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Hayange : au cœur des frasques de Fabien Engelmann
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A la dérive

Hayange : au cœur des frasques de Fabien Engelmann

La Commission des comptes de campagne a rejeté ce vendredi 24 octobre les comptes de campagne du maire FN de la ville d'Hayange en Moselle. Si le Tribunal administratif confirme, l'élu pourrait être condamné à une peine d'inéligibilité et même être déclaré démissionnaire d'office. Atlantico l'avait rencontré au mois de septembre.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Cet article avait été publié au mois de septembre 2014 après qu'Atlantico ait rencontré le maire Front national de la commune d'Hayange. Au cœur des frasques du nouveau maire d’Hayange

  • Fin mars 2014, Fabien Engelmann devient le premier maire Front National d’Hayange avec plus de 34% des suffrages
  • Ill fait désormais l’objet d’une enquête préliminaire pour abus de confiance et abus de biens sociaux diligentée par le Parquet de Thionville
  • La situation de Fabien Engelmann devient de plus en plus délicate en raison du départ de trois de ses adjoints, dont Marie Da Silva à l’origine de l’enquête préliminaire
  • Au sein du conseil municipal d’Hayange, certains n’excluent pas que de nouvelles élections aient lieu d’ici la fin de l’année


Du rififi à Hayange où le nouveau maire frontiste, Fabien Engelmann, ancien militant trotskyste, se met à dos ses propres troupes en un temps record.

Elu confortablement maire d’Hayange, Fabien Engelmann semble perdre son crédit auprès des habitants. En cause : ses initiatives loufoques, comme celle d’avoir fait repeindre en bleu- blanc- rouge des wagons de mineurs exposés en ville, la création de la fête du Cochon, et les critiques de ses proches qui dénoncent ses dérives autocratiques


Devinette : pourquoi vote –t-on Front National ? "Pour emmerder le monde politique." Ce constat clair et net émane de quelqu’un qui sait de quoi il parle. Il est conseiller municipal – sans étiquette- d’Hayange, l’une des onze villes passées sous les couleurs du Front National en mars dernier. Il s’appelle Alain Leyder. Médecin depuis 40 ans dans cette cité ouvrière de 15 000 habitants, il en connait les intrigues et les rumeurs. Comme il connait les leaders des partis politiques. De gauche. Comme de droite. Le nouveau maire, Fabien Engelmann élu en mars dernier face au sortant socialiste, Philippe David, serait-il sa tasse de thé ? Pas davantage. "D’ailleurs, précise Leyder, il n’est même pas originaire de la ville. Il y est simplement venu planter ses choux." En tout cas, au printemps 2014, la récolte pour Engelmann a été excellente puisqu’élu au 2 ème tour avec plus de 34% des suffrages. Depuis, les choses se sont gâtées. Pas un jour où les habitants, un tantinet effarés, ne découvrent quelques initiatives loufoques de leur nouvel édile. Il est vrai que repeindre en bleu une fontaine située au centre -ville ou en bleu blanc rouge les wagonnets des mineurs n’est pas du meilleur goût. Comme programme culturel ou artistique, il y a beaucoup mieux.


