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La conférence de presse de François Hollande a suscité de très nombreux commentaires.
La conférence de presse de François Hollande a suscité de très nombreux commentaires.
©Reuters

Collier de perles

Inculture économico-politique française : le pire des commentaires de la conférence de presse de François Hollande

Des fantasmes souverainistes de la griffe de Mario Draghi dans le discours de François Hollande à l'idée que les annonces du président soit celles d'un "commis du patronat" ou, encore plus amusant, celles d'un libéral, la troisième conférence de presse du mandat présidentiel a suscité de nombreuses réactions des représentants politiques comme des journalistes. Tour d'horizon des erreurs de lecture.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le pacte de responsabilité est une politique de droite

Cela a été le temps fort de l’après conférence. François Hollande se serait rallié à une politique de droite, qui lui serait venue par « pragmatisme ». Le ralliement du président à ce qui semble être une évidence, c’est-à-dire de la nécessite de baisser les charges sur les salaires et de baisser les dépenses publiques, est très largement perçu de la sorte. Si l’on considère le discours de l’UMP depuis plusieurs mois, il est en effet difficile de dire le contraire, car baisser les charges et baisser les dépenses sont bien les points mis en avant par les responsables de l’UMP. Par contre, s’agit-il d’une politique de droite ? Je ne le crois pas. En prenant en compte les politiques menées dans les pays les plus libéraux, on peut se rendre compte que le discours n’est pas du tout le même. Ces pays, comme le Royaume-Uni, le Japon, ou les Etats-Unis réalisent pour certains d’entre eux des coupes dans les dépenses, mais ils ont surtout mis en œuvre de gigantesques plans de relance monétaire. Ce point devrait être abordé en France, parce qu’il est tout de même compliqué de vouloir expliquer que l’austérité est « de droite » alors que ce n’est simplement pas vrai dans le reste du monde.

La droite a une chance historique de pouvoir s’appuyer sur la théorie libérale pour justifier une relance monétaire, ce qui est prôné par les monétaristes, mais non. Le silence est total sur cette question, alors que c’est le moment idéal pour la droite de se trouver du côté social du manche. 

Ce qui veut dire qu’au final, François Hollande s’est rallié à une politique de l’offre au seul moment depuis les années 1930 où celle-ci est déconseillée par la théorie, c’est-à-dire en situation de quasi déflation.

Le pacte de responsabilité est une politique ultralibérale, la politique du Medef

Celle-ci est la plus amusante. Avec 57% de dépenses publiques dans le PIB du pays, le mot ultralibéral fait presque sursauter. Que l’on puisse proposer de s’extirper de la tendance « marxisante » de l’économie française est une chose, mais de là à parler d’ultra ou même de libéralisme, il y a bien 20% ou 30% de dépenses publiques à couper avant de pouvoir en évoquer les mots. Il ne s’agit plus de réflexion mais de vouloir faire peur. Ce qui est quand même cocasse, c’est de constater que les politiques mises en œuvre par les libéraux à travers la planète raviraient les communistes aujourd’hui. Ce sont les « ultralibéraux » qui veulent relancer, ce sont eux qui ont théorisé les plans de relance monétaire. Et Les néo-keynésiens américains, qui sont des économistes plutôt au centre, centre gauche, se sont ralliés progressivement à ces propositions. Mais pas en Europe. Il doit y avoir un sérieux problème de communication.

Quant au Medef, il y a du vrai, la proposition de François Hollande va bien dans le sens du pacte proposé par Pierre Gattaz. Mais ce qui est invraisemblable, c’est que ce syndicat ne se soit pas rendu compte que cette proposition ne mène nulle part. Cette politique de l’offre n’a rien à faire dans les conditions macroéconomiques actuelles ou la demande est asséchée. Si les entreprises veulent des clients, c’est du côté de la demande que ça se passe. Cela tombe bien, c’est la priorité des « ultralibéraux » anglais par exemple.

Le pacte de responsabilité est la fin de l’austérité

Il s’agit de l’analyse de Xavier Timbeau de l’OFCE, publiée par « Le monde » dans son édition du 16 janvier, et qui voit le pacte de responsabilité comme une voie de sortie de l’austérité. La différence entre avant et après la conférence, c’est une baisse de charges de 10 milliards car le CICE devrait passer à la trappe entretemps. Une baisse de charges de 10 milliards qui ne sera octroyée qu’aux entreprises qui recrutent, et qui est donc conditionnelle. De l’autre côté, ce qui est annoncé c’est une baisse des dépenses de 57 milliards entre 2015 et 2017.

A partir de là, je ne vois pas bien par quel miracle la logique d’austérité ne serait plus la priorité, car de toute façon François Hollande n’avait plus le choix. Les hausses d’impôts ne fonctionnent plus, parce que les recettes fiscales ne suivent plus. On ne peut pas faire saigner une pierre. Nous sommes déjà au bout du bout au niveau fiscal, alors il fallait bien trouver autre chose. Travailler 20 mois pour détruire de la valeur et constater que la politique menée jusqu’alors a été une erreur si évidente qu’il faut en changer, c’est un peu la leçon de cette conférence de presse que pourtant beaucoup ont acclamé.

Le pacte de responsabilité est la politique de la commission européenne et de la Banque centrale européenne

C’est plutôt vrai. La faiblesse politique du président Français est telle qu’il ne parvient pas à réorienter l’Europe. Il est donc contraint d’en suivre les règles, aussi absurdes soient elles. Je veux parler des 3% de déficits, de la baisse des dépenses publiques etc. Tout cela serait valable si la Banque centrale jouait son rôle. Mais pour le moment, elle continue d’écraser la demande intérieure européenne. Austérité monétaire et austérité budgétaire, c’est le cocktail qui détruit l’Europe depuis 5 ans.

Le fait que cette théorie de l’austérité ait été invalidée depuis de longs mois (Rogoff & Reinhart) ne semble pas perturber les dirigeants européens. On sait que cette voie ne fonctionne pas, qu’elle est la source de la faiblesse économique européenne mais on continue. Alors le président fait ce qu’il peut avec le jeu qu’il a, et il n’a rien dans les mains. Il bricole et parvient tout de même à passer pour Roosevelt avec cette conférence de presse ; bravo à lui. Entre temps, les extrêmes sont les seuls à rejeter l’austérité alors que les partis de gouvernement ne disent rien sur cette problématique majeure. Le scandale est là. La majorité des pays du G20, Etats-Unis en tête, mais également le FMI, demandent à l’Europe d’agir par la voie monétaire, de relancer la demande intérieure, mais personne ne bouge. Entretemps les extrêmes progressent et on ne peut pas s’en étonner.

Un parti de gouvernement doit s’emparer de cette question et en faire sa priorité. Ce sont les libéraux monétaristes américains qui ont développé cette proposition et qui ont fait bouger les lignes partout dans le monde. La droite anglaise, la droite japonaise, et ironiquement la gauche américaine ont repris ces idées et mis en place ces plans de relance, avec succès.

Alors maintenant LE dossier est sur la table, la question est de savoir qui va s’en emparer. Peu importe, mais il faut que quelqu’un bouge.

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