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Deux mesures surprenantes ont été évoquées et proposées en France et aux Etats-Unis par Emmanuel Macron et Ron DeSantis pour tenter de répondre à la crise migratoire.
Deux mesures surprenantes ont été évoquées et proposées en France et aux Etats-Unis par Emmanuel Macron et Ron DeSantis pour tenter de répondre à la crise migratoire.
©LUCAS BARIOULET / AFP

Réponses à la crise migratoire

Immigration : Ron DeSantis/Macron deux stratégies absurdes (mais une l’est volontairement…)

Le gouverneur républicain de Floride Ron DeSantis a envoyé des migrants vers l’île de Martha’s Vineyard, lieu de villégiature pour les plus fortunés. En France, Emmanuel Macron s'est dit favorable à l'accueil d'étrangers dans les campagnes plus que dans les villes.

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize est universitaire, juriste et historien. 

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Atlantico : Ron DeSantis a affrété deux avions pour la très chic île de Martha’s Vineyard. Quelle est la stratégie derrière cette manœuvre volontairement provocante ?

Arnaud Lachaize : Le geste de plusieurs hauts responsables politiques Républicains d’envoyer des migrants sur des sites représentatifs du pouvoir des Démocrates a une signification emblématique. Il exprime une colère envers une politique migratoire jugée laxiste depuis l’élection du président démocrate Biden. Ce geste accuse l’Administration démocrate de faire entrer de nombreux immigrés mais uniquement chez les autres, dans les quartiers populaires où ils ne résident pas. Il dénonce ainsi à grande échelle une tartuferie. Au-delà, il exprime une exaspération palpable dans tout le monde occidental sur la question de l’immigration. On assiste partout aux Etats-Unis comme en Europe à une montée des passions sur le sujet qui tient au sentiment que les gouvernements ne contrôlent plus rien. En France, 71% des Français déplorent une immigration trop importante (sondage CSA juillet 2022). La question de l’immigration et pour beaucoup dans le Brexit. En Suède et en Italie les partis anti-immigration sont aux portes du pouvoir. Les pays d’Europe de l’Est, Pologne et Hongrie, sont en quasi-sécession sur le sujet.

Le durcissement du ton par le président Macron peut-il changer les choses ?

Peut-être que le président Macron et ses équipes, en raison d’une avalanche de sondages allant en ce sens, commencent après 5 ou 10 ans au pouvoir (en comptant le quinquennat Hollande) à prendre conscience de cette exaspération. Donc ils durcissent le ton. Mais ont-ils une crédibilité pour cela ? Le principe d’un large accueil est dans l’ADN du macronisme. "L’immigration ne devrait pas inquiéter la population française […] elle se révèle une chance d’un point de vue économique, culturel, social", déclarait le candidat Macron au magazine Réforme en mars 2017. Ces paroles s’attachent à son personnage. Elles sont inoubliables... D’ailleurs – promesse tenue – les flux migratoires ont connu une augmentation spectaculaire en France depuis 2012, le phénomène s’amplifiant après 2017. En gros, on est passé de 200 000 premiers titres de séjour accordés et 60 000 demandeurs d’asile en moyenne dans les années 2007-2012 à respectivement 270 000 et 150 000 aujourd’hui. C’est considérable dans un pays qui compte plus de 5 millions de chômeurs selon pôle emploi et des difficultés financières et sociales dramatiques. A cela s’ajoutent les informations quotidiennes qui font état de violences parfois sanglantes commises par des immigrés en situation irrégulière. Elles donnent l’image d’un gouvernement et d’un Etat rongés par l’impuissance. 

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Dans le même temps, avant de présenter une nouvelle loi sur l'immigration, Emmanuel Macron s'est dit favorable à l'accueil d'étrangers dans les campagnes plus que dans les villes. Dans quelle mesure est-ce une mauvaise stratégie ?

Cette idée est typiquement macronienne. Elle relève du double-langage et de la méthode du « en même temps »: un coup de menton d’une part et une main tendue à l’hospitalité inconditionnelle de l’autre. Il est certain qu’à l’image de tout ce qu’est devenue la politique aujourd’hui, faute d’efficacité et de résultats, le président Macron joue la provocation par les mots, la recherche du buzz. Il crée la polémique pour couvrir une faillite de sa politique. En l’occurrence, il n’a sans doute pas mesuré la portée de ses paroles. Cette déclaration est un signe supplémentaire de déconnexion. Elle est absurde sur le plan de la compréhension de la politique migratoire : soit les étrangers sont en situation régulière et ils ont droit de s’installer où ils veulent ; soit ils sont en situation illégale et ils doivent rentrer dans leur pays. Il n’existe pas de situation intermédiaire par laquelle l’Etat pourrait contraindre des personnes en grand nombre, dans une logique collective, à résider à titre permanent sur un site qui leur serait dévolu. Cette idée que l’immigration est une solution à la désertification rurale est une vieille antienne qui n’a guère de sens. Quel sens y aurait-il à forcer des populations migrantes – en besoin d’intégration (notamment par le travail) - à s’installer dans des territoires que les Français quittent faute de travail et de perspectives ?

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Que cela soit aux Etats-Unis ou en France, dans quelle mesure ces absurdités, volontaires ou non, révèlent-elles des difficultés à appréhender la problématique de l’immigration ?

Imaginer qu’il est possible d’organiser une répartition volontariste des populations immigrées dans les campagnes révèle un double mépris, à la fois des migrants qui pourraient être déplacés autoritairement et des habitants du monde rural auxquels il n’est pas question de demander leur avis sur l’implantation chez eux de populations issues de l’immigration. Le président Macron conforte ainsi le point de vue de ceux qui voient dans l’immigration une révolution démographique favorisée par les dirigeants politiques à laquelle n’échapperait désormais aucune parcelle du territoire. Il contribue à attiser les déchirements de la société française et à favoriser la radicalisation de l’opinion. Est-ce volontaire ? Est-ce aveuglement ? Les deux à la fois sans doute. La provocation sur le mode du pompier pyromane est au centre de la méthode macronienne : radicaliser l’opinion pour se présenter en héros du combat contre le « populisme ». C’est toujours la même chose depuis 10 ans : attiser le lepénisme et le désigner comme adversaire privilégié en comptant sur sa diabolisation historique pour assurer le maintien au pouvoir des héritiers du parti socialiste. Cela a marché en 2017 et en 2022. Jamais deux sans trois se disent les macronistes en pensant à 2027. Le président joue avec le feu.

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