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Face à l'avancée de l'Etat islamique en Irak, les Etats du Golfe qui ont contribué à son émergence comprennent que leur créature peut à tout moment se retourner contre eux.
Face à l'avancée de l'Etat islamique en Irak, les Etats du Golfe qui ont contribué à son émergence comprennent que leur créature peut à tout moment se retourner contre eux.
©REUTERS/Stringer

Finie la rigolade

Pourquoi il est temps de taper du poing sur la table pour qu’Arabie Saoudite, Qatar et autres Etats arabes ou musulmans assument eux aussi leurs responsabilités dans la lutte contre le califat islamique

Face à l'avancée de l'Etat islamique en Irak, les Etats du Golfe qui ont contribué à son émergence comprennent que leur créature peut à tout moment se retourner contre eux. A l'exception de l'Iran, aucune puissance régionale ne semble vouloir (ou pouvoir) se mettre en ordre de bataille.

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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Atlantico : Les Occidentaux ont, notamment depuis 13 ans, participé à bon nombre d'interventions militaires au Moyen-Orient, avec un bilan pour le moins mitigé. Quelles raisons permettent d'expliquer que les alliés locaux comme les Saoudiens ou encore les Qataris ne soient pas davantage des acteurs de premier plan ? N'ont-ils pas eux aussi une carte à jouer, et un intérêt, ne serait-ce que sécuritaire, à s'investir pour une pacification ?

Fabrice Balanche : Les pétromonarchies arabes du Golfe délèguent aux Etats-Unis et par extension à l’OTAN le soin de les protéger. En 1945, le président américain Roosevelt a passé un accord avec le roi Ibn Saoud : protection militaire contre monopole de l’exploitation pétrolière, appelé Pacte du Quincy, du nom du bateau américain qui hébergeait cette rencontre. Il a été reconduit en 2005 et même si Barak Obama est beaucoup moins interventionniste que ses prédécesseurs, il est tenu par cet accord. Les Etats-Unis ne comptent pas abandonner le Golfe persique à leurs concurrents même s’ils sont auto-suffisants sur le plan énergétique aujourd’hui.

Dans le cas présent de l’Irak, les pétromonarchies du Golfe n’ont aucun intérêt à s’investir dans une pacification puisqu’elles ont contribué à ce chaos dans le but d’affaiblir les régimes alliés de l’Iran : la Syrie et l’Irak. Certes, elles craignent un retour de flamme lorsque les mercenaires et jihadistes seront de retour, mais elles pensent pouvoir les maîtriser tout comme cela s’est produit dans les années 1990 avec le retour des anciens d’Afghanistan. La priorité est la lutte contre l’Iran et les jihadistes sont une arme très efficace selon eux.

Ardavan Amir-Aslani : Ces deux pays, l’Arabie Saoudite et le Qatar, il convient de le rappeler déjà à titre préliminaire, n’ont qu’un seul point commun en dehors de leur arabité et position géographique commune: le "Wahhabisme" comme religion d’Etat. Ils n’entretiennent d’ailleurs pas des relations amicales. A date d’aujourd’hui, le Qatar est toujours en froid avec ses pétromonarchies voisines du fait de son soutien quasi inconditionnel en faveur des Frères Musulmans que les autres pays arabes du golfe persique voient comme une menace existentielle. Ainsi, il serait illusoire de considérer que ces deux pays sont à même d’adopter une politique concertée face à l’irruption du djihadisme qu’il est opportun de qualifier par son véritable nom soit, "l’islamo-fascisme".

