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Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
©Fouad Maghrane / AFP

Structure préservée

Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité

Hier, un incendie s'est déclaré dans les combles de Notre-Dame de Paris vers 18 h 50. Il mobilisera des centaines de pompiers et occasionnera des dégâts colossaux.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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Il y a bien des choses à dire au sujet de l’incendie dramatique qui frappe  Notre Dame en ce Lundi qui sera désormais un Lundi noir, un black Monday,  et l’on dira bien des choses quand on saura les causes de cet incendie. Mais, d’ores et déjà, un certain nombre d’éléments montrent que rien ne sera plus tout à fait comme 

D’abord, la sidération. L’énormité du panache de fumée s’échappant de ce lieu tout aussi énorme visité chaque année par une énorme foule. Le cœur de Paris saigne et c’est quelque part l’un des cœurs du monde qui saigne.

Ensuite, une angoisse sourde plongeant ses racines dans quelque chose de l’ordre de la mémoire archaïque. C’est au moyen-âge que les villes et les cathédrales brûlaient. On pensait que la postmodernité était à l’abri de ces drames. Force est de constater que non. D’où l’impression de vivre quelque chose d’ancestral, venu du fond de la mémoire et des âges. La foule sur les quais autour de Notre-Dame pour assister à la catastrophe n’a pas été  une foule post-moderne. Elle a été une foule ancestrale.

De ce fait, un sentiment de fragilité. Notre-Dame qui a traversé les siècles semblait invulnérable. Soudain, cet incendie  rappelle que les choses les plus précieuses que  l’on croyait inattaquables peuvent disparaître en une heure de temps. Et rappelant que tout est fragile, cet incendie interpelle chacun. Savons nous assez protéger les belles choses de ce monde, les belles choses de la vie, les belles choses de l’humanité ? Sommes nous assez responsables ?

Un sentiment de fragilité, mais aussi un sentiment d’unité. Sur les quais de Paris, autour de Notre-Dame qui brûle, le sentiment fort que la foule qui est là est unie. Elle sait que l’heure est grave. Il faut garder l’unité. Surtout ne pas se désunir. Comme après les attentats en 2015.  Finies les divisions. Finies les discordes. La foule qui est là n’est plus une foule mais le peuple de Paris, le peuple universel de Paris. Le monde entier d’ailleurs se sent parisien. Les messages qui affluent de toute part le disent. « Je suis un berlinois », a dit Kennedy en 1963. Nous sommes tous newyorkais, a-t-on entendu après les attentats du 11 Septembre 2001 à New York. Nous avons tous été parisiens après les attentats de 2015. Avec l’incendie de 2019, nous sommes tous parisiens. À nouveau.  Avec l’impression palpable que ce ne sont pas simplement les parisiens qui tiennent à Paris. Le monde entier tient à Paris. Trump disant son effroi. Pur un instant on ne lui en veut plus d’être Trump. Angela Merkel disant le sien. On n’en veut plus à l’Europe d’être l’Europe.

Unité donc, mais aussi profondeur. Celle de la compassion. Depuis quelques temps déjà, l’Église catholique fait l’objet de dures attaques   à propos des mœurs de certains de ses prêtres.  Avec l’incendie de Notre-Dame, soudain, finie l’envie de l’attaquer, de l’humilier.   Une réaction de dignité et de loyauté. On ne frappe pas un ennemi à terre. On peut ne pas être d’accord avec le christianisme et le catholicisme. Il y a toutefois des limites aux désaccords. Retournement des cœurs.  Les flammes qui s’élèvent dans Paris ne sont pas simplement des flammes de destruction. Elles ont quelque chose de purificateur à travers le feu purificateur de la compassion et de l’unité autour d’un drame qui touche tout le monde. Curieusement, étrangement, tout le monde se découvre quelque part chrétien en ayant sourdement conscience que le christianisme, quelque part, n’appartient pas qu’aux chrétiens. Quand cette tradition deux fois millénaire produit quelque chose d’aussi beau que Notre-Dame et que cette beauté est en plein cœur de Paris, cela ne concerne pas que les chrétiens. Cela concerne tout le monde. C’est face à la mort que les hommes font souvent le lien avec l’humanité comme avec la transcendance. C’est face à certains drames qu’ils font également ce lien. Dans les flammes de Notre-Dame, quelque chose d’un lien à l’essentiel allant plus loin que tout s’est soudain révélé donnant à cet événement une dimension fondamentale et pas simplement événementielle. 

Chaque semaine depuis des années, je reviens de la ville de province  où j’enseigne. Parfois,  il m’arrive  de prendre le taxi pour rentrer chez moi.  À chaque fois, le chevet de Notre-Dame me subjugue. Quelle merveille ! Quelle splendeur ! L’âme s’envole naturellement vers le ciel, quand elle contemple une telle beauté. Un soir, particulièrement ébloui par ce que je voyais et qui me ravissait une fois de plus, je ne pus m’empêcher de dire au chauffeur, un jeune beur fort sympathique : « Qu’est-ce que c’est beau ! ». « Oui, m’sieur. Vous avez raison. Les parisiens devraient péter de joie de voir ça. Ils ne se rendent pas compte ». Aujourd’hui, les parisiens sont pétés de chagrin et ils se rendent compte.

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