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Qui a tué le rêve américain ?
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L'Amérique qui tombe

Qui a tué le rêve américain ?

L'Amérique voit aujourd'hui son rêve se transformer en mirage. De l'abandon de ses services publics, au naufrage de son système d'éducation, en passant par l'effondrement de ses classes moyennes. Dans son livre "L'Amérique qui tombe", la célèbre éditorialiste et fondatrice du site "Huffington Post", Arianna Huffington, dresse le constat d'un pays en voie de tiers-mondisme. Atlantico vous en fait partager les meilleures feuilles. Ou quand Washington et Wall Street marchent main dans la main.

Arianna  Huffington

Arianna Huffington

Arianna Huffington est éditorialiste et fondatrice du site Huffington Post.

Classée parmi les 50 personnalités qui ont "façonné la décennie", selon le Financial Times, elle est l'auteur de nombreux ouvrages dont L'Amérique qui tombe (Fayard, 2011).

 

 

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Le jeu est donc truqué. La combine est au point. Les cartes sont marquées. Et notre économie est manipulée comme un lancer d’anneaux de fête foraine.

Mais la situation est encore bien plus grave. La mainmise de l’Amérique des entreprises sur notre démocratie, va au-delà d’un simple échange de bons procédés entre puissance financière et pouvoir politique. Elle a envahi le cœur et l’esprit de nos dirigeants. Que les intérêts financiers soient capables d’acheter de l’influence est une chose. Que l’ordre du jour de l’industrie soit érigé en sagesse populaire d’un bout à l’autre de l’échiquier politique en est une autre.

“La politique, c’est comme le commerce, écrivent Simon Johnson et James Kwak dans 13 Bankers. Si vous cherchez à conclure une affaire importante avec une grosse société, il est bon d’avoir des amis à l’intérieur, il est utile d’avoir des acheteurs persuadés que ce qui est bon pour vous est bon pour eux, et il peut même être efficace de brandir la perspective d’un boulot bien payé devant le principal décisionnaire. Mais il est encore préférable que les acheteurs désirent sincèrement, en toute indépendance, ce que vous avez à vendre. Et le mieux de tout, c’est qu’ils s’imaginent qu’acheter ce que vous vendez est une marque de leur propre faculté de jugement et de leur propre raffinement, qu’acheter votre produit les désigne comme membres de l’élite informée”.

C’est exactement ce qui s’est passé avec la fusion mentale vulcanienne entre Wall Street et Washington, et c’est ce qui a préparé le terrain à la crise financière et au renflouement sans condition qui a suivi. Nos dirigeants ont acheté les yeux fermés ce que vendait l’Amérique des entreprises. C’est devenu chez eux une seconde nature. Les principaux membres de l’équipe économique du président Obama n’ont pas été épargnés par cette tendance. Ils agissent selon une cosmologie dépassée qui place les banques au centre de l’univers économique.

Quand on parle avec eux de la crise financière actuelle, on a l’impression de remonter le temps jusqu’au IIème siècle et de discuter astronomie avec Ptolémée. De même que ce dernier était persuadé que nous vivions dans un univers géocentrique et a “prouvé” ses théories défaillantes en faisant appel aux mathématiques, les principaux conseillers économiques de Barack Obama sont persuadés que l’univers dans lequel nous vivons tourne autour de Wall Street ; ils passent leur temps à présenter leurs versions personnelles d’”épicycles” et de “cercles excentriques” pour justifier leur attitude à l’égard de l’industrie financière. Et parce que, comme Ptolémée, ce sont des hommes remarquablement intelligents, leurs arguments sont très convaincants.

Si vous pensez que l’univers tourne autour de la Terre - ce qu’il ne fait pas, nous sommes bien d’accord ? -, toutes les bonnes intentions du monde ne serviront à rien. Il n’est pas étonnant que des gens comme Tim Geithner et Larry Summers croient au bancocentrisme : ce sont des créatures de ce monde. Et, dans un univers bancocentriste, le transfert d’argent sans condition à des banques trop-grandes-pour-faire-faillite est parfaitement logique.

Plus longtemps la cosmologie dominante de l’administration Obama demeurera immuable (et plus on mettra de temps à adopter un plan reflétant une cosmologie qui fasse du peuple américain le centre de l’univers et le considère comme trop-grand-pour-faire-faillite), plus le risque sera grand que la crise économique se prolonge au-delà du nécessaire. Et plus grandes seront les souffrances qu’elle entrainera. Ce dogme s’accompagne en effet d’un coût humain considérable.

Réfléchissant sur le “grand livre” de l’univers, Galilée déclarait qu’on “ne peut pas le comprendre aussi longtemps qu’on n’a pas appris son langage et que l’on ne sait pas interpréter les caractères dans lesquels il est écrit. [...] Sans eux, on erre dans un labyrinthe obscur”.

Voilà où nous en sommes aujourd’hui, errant dans un obscur labyrinthe financier - conduits par des hommes de qualité, malheureusement aveuglés par une vision dépassée du monde.

Les surlignages en gras ont été ajoutés par Atlantico



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