En effet, les uns et les autres soutiennent des mouvements islamistes différents. Les Saoudiens soutenant, à l’instar du parti Al-Nour en Egypte, le Salafisme et les Qataris celui des Frères comme le Hamas ou encore le Président Morsi renversé par un coup d’Etat financé par les Saoudiens ; on voit que le schisme entre ces deux pays est profond. Par contre, ce qui les unit est leur haine du chiisme et de l’Iran en général. C’est ainsi que les uns et les autres, en soutenant des groupuscules terroristes différents s’en sont pris aux régimes qui à leurs yeux sont les alliés de Téhéran comme la Syrie d’Assad ou encore l’Iraq de Maliki. Ce sont l’Arabie Saoudite et le Qatar qui sont à l’origine de la guerre de religion médiévale que connait le Moyen-Orient. Ce sont ces deux pays qui financent et qui arment la totalité des groupes terroristes armés de la région. Or, ils n’ont pas parfaitement intégré l’affaire des Talibans afghans dans les années 80, qui une fois la guerre contre les soviétiques terminée se sont rendus chez eux pour continuer le djihad. En finançant les nouveaux Talibans du Moyen-Orient ces deux pays ont ouvert une boite de pandore qu’ils n’arrivent pas à refermer. Cette irruption islamiste va prochainement s’en prendre à eux.

Rappelons que quand l’ancien Premier ministre iraquien, Maliki, a fait déplacer ses troupes de la frontière Irako-saoudienne, les Saoudiens étaient pris d’un véritable vent de panique. En effet, ils ne pouvaient faire confiance à leurs propres soldats qui comme les tribus sunnites associées aux djihadistes étaient issus de la même tribu "Shammar" avec les mêmes affinités culturelles et religieuses que les insurgés iraquiens. C’est d’ailleurs pour cette raison, qu’ils ont fait venir des troupes du Pakistan et de la Malaisie afin d’assurer la protection de leur frontière avec l’Iraq.

  1. La guerre en Irak a coûté 4 807 vies américaines et britanniques, ainsi que 6 000 milliards de dollars. Quelles sont les réelles chances de voir une nouvelle intervention occidentale réussir ? 

Fabrice Balanche : Barak Obama n’a aucune envie de répéter l’erreur de Georges Bush. Il se contentera de frappes aériennes et d’un support logistique à ses partenaires irakiens. Il n’est pas question d’envoyer des troupes au sol, cela serait contre-productif, car les djihadistes de l’Etat islamique n’attendent que cela pour lancer des opérations suicides meurtrières contre les soldats américains et appeler à la mobilisation islamique internationale contre cette nouvelle "croisade".

Ardavan Amir-Aslani : Il n’y aura pas de nouvelles interventions occidentales sur le sol. L’aide de l’occident se limitera à des frappes aériennes, à la vente d’armes et à l‘aide humanitaire. Sur le terrain on tend inéluctablement vers une intervention de l’armée iranienne, la seule structurée et capable pour faire barrage aux terroristes salafistes. Les iraniens ont d’ailleurs intérêt à intervenir. Cette irruption islamo-fasciste de l’Etat Islamique met la frontière iranienne à risque et ce pour la première fois depuis la guerre Iran/Iraq des années 80. Les insurgés de l’Etat islamique sont engagés dans une véritable guerre contre les chiites, les coreligionnaires de la majorité des Iraniens. Rappelons que pour chaque chiite égorgé, les insurgés de l’Etat Islamique reçoivent une prime de 1 000 dollars. Cette situation ne saurait laisser les Iraniens dans une position attentiste. Pour mémoire, l’Iran a déployé 10 divisons sur sa frontière avec l’Iraq afin d’une part de rassurer la population chiite iraquienne, principalement concentrée dans le sud du pays, mais aussi d’assurer la protection de sa propre frontière, sans même faire mention de la protection des sites religieux chiites qui revêtent une importance toute particulière pour les Iraniens et les chiites en général. Notons que ce n’est que grâce aux soutiens des milices formées et armées par l’Iran que les insurgés fanatisés de l’Etat Islamique ont été arrêtés dans leur élan vers Bagdad et la ville de Samara qu’ils n’ont pas réussi à prendre. Il convient également de faire mention de l’aide iranienne aux Kurdes iraquiens. Dès la prise de Mosoul par les insurgés, le Premier ministre de la région autonome Kurde iraquienne s’est rendu d’ailleurs en Iran afin de solliciter l’aide de Téhéran.

