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Un employé indien de Cadila Pharmaceuticals Limited emballe des bandelettes de capsules de risorine dans une usine de fabrication à Dholka.
©SAM PANTHAKY / AFP

Géant pharmaceutique

Inde en crise : faut-il craindre des pénuries de médicaments pour... toute la planète ?

Quel impact le tsunami de Covid en Inde peut-il avoir sur l’industrie pharmaceutique dont nombre d’usines sont précisément installées dans le pays ?

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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L’Inde vient de revenir au premier plan de toutes les interrogations du monde entier en ce qui concerne la covid mais aussi l’ensemble de la politique des médicaments.

Un premier constat d’abord : le continent indien est le plus peuplé et ses prix industriels sont aussi les plus bas de la planète alors que sa production est très importante. A cela deux raisons, des salaires peu élevés et des règlements de production très permissifs. Pour ce qui concerne la chimie soumise ici à des règles, normes et contrôles excessifs, l’Inde est devenue en vingt ans la destination idéale d’une grande partie de la production en chimie fine et pharmacie notamment. La presque totalité des médicaments génériques vient de cette région du monde, et une grande partie des médicaments dans les domaines cardiovasculaires ou du système nerveux central… Même les Chinois sous-traitent à leurs voisins car leurs prix sont compétitifs. La plupart des pays, en particulier l’Occident, sont donc dépendants pour leur politique de soins de l’Inde ! La sélection des produits et les négociations se passent aux Emirats Arabes Unis où toutes les grandes sociétés sont présentes.

Au cours des dernières années des équipes de médecins hospitaliers se sont inquiétés des risques de pénurie de certains médicaments rares en particulier à base de curare, mais l’actualité avait rapidement gommé à la fois les causes et les conséquences de cette délocalisation de masse. Il est vrai que vouloir défendre « en même temps » un tour de visse supplémentaire environnemental avec une loi climat et l’institution du délit d’écocide et la volonté de relocaliser l’industrie tient du grand écart, d’autant que c’est l’industrie chimique qui est la première condamnée par tous les exemples donnés par l’écologie radicale pour justifier des punitions lourdes. La santé des populations de nos contrées a, peut-être, été améliorée par le déménagement de cette industrie dans d’autres contrées, mais les soins désirés pour prolonger la vie de ces populations ont besoin des produits dont la production a été bannie.

L’industrie des vaccins n’a pas échappé non plus à cette attirance pour le continent indien et c’est là que le produit AstraZeneca est développé et que 65 millions de doses ont déjà été vendues dans le monde. Ce qui se passe en Inde est donc fondamental pour la politique de santé mondiale et c’est à ce moment là qu’arrive coup sur coup deux nouvelles, celle d’un variant indien de la pandémie et celle d’une explosion des contaminations et des décès entrainant une désorganisation complète du pays et de son industrie. Il va donc falloir se pencher sur ces réalités que nous avons voulu minimiser et ignorer, si le Gouvernement Indien perd le contrôle de la santé dans le pays, une des conséquences va être une pénurie dans les prochaines semaines de quantités de médicaments dans tous les pays développés… dont la France !

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L’Inde a déjà vacciné sa population avec 100 millions de doses produites sur son sol, c’est insuffisant pour la rendre optimiste, mais elle sera sans doute moins encline à exporter sa production, elle va donner la priorité aux Indiens, ce qui est compréhensible.

Par contre la production de médicaments pour les occidentaux va cesser, elle, d’être une priorité, et notre Continent va connaître des restrictions. Heureusement l’Inde est sous-traitante de la Chine qui va pouvoir prendre le relais avec deux difficultés, la première est qu’elle aura besoin de délais et la deuxième c’est qu’elle va produire plus cher et que donc les économies de santé dans les pays développés vont connaitre un surcroit de dépenses. 

La covid a bouleversé les habitudes et la vie quotidienne de tous les Français. L’hôpital lui-même est devenu suspect et bien des malades retardent leurs soins, et surtout leurs opérations, pour ne pas prendre le risque de contracter le virus, mais le besoin en médicaments ne faiblit pas et une catastrophe en Inde pourrait mettre en péril beaucoup de malades de tous les pays. C’est la rançon de la mondialisation industrielle souhaitée, revendiquée et obtenue tandis que depuis des années les partisans d’un meilleur équilibre, d’une certaine indépendance, sont rejetés. Cette évolution est nouvelle, elle ne date que d’une vingtaine d’années : à la fin du siècle dernier la France était autonome en principes actifs et grande exportatrice de médicaments, elle était encore mondialement connue pour ses vaccins et était appelée dans tous les pays du monde lors des grandes épidémies.

Il y a de nombreux enseignements à retenir de cette histoire que nous vivons.

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Le premier est que nous devrions être en mesure d’anticiper dès aujourd’hui les pénuries éventuelles des prochains mois et donc travailler à y remédier. Bien sur le pays entier est concentré sur la covid, mais il existe beaucoup d’autres douleurs. La science et l’industrie ont permis de découvrir des traitements qui exigent des chimies et biologies pointues, il faut donc  s’assurer que les produits destinés à ces longues maladies continueront à rester disponibles. C’est, aussi, le rôle de l’Etat, et il ne s’agit pas là de parler, de communiquer mais d’agir avec efficacité avec médecins, biologistes et industriels sans faire appel à une bureaucratie incompétente.

Le second est qu’il faut tout faire pour aider l’Inde dont nous avons besoin à ne pas sombrer dans le chaos, les compétences y sont nombreuses mais l’organisation souvent incertaine. Il faut, comme lorsqu’il y a un tremblement de terre ou un tsunami envoyer les meilleurs spécialistes pour effectuer les investissements de fortune nécessaires pour recevoir les malades et tenter de stopper les contaminations. On sait que même chez nous il a été difficile de faire avancer le tester, tracer, isoler salvateur, mais il faudra bien qu’ils adoptent cette discipline tôt ou tard.

Le troisième c’est qu’une fois de plus il va falloir compter sur la Chine pour être la manufacture mondiale et que cette situation nous met en danger, tous, aussi bien la Chine que nos pays. Nous devons réfléchir et agir vite sur la recomposition du paysage industriel mondial. Les vaccins et les médicaments nous y obligent et il ne sera pas simple, soit de relocaliser la chimie et biologie des principes actifs avec des investissements désobéissant aux règles pour obtenir des prix équivalents aux prix asiatiques, soit de maintenir nos normes et règlements en obligeant nos sociétés pharmaceutiques à doubler ou tripler le prix de leurs produits. Mais nous devons, pour la santé de nos concitoyens arrêter de nous cacher la réalité. La loi climat fait partie de cet aveuglement et participe au désastre actuel comme beaucoup d’autres initiatives généreuses mais tournant le dos au monde réel.

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