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François Hollande va présenter lui-même le plan pour l’emploi comme l’arme ultime de l’anti-FN, mais personne n’y croit
©Reuters

L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

François Hollande va présenter lui-même le plan pour l’emploi comme l’arme ultime de l’anti-FN, mais personne n’y croit

Le discours et les projets économiques du président de la République n’ont jamais ressemblé autant à de la cosmétique politique que depuis dix jours. Jamais, la politique n’aura aussi bien répondu à ses deux définitions : la gestion de la cité et l’art d’accéder au pouvoir et d’y rester.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La gestion de la cité n’intéresse pas François Hollande. L’accès au pouvoir et l’art d’y rester le passionnent. Les esprits peut-être un peu naïfs, parce que non pollués par le cynisme moderne, peuvent penser que la qualité de la gestion ou de l’exercice du pouvoir est un bon moyen d’y rester. Logiquement oui ! Et bien en France, ls se trompent. Il ne suffit pas de bien gérer pour rester. Parfois c’est même le contraire.

François Hollande est assez extraordinaire, il a complètement déconnecté les deux dimensions de la politique. L’accès au pouvoir l'intéresse, la gestion et les résultats il s'en moque. Démonstration depuis quinze jours. Ce qu'il va annoncer à la fin de la semaine prochaine, le 31 décembre, va être un petit bijoux de machiavélisme politique, accompagné d’un festival de banalités affligeantes en matière économique.

D’après ce qui a filtré du séminaire gouvernemental de samedi à l’Elysée, le Président va construire son discours de fin d’année autour du concept de concorde républicaine. C’est l’axe de sa stratégie politique : pour lutter contre le terrorisme, restaurer un état de paix et par conséquent endiguer la montée du Front national, le président de la République a besoin d’un front républicain qui permettrait à la droite et à la gauche de travailler ensemble. Il va déjà le faire dans les régions où ses amis ont fait le roi, comme en Paca et  Nord-Pas-de-Calais. Il va donc caresser avec gourmandise l'échine de Xavier Bertrand et celle de Christion Esrtrosi.

Il espère convaincre quelques amis de Jean-Pierre Raffarin où de Nathalie Kosciusko-Morizet de venir travailler avec les socialistes et même de rentrer au gouvernement. Et comme le thème de l’emploi affecte tout le monde, toute la classe politique peut participer à cette bataille. Parallèlement, il va tout faire pour empêcher une candidature écolo à la présidentielle. Les frondeurs ont disparu et Benoit Hamon a commencé à cirer ses chaussures pour revenir au gouvernement.

Pour François Hollande, tout va bien. Ces grandes manœuvres Elyséennes n’ont qu'un seul objectif : arriver au 2e tour dans un face à face avec Marine Le Pen. Le scenario est tout à fait réalisable étant donné l’état de la droite et les embarras de Nicolas Sarkozy. Si l’ancien Président  met la barre à droite, son aile gauche va grogner. Alain Juppé peut finir par se presenter au premier tour et sauter la primaire. S’il met la barre à gauche, son aile droite va voter pour le FN. Dans les deux cas, Nicolas Sarkozy a beaucoup de mal à arriver au deuxième tour pour affronter François Hollande.

Le Président va donc mettre le paquet sur la nécessité de sceller un pacte républicain, c’est sur le plan politique, la représentation du grand rassemblement des Français autour des valeurs de la république. Il désigne le Front national comme l’ennemi numéro 1 du régime ou du système.

Mais loin de le terrasser, il s’arrange pour que ce soit la droite qui fasse cette basse besogne, alors que la droite elle, a besoin des électeurs du FN. Stratégie tordue, Mitterrandienne, machiavélique mais sans doute efficace.

La situation économique et sociale dans une tel schéma ne préoccupe guère Hollande. Sauf que cette situation économique est quand même désastreuse, puisqu’elle contribue à l’émergence des forces polupistes et extrémistes, et qu’elle participe aussi à la montée du terrorisme. Dans ces conditions, François Hollande ne peut pas faire comme si la situation économique était neutre. Il a dit lui-même le contraire. Il va donc faire semblant de s’en préoccuper.

Au soir du 31, il expliquera que cette concorde retrouvée pour tous les Français doit servir à combattre le chômage. Le pacte republicain au service de la sécurité et de la politique de l’emploi. Le plan de sécutité tel qu'il avait été présenté au lendemain des attantats par François Hollande tenait à peu près la route. La plan de relance pour l’emploi est d’une telle banalité qu'il n'aura aucun impact si jamais le gouvernement a le temps de le mettre en place.

Ce plan emploi repose sur la mobilisation des régions, la prise des fonds de formation et la relance des investissemnts dans les industries de la technologie. Le gouvernement peut toujours l’essayer, ça ne fera de mal à personne, mais ça ne changera pas le sens des courbes. On réfléchit sur le rôle des régions depuis que les régions existent, on cogite des réformes de la formation pour récupérer le racket des fonds de formation par les syndicats et l'on n’a jamais pu décoincer le système. Enfin, les investissements dans la technologie, tout le monde en parle depuis dix ans. Très bien mais les Américains en parlent aussi mais eux et il le font.

La vérité, c'est que l’emploi ne peut décoller que si et seulement si, on s’attaque à l’écosystème des entreprises et au droit du travail. L’écosystème est paralysé par les charges administratives et fiscales, par un discours officiel très  protectionniste  qui perturbe beaucoup les investisseurs. Quant au droit du travail, il est évidemment trop lourd et trop contraignant.

Il  était question, dans la loi Macron 2, d’alléger le contrat de travail et la procédure de départ des entreprises. Il était question aussi de profiter des nouvelles opportunités économiques. Noé a disparu. Sans un écosystème porteur et des dispositifs droit du travail améliorés, on voit mal pourquoi l’emploi en France pourrait redémarrer plus fort.

Le problème pour François Hollande, le seul petit problème, c’est qu'il comptait sur des vents extérieurs extrêmement forts pour retourner les courbes. Or, la réalité de la météo est beaucoup plus incertaine. L’alignement des planètes, l’euro, le pétrole et les taux, est très favorable mais tardive. Les émergents sont fatigués et l’Amérique change son logiciel monétaire.

L’Europe qui aurait pu profiter de la conjoncture internationale est touchée par le ralentissement mondial. La France qui était très en retard sur le redressement européen aurait dû relever la tête, mais elle est restée coincée.

François Hollande ne voit pas très bien quoi faire pour la décoincer. Il a trop peur de bousculer des niches d’électeurs précieux. Il va simplement expliquer à l’opinion publique française que la gravité de l’économie et du social est moins inquiétante que la montée du Front national. Le plan de relance de l’emploi ne marchera pas, parce qu'il n’a pas les bons ressorts.

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