  1. Dans quelle mesure l'intervention occidentale alimente-t-elle le succès des djihadistes ?

Fabrice Balanche : L’Etat Islamique affirme qu’il est ciblé par l’Occident parce qu’il est le véritable défenseur de l’Islam. Cette réthorique fonctionne particulièrement bien aujourd’hui, puisque le monde musulman est sous le choc des bombardements israéliens à Gaza et comme d’habitude les pays arabes ne réagissent pas, si ce n’est par des condamnations de principes, mais point de menaces sur les exportations pétrolière comme en 1973. Les adeptes de la théorie du complot rapproche facilement les deux évènements, avec quelques fautes dans le texte : "les frappes sur l’Etat Islamique sont destinés à facilité de travail d’Israël  en Palestine parce que l’Etat hébreux a peur du nouveau Khalife" . Voilà ce que vous trouvez sur les sites islamistes et qui justifie l’engagement de tout musulman aux côtés d’Al Baghdadi pour libérer la Palestine et renverser les régimes impies complices de l’Occident, de Bachar el Assad à la monarchie Saoudienne.

Ardavan Amir-Aslani : Les Djihadistes sont condamnés à perdre. Avec l’Iran, les Kurdes, les Etats-Unis, la Russie et la majorité de la population civile contre eux, ils ne peuvent être dans le camp des victorieux. On le voit d’ailleurs, ils sont sur le recul. Ils n’ont pas réussi à prendre le barrage de Mossoul au nord ni à avancer sur Samara au sud. Leurs jours sont comptés. Ce d’autant que leurs principaux financiers et armateurs, les Saoudiens, ont pris peur face au Frankenstein qu’ils ont créé. Par contre, l’aide occidentale ne manquera pas d’augmenter la haine des djihadistes contre l’occident qu’ils perçoivent comme des croisés. L’accent anglais londonien de celui qui a tué le malheureux photojournaliste américain il y a deux jours est un rappel à l’heure de vérité pour l’Occident. L’immense majorité des insurgés sont étrangers à l’Iraq avec une très forte composante de combattants issus de l’occident.

  1. Ne serait-il pas logique, de ce point de vue, de laisser des puissances régionales prendre en charge le conflit ? Lesquelles en particulier ?

Fabrice Balanche : Les puissances régionales sont divisées. La guerre froide entre l’Arabie Saoudite et l’Iran fait des ravages. L’Irak et la Syrie sont devenues des terrains d’affrontement entre les deux puissances par milices interposées. L’Etat Islamique est une création des pétromonarchies du Golfe qui a fini par échapper à ses mentors, tout du moins d’après ce qu’ils prétendent. Je ne suis pas sûr de la sincérité des Saoudiens et des Qataris dans cette affaire.

Cependant si nous prenons comme hypothèse que les puissances régionales sont unanimes pour en finir avec l’Etat Islamique, encore faudrait-il qu’elles aient les moyens d’intervenir. Les pétromonarchies du Golfe ont des armées de mercenaires, elles font de la figuration lors des opérations occidentales, comme le Qatar en Libye, où leur fonction se limite à servir de caution arabe et musulmane pour éviter aux Occidentaux d’être accusés de lancer une croisade. L’Arabie Saoudite est le seul pays qui a la capacité militaire de lancer une opération en Irak, mais cela serait interprété par les Iraniens comme une déclaration de guerre.

Ardavan Amir-Aslani : Il n’y a pas de puissance digne de ce nom dans la région en dehors de l’Iran, et ce pays est déjà à l’œuvre. Comme je l’ai indiqué, ce phénomène islamo-fasciste est une création des pétromonarchies du Golfe persique qui aveuglées par leurs craintes de l’émergence de la puissance iranienne ont ouvert les vannes des armes au profit de l’Etat Islamique, qui n’est ni plus ni moins qu’un ramassis de désœuvrés fanatisés extrêmement dangereux. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le traitement qu’ils réservent aux minorités, les chrétiens, les yézidis et autres. Or, l’heure du réveil a sonné aussi pour les pétromonarchies arabes qui commencent à voir en ces gens-là une menace pour leur propre stabilité. Rappelons que le Califat, tel que l’Etat islamique le promeut, ne connaît pas de frontière. Inutile de dire que les Princes Saoudiens, plus à l’aise dans leurs villas de la côte d’Azur que dans les Mosquées ne représentent pas aux yeux des insurgés la version pure de l’Islam originelle.