Qui est vraiment Fabien Engelmann ? Agé de 34 ans, issu d’une famille modeste dont une partie était de sensibilité de gauche, il s’engage très tôt dans le combat politique. Pas forcément celui qu’on croit. En 2004, il rejoint Lutte Ouvrière et Arlette Laguiller. Il sera même candidat de ce parti aux cantonales de 2008 à Algrange. L’année suivante, jugeant que l’organisation trotskyste se recroqueville sur elle-même, le jeune homme rejoint la Ligue Communiste révolutionnaire (LCR). Enfin, pense-t-il, un parti ouvrier, un vrai, qui regroupe les forces de la gauche de la gauche. Deux ans plus tard, notre apprenti révolutionnaire en assez. Il rejoint Riposte Laïque qui ne porte pas dans son cœur l’islam. Cela lui convient parfaitement. Insensiblement, Engelmann, qui est membre de la CGT avant de s’en faire exclure, part pour le Front National en 2011 où il se lie d’amitié avec Louis Aliot, le vice-président et compagnon de Marine Le Pen. L’ascension du Rastignac de Moselle démarre. En 2011, candidat Front National aux cantonales, il obtient 24% des suffrages. Deux ans plus tard, le voici dans les startings blocks pour conquérir Hayange, commune ouvrière jadis prospère grâce à la sidérurgie, socialiste depuis des lustres à part la parenthèse des années 1971-77 et 1987-95 où un UDF se trouve aux commandes de la ville. Pour Engelmann, la bataille s’annonce difficile. Avec un maire sortant, Philippe David, professeur de lycée professionnel, protégé de l’ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants, Jean-Pierre Masseret, élu depuis 1997 avec un score supérieur à 50% des voix. Et puis à Hayange, on n’aime guère les extrêmes, surtout quand elles manifestent une grande défiance à l’égard des étrangers. Seulement voilà : les listes de gauche partent en ordre dispersées. Leurs voix s’éparpillent. Mais surtout, le contexte national, le rejet grandissant de François Hollande, le chômage qui n’en finit pas de grimper, le sentiment d’abandon par Paris, vont plomber les candidats. 

C’est ainsi que le jeune homme-bien-sous-tous-rapports, fan de Brigitte Bardot (il est membre de sa Fondation) l’emporte au second tour à l’occasion d’une quadrangulaire où seule une liste apolitique "Hayange Autrement" parvient à tirer son épingle du jeu : elle est animée par un agent immobilier, Thierry Rohr qui pensait, à juste titre, incarner le renouveau. Sa liste obtient 28,3% des voix, contre 34,7% pour Engelmann. Un pourcentage important certes, mais que l’on doit relativiser, puisque plus de 43% des électeurs ne se sont pas déplacés. Le soir du second tour, les Hayangeois sont abasourdis, bon nombre d’entre eux éprouvant un sentiment de honte. Les employés communaux – 200  font franchement la gueule. Beaucoup s’apprêtent à demander leur mutation. Au bout du compte, une quinzaine quitteront la mairie. Parmi ceux-ci, la responsable de la communication qui préfère partir vers d’autres cieux, plutôt socialistes.

Très vite, le nouvel édile met son équipe en place. Comme prévu, Marie Da Silva devient première adjointe : ancienne déléguée FO au Républicain Lorrain, cette dame s’est dépensée sans compter pour faire triompher son candidat. Arrive également dans les bagages du maire, comme directrice générale des services, une femme hyper diplômée, titulaire d’un Master of Business Administration (MBA), Elisabeth Calou, qui a travaillé à la Défense dans une entreprise d’ingénierie pétrolière comme directrice des ressources humaines. Un temps syndicaliste CGT, elle rejoint la CGC pour atterrir à la FSU. Et enfin, au Front national où elle sera tête de liste aux municipales à Saint-Cyr-sur-Mer (Var). A priori, elle devrait s’entendre avec le maire. Eh bien non ! Elle quitte très vite le navire. "Fabien Engelmann me demandait des choses impossibles dira-t-elle en substance, comme une augmentation de son indemnité de maire ou des règlements en espèces"… "Mensonges, réplique l’intéressé, c’est moi qui l’ait virée. Elle était trop familière avec le personnel de la mairie. Elle le tutoyait. Ce ne sont pas des choses qui se font," martèle Engelmann.

Pour la remplacer, il a fait appel à une ancienne avocate qui travaille actuellement en Moselle. Premier raté. Suivi d’un autre. Un peu plus gênant. Lors d’un reportage récemment diffusé sur Canal Plus, le mari de Marie Da Silva a clairement laissé entendre qu’il a financé illégalement - à hauteur de 3000 euros - la campagne municipale de la tête de liste du Front National… Et ce dernier de menacer : s’il n’est pas remboursé, il saisira la commission nationale des comptes de campagne. Ambiance.

