l'Iris, Jean-Yves Camus est un spécialiste reconnu des questions liées aux nationalismes européens et de l'extrême-droite. Il est directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et senior fellow au Centre for the Analysis of the Radical Right (CARR)

Il a notamment co-publié Les droites extrêmes en Europe (2015, éditions du Seuil).

 

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Atlantico : Avant les élections législatives, le FN avait dressé une liste des personnalités à faire battre. Nathalie Kosciusko-Morizet, Claude Guéant ou Jean-François Copé y figuraient notamment. Cette liste noire a-t-elle été une arme efficace ?

Jean-Yves Camus : L’objectif politique du FN était, soit d’inscrire à son tableau de chasse des personnalités qui se sont singularisées par leurs positions anti-frontistes, soit d’obtenir le scalpe de personnalités emblématiques du Sarkozysme. Jean François Copé et Xavier Bertrand ont réussi à conserver leur siège. La défaite de Claude Guéant n’est pas imputable au FN. Le bilan des listes noires est plutôt mitigé pour le Front. Certes, certains candidats qui avaient été mis sur la liste noire du FN ont perdu, mais on peut attribuer leur défaite à de multiples facteurs. Par exemple, attribuer au FN la défaite de George Tronc, qui a été mêlé à plusieurs affaires de mœurs ces derniers mois, parait très exagéré.

Certains candidats ont-ils, malgré tout, été clairement sanctionnés ?

Nadine Morano a été la principale victime du FN . Son erreur est de ne pas avoir compris que le FN avait appelé à la faire battre bien  avant les législatives. Comme le rappelle Libération ce matin, au début de l’année, le patron frontiste du département, Jean-Luc Manoury, avait édité un tract anti-Morano appelant  à faire barrage à «l’adoratrice préférée de Sarkozy»  adepte de «méthodes soviétiques d’intimidation» visant à «faire pression sur les maires» pour qu’ils n’apportent pas leur signature à Marine Le Pen. Localement, le FN a tout fait pour mettre Morano en échec. Lionel Vinquant, le candidat frontiste non qualifié avec ses 16,45% au premier tour, avait d’ailleurs appelé à lui faire barrage «à titre personnel». Lancer des perches au FN s’est révélé inutile, voir contreproductif.  L’interview qu’elle a accordée la semaine dernière à l’hebdomadaire d’extrême droite Minute, où elle parle des «valeurs en commun» avec le FN, a irrité sa famille politique, mais aussi l’appareil et les militants du FN qui ont considéré cela comme du braconnage électoral.

De manière générale, ceux qui s’en sortent le plus mal sont finalement ceux qui ont tenté d’aller empiéter sur les terres du FN : Nadine Morano, Jean Michel Ferrand à Carpentras, Jean- Paul Garraud en Gironde. La stratégie qui consiste à appeler à construire des ponts avec le FN n’a pas payé.

A l’inverse, Nathalie Kosciusko-Morizet avait clairement indiqué qu’entre un candidat PS et un candidat FN, elle choisissait le candidat socialiste. Elle a pourtant  réussi à conserver son siège. Est-ce que cela signifie que la  stratégie du « cordon sanitaire » fonctionne toujours. ?

NKM sort de cette bataille électorale renforcée. Cet épisode crédibilise d’avantage sa trajectoire future. Elle pourra se prévaloir, à juste titre, de la validation de ses analyses politiques sur le Front. Dans d’autres circonscriptions, comme à Hénin-Beaumont on constate même qu’une fraction de l’électorat UMP a préféré votée pour des candidats socialistes plutôt que pour les candidats frontistes. Il existe des cas de porosité entre l’électorat FN et l’électorat UMP, le meilleur exemple est la circonscription de Gilbert Collard, mais il existe aussi des cas inverses. Il n’y a pas de tendance générale qui se dégage. Mais, je crois que contrairement à ce qu’on a beaucoup dit la digue n’a pas encore sautée. Il  y a des contre-feux qui se sont mis en place. Quand Alain Juppé déclare qu’il faudra avoir une réflexion sur les valeurs qui unissent les militants de l’UMP, on distingue bien sa volonté de reconstruire des barrières.  

Le retour de députés FN à l’Assemblée Nationale n’est-il pas, malgré tout, une victoire pour le parti ?

Les deux victoires d’hier soir ne représentent  pas un vrai renversement de tendance. Celle de Gilbert  Collard était inscrite dans l’arithmétique du premier tour et la victoire de Marion Le Pen à  Carpentras est le résultat d’une implantation de trente ans. Les deux victoires d’hier soir interviennent dans des régions précises. Marine Le Pen peut toujours claironner que le FN va tout casser à l’Assemblée, le mode de fonctionnement des institutions ne permet pas de tout casser lorsqu’on est seulement deux au parlement.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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