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Harkis : pas de vote homogène mais une volonté de sanctionner Nicolas Sarkozy
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Mémoire

Harkis : pas de vote homogène mais une volonté de sanctionner Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy se rendra ce samedi au camp de Rivesaltes, près de Perpignan, lieu symbolique où furent regroupés des harkis et leurs familles après la guerre d'Algérie. Le président de la République a-t-il répondu aux attentes des Harkis pendant son quinquennat ?

Saïd Merabti

Saïd Merabti

Saïd Merabti est le repésentant de l'association Ajir qui lutte pour la reconnaissance des Harkis.

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Atlantico : Pendant toute la durée de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a-t-il répondu aux attentes de la communauté harkie ?

Saïd Merabti : En 2007, Nicolas Sarkozy s’était engagé à reconnaitre la responsabilité du gouvernement français dans l’abandon des Harkis et leur relégation dans des camps. Aujourd’hui, nous sommes loin de tout cela. Même si le Président essaye de se rattraper comme il le peut, il ne répond pas à nos attentes.

Croyez-vous qu’il y ait un candidat qui représenterait le mieux les Harkis ?

Un groupe de harkis a pu échanger avec François Hollande par l’intermédiaire de Stéphane Le Foll. Ceux-ci se réjouissent de quelques propos du candidat socialiste, notamment sur la souffrance des Harkis. En ce qui me concerne, je ne trouve pas que cela soit nouveau, ça a déjà été dit.

La France, par son gouvernement de 1962 et ceux qui ont suivi, porte une énorme responsabilité dans le sort qui a été réservé aux Harkis. Nous voulons tout simplement que cela soit reconnu officiellement comme cela a été fait, par exemple, pour la rafle du Vel d’Hiv. Quelques gerbes par an, ce n’est pas suffisant, on n’en a rien à faire.

La mort du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, change-t-elle la donne ? Cela peut-il aider les Harkis à tourner la page ?

Ahmed Ben Bella a gouverné le pays de 1962 à 1965. Il n’a eu aucune influence sur la politique algérienne. Le drame de l’Algérie, 50 ans après, est qu’elle continue à montrer du doigt les Harkis et à les traiter de « collabos ».  Nous voulons que l’Algérie arrête de diaboliser les Harkis et ouvre enfin ses archives.

On parle souvent du fait que la France n’ouvre pas ses archives mais c’est la même chose en Algérie. Nous réclamons un travail de chercheurs, d’historiens, dans le but d’apaiser les tensions qui existent toujours aujourd’hui.

Qui sont les Harkis ?

Le terme « harkis » englobe tous les anciens combattants qui ont servi dans diverses forces supplétives de l’armée ou qui était carrément engagés avec l’armée. Il y a donc le Harkis à proprement parlé qui était supplétif de différentes armées (Marine, Armée de l’air, Armée de terre etc.), les groupes d’autodéfense et ceux qui étaient engagés comme, par exemple, dans les Sections administratives spécialisées (SAS). N’oublions pas non plus les civils, fonctionnaires et élus. Certains ont du être rapatriés mais une bonne partie est restée en Algérie. Beaucoup ont été massacrés mais il reste encore des survivants qui vivent dans l’anonymat, sans parler de leur passé, car ils sont toujours mis au ban de la société.

La revendication des Harkis concerne tous ceux qui ont ce statut de supplétif de l’Armée française ou d’engagé dans l’armée qui ont quitté l’Algérie après 1962 jusqu’en 1971. Les civils et fonctionnaires qui ont été rapatriés ne sont pas concernés par les mesures.

On peut estimer le nombre de Harkis en France entre 22 000 et 25 000 personnes. 

Combien recense-t-on de victimes harkies pendant la guerre d’Algérie ?

Les estimations les plus récentes vont de 50 000 à 70 000 victimes pendant la guerre d’Algérie. Il faut quand même rappeler qu’au plus fort de la guerre il y avait près de 200 000 musulmans qui étaient engagés par les forces militaires algériennes. Si l’on ajoute à ce chiffre les fonctionnaires et les élus, cala fait plus de 250 000 musulmans engagés pour la France. Cela englobe uniquement les hommes, il ne faut pas oublier toutes les familles derrière eux.

Pensez-vous qu’il existe un vote harkis en 2012 ?

Je ne crois pas qu’il existe un vote harkis. Grosso modo, le vote se partage entre la gauche et la droite. La droite récupère à peu près 30 à 40 % de l’électorat harkis. La gauche en récupère pratiquement autant. En ce qui concerne le Front national, je dirais qu’il représente 5 à 10% des votes de la communauté. On retrouve également des Harkis qui soutiennent François Bayrou ou les écologistes. En revanche, je dirai qu’ils sont très peu à se tourner vers le Parti communiste ou l’extrême gauche.

Il existe toutefois aujourd’hui un appel à sanctionner Nicolas Sarkozy qui n’a pas tenu ses engagements. Mais les associations de Harkis évitent de s’engager sur le terrain politique. Si quelqu’un appelle à voter pour un quelconque candidat, cela sera uniquement à titre personnel.

Historiquement, quelle famille politique s’est montrée la plus réceptive à l’égard des Harkis ?

En analysant objectivement le dossier harkis, on s’aperçoit que la droite a toujours pris les mesures les plus efficaces. Je pense notamment à la loi de 1987 qui a permis d’indemniser de 60 000 francs les Harkis, ensuite élargi à l’accession à la propriété. Il y a eu ensuite la loi Romani de 1994 qui a permis l’octroi d’une indemnité de 110 000 francs et la loi de 2005 qui a permis de voter une nouvelle indemnité pour les Harkis ou leurs veuves et ayants droit. (20 000 euros)

Ce sont les trois grandes mesures qui ont été prises en faveur des Harkis et malheureusement pour la gauche on ne trouve pas d’équivalent dans son action. Le seul élément que l’on pourrait attribuer à la gauche est une allocation trimestrielle de solidarité impulsée par Martine Aubry qui existe toujours.

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