Est-il dit que les candidats du Front national, comme jadis à Toulon, Marignane, Vitrolles, auraient des soucis avec l’argent ? En tout cas, Marie Da Silva a fait ni une ni deux et alerté le Parquet de Thionville, qui vient d’ouvrir une enquête préliminaire pour abus de confiance et abus de biens sociaux qui vise Fabien Engelmann. "Toute cette histoire n’est que le fruit d’une affabulation du couple Da Silva. Mr Da Silva n’a été que ma caution. A hauteur de 1 577 euros. Un point, c’est tout. Mme Da Silva était furieuse que je lui refuse d’augmenter son indemnité d’adjointe. Comme j’ai refusé de lui attribuer la voiture de fonction qu’elle me réclamait. En prime, elle était incompétente"… Et l’édile de préciser : "Quand je pense qu’elle avait en charge les handicapés, et qu’au lieu de mettre une navette à leur disposition, elle m’a proposé une camionnette de chantier !" Du coup, le maire lui a retiré ses délégations d’adjointe. Et de constater : "Elle a pris la grosse tête, pensait qu’elle pouvait avoir ma place".

Ce n’est pas la nuit des longs couteaux à Hayange… Ni embrassons-nous Folleville au sein du Front National. C’est plutôt du rififi : déjà, quelques colistiers d’Engelmann se rebiffent. C’est le cas d’Emmanuelle Springmann, 6e adjointe chargée du commerce, de l’animation et du développement économique et Patrice Hainy, 9e adjoint, chargé du sport qui auraient contesté le vote retirant sa délégation à Marie Da Silva. Les choses n’ont pas trainé : les deux récalcitrants, à leur tour, se sont vu retirer leur délégation par le maire. Dans ce désenchantement ambiant, ce dernier, dont beaucoup dénonce le caractère autocrate, peut-il tenir ? De nouvelles élections municipales sont-elles envisageables ? Les troupes de Thierry Rohr ne l’excluent pas, se montrant partisans d’une démission collective pour remettre les compteurs à zéro…

Le maire d’Hayange fait comme si de rien n’était, certain d’être sur le bon chemin. "Regardez, lance- t-il, depuis que je suis là, les rues sont plus propres. Vous ne trouvez plus de papiers qui trainent." C’est vrai. Mais comme programme, c’est un peu juste. Et le chômage dans une commune qui compte 13% de sans-emploi ? Que compte-t-il faire ? Pour dire vrai, il n’a pas de réponse précise : tout au plus affirme-t-il que les fonctionnaires qui partent à la retraite à la mairie ne seront pas remplacés. Et les investissements ? Rien ou presque… D’ailleurs, comme le fait remarquer un conseiller municipal, le maire est impuissant. Et pour cause : le conseil général de Moselle, hostile au Front National, ne sera guère enclin à distribuer la moindre manne, fût-elle minime à Hayange.

C’est dire que Fabien Engelmann, n’a pas grand-chose à proposer. A part le rachat éventuel de la synagogue pour y installer la bibliothèque municipale ! Ou l’augmentation du prix du ramassage scolaire. Ou exiger d’une boucherie hallal qu’elle ferme le dimanche, avant d’y renoncer. Ou alors instaurer une fête pour que la population oublie la grisaille de la vie quotidienne. Ce qu’il a fait. Le dimanche 14 septembre s’est déroulée la fête du Cochon, une façon de dénoncer l’islamisation des esprits et de la société française. Etaient présents quelques skinheads avec treillis militaires et Rangers. On a même vu un jeune homme portant un polo noir à la gloire de la division Charlemagne. Un autre portait un tee-shirt sur lequel on lisait : "Génération 732", allusion à la date où Charles Martel repoussa les Arabes à Poitiers. Etaient présents également, mais gênés aux entournures par ces références, Pierre Cassen et Christine Tassin, les animateurs de Radio-Riposte... Il parait que la charcuterie et le pinard étaient d’excellente qualité.

Alors ! Gentiment, le jeune Engelmann poursuit son chemin. Le voici désormais membre du bureau politique du Front national et conseiller au dialogue social de Marine Le Pen. Avec en 2017, une candidature aux législatives ? Pas pressé le jeune homme ! Il veut d’abord que l’emprise du Front National s’étende sur tout le territoire. Mais cela est une autre paire de manches... mais il y croit. Pas avare d’un bon mot, il nous déclare : "Si De Gaulle était encore vivant, il serait membre du Front National." Pourtant, le maire n’a pas daigné fêter l’anniversaire de la Libération d’Hayange, comme cela se faisait chaque année…

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