  1. Qu'est-ce qui les retient ? Quels sont les risques ?

Fabrice Balanche : Tout d’abord leurs armées ne sont pas aguerries au combat et elles risqueraient de subir une humiliante défaite. On pourrait envisager une coalition sous l’égide de la Ligue arabe, comme ce fut le cas au Liban en 1976, mais il existe de fortes chances pour qu’elle éclate rapidement. Car les armées arabes ne parviennent pas à se coordonner entre elles et refusent d’être placée sous un commandement commun arabe. Les exemples des guerres de 1949, 1967 et de 1973 contre Israël sont encore dans les mémoires.

Même si les dirigeants arabes de la région se détestent, ils évitent de s’affronter directement, car cela laisserait des traces à long terme : une dette de sang qui prendrait un siècle avant d’être oubliée. Ce n’est pas dans l’ordre arabe que de faire la guerre à son voisin : Saddam Hussein est le seul exemple, cela lui a valu l’unanimité arabe contre lui. Il est préférable de laisser faire les Occidentaux, qui ainsi récolteront l’opprobre générale.

Ardavan Amir-Aslani : Plutôt qu’est-ce qui les retenait ! Avec l’appel à l’importation de soldats pakistanais et malais pour garder leur frontière avec l’Iraq, les Saoudiens perçoivent le danger qui les menace. Le peuple saoudien n’est pas hostile aux thèses développées par l’Etat islamique. N’oublions pas que le terrorisme islamique est un phénomène d’abord sunnite et ensuite saoudien. L’immense majorité des terroristes qui se sont écrasés sur les tours le 11 septembre étaient des Saoudiens et tous des sunnites. Ainsi, les dirigeants saoudiens perçoivent le risque existentiel que le maintien de leur soutien à l’Etat Islamique peut représenter pour leur régime.

  1. Des achats d'armes(voir ici) et d'équipement militaires européens ou américains permettent de croire que les pays comme le Qatar ou l'Arabie Saoudite disposent d'une puissance militaire conséquente. De même, on a appris début juillet que l'Arabie saoudite avait disposé 30 000 de ses hommes le long de ses frontières (voir ici). Une opération militaire de leur part est-elle vraiment inenvisageable ? 

Fabrice Balanche : Les achats massifs d’armement à l’Occident, en particulier aux Etats-Unis, rentrent dans le cadre du pacte : protection contre pétrole. C’est en quelque sorte la prime d’assurance dont ils doivent s’acquitter auprès des Etats Unis s’ils veulent bénéficier de leur protection. La France en bénéficie de façon marginale en échange de l’appui de la politique étrangère saoudienne ou Qatari grâce à son siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU ou en fournissant du matériel à la rébellion syrienne par exemple. Aujourd’hui le Qatar a moins besoin de la France et au lieu de commander des rafales, l’émir s’apprête à passer commande de F16 aux Etats Unis, car dans le contexte actuel il souhaite davantage faire plaisir à Barak Obama qu’à François Hollande.

Les monarques du Golfe aiment disposer d’une armée bien équipée. Ils peuvent distribuer ainsi les grades de colonels et de généraux à leur entourage, s’amuser à faire des manœuvres dans le désert. Quelques fois, l’armée est utile pour mater une révolte chiite dans le Hassa ou à Bahreïn ou prévenir la révolte des travailleurs immigrés, mais non pour se lancer dans une aventure militaire d’envergure.

