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Immigration :
l'iconoclasme perdu de Ségolène
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Immigration : l'iconoclasme perdu de Ségolène

En 2007, Ségolène Royal creusait l'écart avec le peloton à coups de propositions authentiquement iconoclastes. En 2011, elle aurait plutôt tendance à s'attarder près de la voiture-balai.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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En 2007, j’ai soutenu Ségolène Royal parce que je ne voulais pas de Sarkozy, c’est vrai, mais aussi parce qu’elle semblait incarner ce qui manquait à l’ensemble de ses pachydermiques camarades : un réel désir d’échapper à la doxa du clergé socialiste.

On a du mal à le croire, maintenant qu'il est l’homme du grand large et du FMI, mais, à l’époque des primaires, DSK faisait plutôt la course avec Fabius sur le thème du « plus esclave du surmoi marxiste que moi, tu meurs ». Il semble avoir changé sur ce point et sera vraisemblablement le cheval que je jouerai dans la prochaine course d’obstacles (s’il reste à Washington, je mettrai mon pognon sur Valls et je le perdrai, c'est la vie...).

Mais pour toute ses « dinguitudes », Ségolène Royal ne rechignait pas à mettre les pieds dans le plat : remise en cause des profs glandeurs, acceptation de la nécessité de créer des richesses avant de songer à les redistribuer, mise au pas des sauvageons par des types en uniformes… Elle ne jouait pas contre son camp : elle suggérait au contraire que la gauche de gouvernement pouvait être autre chose qu’un moulin à baratin lénifiant sur le partage de la pénurie et la chasse au bourgeois.

Souvenez-vous : elle s’était même enthousiasmée pour le « blairisme » et ses 3% de chômage, ce qui était à peu près aussi incongru pour un socialiste de l’époque que d’avouer qu’il avait du Saint-Gobain et du Toyota en portefeuille.

« Rétablir les frontières à l'intérieur de l'espace Schengen ? Mais pourquoi pas... »

Aujourd’hui, elle tente une nouvelle échappée en testant un discours décalé sur l'immigration et les contrôles aux frontières, mais ça tombe sérieusement à plat : qu’un politique tente de séduire les électeurs en leur expliquant qu’il y a trop d’étrangers, désolé, mais on a déjà ça en magasin. Et si Ségolène Royal imagine faire un sort la langue de bois avec ce genre d'approche, elle se contente surtout de troquer le chêne pour du sapin.

Les Français, fondamentalement, se fichent éperdument de l’immigration dont ils ont compris qu'il s'agissait d'un phénomène à peu près aussi « naturel » que la météo. Que les politiques se débrouillent pour créer les conditions d’une économie dynamique et génératrice d’emplois bien payés pour tout le monde, et même ces 35% d’ouvriers qui votent pour le FN laisseront la Marine sombrer dans sa rade.

Le souci concret qu'ils ont toutefois ― au-delà de leurs difficultés à payer les factures s’entend ―, c’est celui de la délinquance et des provocations religieuses générées par une fraction microscopique de « l’immigration » au sens large. Ces marginaux qui les font flipper dans le métro et heurtent leur sens de la laïcité.

A droite, on a donc pris l’habitude d’expliquer que ces comportements ultra-minoritaires constituaient l’habitus bourdieusien de l'ensemble des populations d’origine maghrébine ou africaine (eh oui, même Zemmour fait du Bourdieu sans le savoir). A gauche, réflexivement, on s’est mis à dire exactement la même chose pour mieux les excuser ― braqueurs et prieurs de rue n'émergeant qu'en réaction à la cruauté d'une société ultra-libérale, mais restant prêts à déposer kalachnikovs et burqas au vestiaire dès l’avènement du socialisme réel...

Plus de start-ups, moins de douaniers

Quelle insulte à l’intelligence des Français ! Et surtout, quelle claque dans la figure de ceux d’entre eux qui, originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, vivent la relégation dans les cités et sont les premières victimes des gangsters et des fanatiques censés être leurs, hum, « représentants » !

Ségolène Royal, en matière d’iconoclasme, a manifestement perdu la main. Et la vraie transgression, désormais, serait de rappeler qu’un grand pays moderne n’a rien à craindre de ses immigrés, même s’il doit être capable d’en organiser les flux pour d’évidentes raisons pratiques. La vraie transgression serait également d'expliquer qu’un plombier tunisien qui débarque de Lampedusa, ça n’a rien à voir avec un caïd de cité ou un ambassadeur plénipotentiaire de feu-Ben Laden. La vraie transgression, enfin, serait de marteler que ce dont la France a besoin, c’est d’un doublement du nombre de ses start-ups plutôt que d’un doublement du nombre de ses douaniers.

Mais vous croyez que c’est ça qu'il va dire, le DSK ?

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