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Hinkley Point : en achetant le nucléaire français, les Anglais sauvent EDF et nous donnent une belle leçon de modernité, de pragmatisme et de... fidélité à l’Europe
©REUTERS/Ralph Orlowski

Atlantico Business

Hinkley Point : en achetant le nucléaire français, les Anglais sauvent EDF et nous donnent une belle leçon de modernité, de pragmatisme et de... fidélité à l’Europe

L'information est passée presque inaperçue en France, mais le gouvernement anglais a donné son feu vert à l’achat de la filière nucléaire française. C’est courageux, pragmatique et européen. Quelle leçon !

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le nouveau Premier ministre britannique Theresa May a donc donné son accord au projet de construction de deux EPR par le Français EDF. Un marché de plus de 24 milliards qui, non seulement sauve EDF et la filière française, mais donne une belle leçon d’Europe, pragmatique, à tous les peuples du continent. A l'heure où le débat sur le protectionnisme et le made in France à n’importe quel prix refait surface en pensant que cela sauverait 400 emplois chez Alstom.

Les Français se battent avec des symboles de la grandeur passée, les Anglais se battent sur les marchés pour assurer la prospérité future.

Il fallait le faire, parce que tout le monde pensait que le gouvernement issu de l’après-référendum sur le Brexit allait enterrer le dossier du nucléaire français. Le projet qui avait été conçu il y a 10 ans revenait à construire et à exploiter deux centrales nucléaires de la dernière génération, dans un premier temps, les fameux EPR, qui, pour tous les spécialistes de l'énergie, représenteront la relève des anciennes centrales et peuvent sécuriser l’avenir de l'énergie ainsi produite pour presque un siècle.

Pour EDF qui est maître d’œuvre et principal fournisseur, l’enjeu était considérable. Pour trois raisons.

D’abord parce que le fournisseur français avait beaucoup de mal avec ses deux premiers EPR qui sont en voie de livraison, Flamanville en France et l’EPR de Finlande. A cause d'une mauvaise coordination des travaux, ces chantiers ont pris beaucoup de retard, ils vont coûter plus cher que prévu avec, en prime, quelques doutes sur la fiabilité des systèmes, ce qui a donné de nouveaux arguments aux anti-nucléaires pour protester contre le principe même d’une énergie nucléaire.

Ensuite parce que le projet anglais nécessitait une mise de fond considérable de la part d’EDF au moment où l'entreprise avait besoin de capitaux pour financer la rénovation de son parc et venir à la rescousse d’Areva. Tout cela à un moment où le gouvernement freinait des quatre fers les majorations de prix. La situation était tellement tendue que la pression sur le gouvernement était forte pour que la France jette l'éponge sur le projet anglais. Jean-Bernard Levy, président d'EDF, a tenu le coup comme ses prédécesseurs et il a eu raison.

Enfin, la décision anglaise est primordiale pour la crédibilité de l’industrie française sur le marché mondial. La France va pouvoir se présenter sur les appels d’offre internationaux en meilleure posture sur le nucléaire où les besoins sont énormes dans les pays émergents. La France a enfin une vitrine pour sa technologie et des preuves de fonctionnement.

Pour les Anglais, cette décision sera regardée à la loupe, parce qu'elle est extrêmement importante.

Beaucoup pensaient que le gouvernement de l’après-Brexit allait se replier sur lui-même et abandonner des projets aussi pharaoniques et aussi controversés. Parce que la Grande-Bretagne aussi connaît des mouvements anti-nucléaires. Theresa May a résisté à cette pression quasi-idéologique au nom de l’efficacité et du long terme.

Le gouvernement de Londres considère que l’économie britannique a besoin de sécuriser ses fournitures en énergie et que la technologie française des EPR est sans doute la plus efficace et la plus sûre.


Ce qui est remarquable, c’est que le gouvernement a pris une décision qui impacte ainsi le très long terme. Un gouvernement démocratique en général ne prend guère de risque au-delà de la durée de son mandat. Surtout une décision très impopulaire comme celle-ci, et dont les Britanniques ne toucheront pas les dividendes avant dix ans.

C’est donc une leçon de modernité et de pragmatisme, mais qui va bien au-delà.

Modernité et pragmatisme dans le financement puisque le gouvernement s'est engagé à fixer un prix de l'électricité relativement cher pour pouvoir financer les centrales et leurs exploitations ; c’est en effet le seul moyen. La France, elle, s’y refuse, et contraint EDF à s’endetter ou à faire appel à l’Etat, c’est-à-dire au contribuable.

Modernité et pragmatisme dans le choix de la filière française. Les industriels français ne sont pas les seuls dans le monde à pouvoir fournir du nucléaire, il y a les Allemands et les Américains. La Grande-Bretagne a choisi la France pour des raisons de coût, d’efficacité, de sécurité aussi, mais également parce que c’est français.

Modernité et pragmatisme enfin dans l’acceptation de prendre un partenaire chinois. Le Chinois apporte un financement, mais il ouvre la porte des marchés chinois.

La Grande-Bretagne administre ainsi une belle leçon de mondialisation positive, un peu comme elle avait procédé, pour son industrie automobile. Tous les constructeurs anglais sont passés sous contrôle étranger depuis trente ans. Il n’empêche que les usines et les emplois sont restés en Grande-Bretagne. Peu importe le drapeau qui flotte sur le conseil d’administration, pourvu que la cuisine soit faite et mangée sur place.

Au passage, cette leçon de mondialisation profite à l’Europe, parce que qu’on le veuille ou non, ce projet de filière nucléaire française à l’ouvrage en Grande-Bretagne est la première amorce sérieuse d’une Europe de l’énergie depuis la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). C’était au tout début des années 1950. Et ça avait plutôt bien marché.

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