Ardavan Amir-Aslani : Oui, elle est inenvisageable. D’abord parce qu’ils répugnent à l’idée de mettre leurs troupes en contact direct avec les insurgés de l’Etat Islamique. Les Saoudiens doutent de la loyauté de leurs troupes qui partagent l’essentiel des valeurs des insurgés sans même faire mention d’allégeances tribales communes qui peuvent exister de part et d’autres de la frontière. Ensuite, l’armée saoudienne est surtout puissante sur le papier et dans ses finances, sans expérience de combat de terrain contrairement aux Iraniens. Rappelons qu’ils ont eu les pires difficultés dans l’exécution des opérations de maintien de l’ordre dans le sud de leur propre pays peuplé majoritairement par une population ismaélite, une variante du chiisme. Enfin, la population iraquienne ne saurait accueillir favorablement l’arrivée de soldats saoudiens partageant la même haine des chiites que les insurgés de l’Etat islamique sans même faire mention de l’opposition iranienne. La seule issue militaire réaliste et envisageable sera celle, pour faire de l’anglicisme, de "l’US Air Force dans les Airs" et des "Boots" iraniens sur le sol.

  1. Par quels autres moyens les Etats du Golfe pourraient s'investir plus encore en ce sens ?

Fabrice Balanche : Le seul domaine dans lequel les Etats du Golfe excellent c’est la diplomatie du carnet de chèque : la "ryal politik". Ils pourraient à défaut de participer militairement au conflit financer ceux qui s’investissent, fournir du matériel militaire à l’armée kurde par exemple. Mais il faudrait surtout qu’ils prennent des mesures effectives pour couper les financements aux réseaux jihadistes. L’Arabie Saoudite et le Qatar ont sans doute cessé aujourd’hui d’alimenter ces groupes terroristes sous la pression américaine, mais les particuliers continuent de le faire sans être sérieusement inquiétés. Un financier koweïtien du Front al Nosra a été arrêté la semaine dernière pour l’exemple.

Ardavan Amir-Aslani : La seule chose que les pétromonarchies du Golfe persique pourraient faire est de cesser leur concours financier et militaire aux illuminés de l’Etat Islamique. Comme je l’ai dit, ce retrait de soutien est en train de se produire. Ma crainte est qu’il ne soit déjà trop tard pour eux. Ils ne peuvent impunément armer des fanatiques et les lancer contre les populations civiles sans qu’il n’y ait un retour de bâton. J’ai bien peur que l’on aura, et ce plus tôt que l’on ne le croit, la vérification de la parole du Christ : "Celui qui vit par l’épée périra par l’épée" (Matthieu, 26-52). Les insurgés, après leur retrait de l’Iraq, ne mettront pas longtemps avant de trouver le chemin de Ryad !

  1. Comment les Occidentaux pourraient-ils les y contraindre ?

Fabrice Balanche : Il est difficile de contraindre l’Arabie Saoudite car nous avons besoin d’elle pour son pétrole et le rôle de régulateur qu’elle exerce sur le marché mondial. Il est plus facile d’exercer des pressions sur les petits émirats : le Qatar, le Koweït ou les Emirats Arabes Unis, à condition d’avoir un peu de courage politique et de résister à leur argent. Le gouvernement français ne peut rien refuser au Qatar, il ne faut surtout pas fâcher l’émir qui pourrait renoncer à certains contrats ou vendre les parts qu’il possède dans les sociétés du CAC 40.

Dans les années 1990, lorsque les Etats-Unis étaient le gendarme du monde, les pétromonarchies n’avaient pas le choix que de se soumettre aux volontés américaines. Aujourd’hui le monde est davantage multipolaire et les pétromonarchies du Golfe savent faire jouer la concurrence : la Chine est devenue le principal importateur du pétrole saoudien. Il faudrait donc à notre tour faire jouer la concurrence au niveau régional en réhabilitant l’Iran, user d’un perfide pouvoir de nuisance en supportant activement les mouvements contestataires en Arabie Saoudite : tribus périphériques et chiites du Hassa. Mais c’est un jeu extrêmement dangereux.

Ardavan Amir-Aslani : L’Occident commence à comprendre le danger de l’islamo-fascisme, notamment en prenant conscience du danger que le retour en occident de ses ressortissants aveuglés par l’islamisme ne manquera pas de poser pour leur sécurité nationale. Les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, ne manqueront pas d’exiger un arrêt du soutien des pétromonarchies en faveur des djihadistes.

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