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Guerre froide : il n’y aurait jamais eu de réelles menaces d’attaque nucléaire
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Entente cordiale

Guerre froide : il n’y aurait jamais eu de réelles menaces d’attaque nucléaire

Grâce à une étude de l’Office of Strategic Research reprise par la CIA, Edouard Valensi démontre que, tant du côté russe que du côté américain, l’arme nucléaire n’était qu’un outil de défense et qu’il n’y a jamais eu aucun risque d’attaque surprise. Extraits de « La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix» (1/2).

Edouard Valensi

Edouard Valensi

Edouard Valensi est l'auteur de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix" aux éditions de l'Harmattan

Il est resté pendant dix ans à la tête de la cellule qui a programmé la force de dissuasion française au sein de la Délégation générale pour l'armement.

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S’il y a eu un jour, un risque d’apocalypse, celui-ci a disparu ! Nous sommes au mois de juin 1973, les Etats-Unis ont reconnu que les forces nucléaires de l’URSS n’étaient que défensives et qu’il n’y avait aucun risque d’attaque surprise. Telles sont les conclusions de la CIA qui reprend une étude de l’Office of Strategic Research. Elles ne se méprennent ni sur les fondamentaux stratégiques soviétiques ni sur la stabilité de l’équilibre nucléaire.

Le rôle que les dirigeants soviétiques assignent à leurs forces nucléaires n’a pas changé depuis l’année 1963. Garantir la sécurité de la patrie, empêcher la guerre nucléaire, mais gagner la guerre si la dissuasion échoue ; donner l’image d’une puissance militaire en rapport avec le statut de grande puissance mondiale, et soutenir les objectifs de la politique extérieure ne serait-ce qu’en faisant contrepoids aux forces stratégiques d’adversaires potentiels.

Le caractère défensif des forces nucléaires est affirmé. Il est précisé avec l’énoncé des grandes articulations de la politique soviétique :

1) La dissuasion est un objectif clé. L'effort majeur a été mis sur les programmes qui garantissent que ces forces pourront endurer une frappe américaine et pouvoir toujours rendre un coup dévastateur,

2) Les Soviétiques envisagent que la dissuasion puisse échouer, même s’ils n’envisagent pas de lancer une première frappe surprise sur les États-Unis et qu’ils ne s’attendent pas à en subir une,

3) Leur programme de développement des moyens stratégiques au cours des dix dernières années montrent qu'ils ne sont pas disposés à demeurer en position d'infériorité stratégique marquée par rapport aux États-Unis Apparemment ils considèrent que leurs principaux objectifs politiques seraient compromis par un tel handicap.

Le point le plus saisissant de l’étude - à proprement parlé extraordinaire - est la démonstration que l’URSS n’envisage pas de lancer une attaque surprise et qu’elle ne redoute pas une semblable attaque venant des Etats-Unis.

- Nous avons des preuves solides que les Soviétiques ne considèrent pas qu’une frappe surprise puisse être une stratégie viable. Les Soviétiques ne disposent pas d’armes antiforces en nombre suffisant pour permettre une première frappe susceptible de limiter l’ampleur d’une riposte,

- En même temps, il est évident que les Soviétiques n’anticipent pas une frappe surprise des Etats-Unis Certes, leur propagande cite toujours la menace d'une attaque surprise des Etats Unis, mais l'état d'alerte de leurs forces stratégiques observé au jour-le-jour indique qu’en réalité les Soviétiques ne s’attendent pas à une telle attaque. Aucune des forces soviétiques, bombardiers lourds par exemple, n’est régulièrement en état d'alerte, et ces bombardiers sont regroupés dans cinq bases. De même, les deux tiers environ des sous-marins lanceurs d’engins de la classe Y sont habituellement au port dans seulement deux bases. Sur le complexe ABM autour de Moscou, seulement 30 à 40 des 64 lanceurs sont en place. Et on n’observe pas que les missiles intercontinentaux soient retirés des sites non durcis. Les Soviétiques ne maintiendraient pas en service ce genre de bases - et très vulnérables - s’ils entretenaient des craintes réelles d’attaque surprise des Etats-Unis.

Des choix, des mesures qui démentent les affirmations alarmistes du régime communiste à destination de son opinion intérieure et de ses alliés. Qui contredisent tout autant les déclarations des responsables militaires américains, elles aussi destinées à des nationaux et à des alliés que l’on souhaite garder sous influence.

Il n’y a plus - s’il y en a jamais eu - de menace de guerre nucléaire. Cela est su, mais est conservé secret, « Top Secret ». La guerre au Viêt-Nam ne facilite pas de pacifiques aveux : rien n’est dévoilé. Rien ne change, la peur reste en vedette. Américains et Soviétiques la mettent en avant, car elle les sert.

On est confondu et d’aucuns seront révoltés de lire qu’en 1984, revenant sur toute la guerre froide la CIA puisse conclure : « à aucun moment, la communauté occidentale du Renseignement n’a observé de préparatifs militaires, dont l’ampleur et la durée pouvaient laisser redouter une entrée en guerre contre l’OTAN. »

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Extrait de "La dissuasion nucléaire, les terrifiants outils de la paix", l'Harmattan (30 mai 2012)

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