Confusion autour de l'euthanasie chez le candidat Hollande | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Confusion autour de l'euthanasie 
chez le candidat Hollande
©

Flou

Confusion autour de l'euthanasie chez le candidat Hollande

François Hollande déclarait ce weekend dans Marianne : "L’euthanasie, je n’y suis pas favorable. Je suis pour le droit de mourir dans la dignité." Explication de texte...

Béatrice Stella

Béatrice Stella

Béatrice Stella est cofondatrice et initiatrice de l’association Paroles de Catholiques.

Elle est également cofondatrice de l’Union des Familles en Europe et ancienne présidente de l’association.

Voir la bio »

le 18 février 2012 François Hollande déclarait dans Marianne:

« L’euthanasie, je n’y suis pas favorable. Je suis pour le droit de mourir dans la dignité. Aujourd’hui, il y a de 10 000 à 15 000 lits pour les soins palliatifs, il en faudrait le double. A quel moment décider ou non d’arrêter les soins palliatifs, même si la souffrance, grâce à eux, est amoindrie ? Il faut avoir une expression de la personne, de la famille, des médecins qui doivent être consultés, et à ce moment-là, dans quelques très rares cas, il s’agit de faire un acte de compassion qui va soulager non la famille, mais la personne. »

« L’euthanasie, je n’y suis pas favorable. Je suis pour le droit de mourir dans la dignité » Jusque-là, on comprend, même si l'on peut se demander ce que vient faire la dignité dans cette histoire. La dignité d’un homme repose sur quoi d’autre que le fait qu’il soit un homme ? Sur l’image qu’il donne de lui-même qui serait peu esthétique ? Les hommes seraient donc comme les fruits : appétissants, ils sont dignes de rester sur l’étal, sinon on les met au rebut ?

Mais il y a la phrase suivante : « A quel moment décider ou non d’arrêter les soins palliatifs, même si la souffrance, grâce à eux, est amoindrie ? ». De quoi parle-t-on ? Les soins palliatifs procurent un système pour aider les patients à vivre le mieux possible jusqu’à la mort, par la prévention et le soulagement de la souffrance,  ainsi que le traitement des autres problèmes physiques, psychologiques et spirituels qui lui sont liés (OMS). Ils sont clairement donnés quand la mort est inéluctable, dans le but de la rendre moins pénible possible. Ils s’arrêtent donc avec la mort du patient. Les arrêter en provoquant la mort sciemment, cela revient à nier les soins palliatifs.

On atteint ensuite le sommet de l’opacité. Comment faire un acte de compassion qui va soulager « non la famille mais la personne », alors que l'on vient de dire qu’on consultait la famille et les médecins ? On voit bien toute l’ambiguïté de cette posture : on ne peut être sûr, à aucun moment, que ce n’est pas la famille ou/et les médecins que l'on va soulager.

C’est ce que confirme la récente étude publiée par l’European Journal of Cancer (1) sur les demandes d’euthanasie, qui montre à quel point ces demandes sont rarissimes (3 demandes par service de soins palliatifs par an, alors que tous ces malades sont en fin de vie) et que pratiquement une sur deux n’est pas formulée par le malade lui-même ! Cela pose tout de même la question de leur sincérité !

Voilà donc, un discours qui commence, je vous le rappelle, par « Je ne suis pas favorable à l’euthanasie ».

- Le 25 janvier 2012, on peut lire dans le programme du candidat Hollande, la proposition 21 suivante : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ».

Ici, si l’approbation de l’euthanasie est plus évidente, le mot est évité. Seul le terme de dignité, à nouveau, sert d’indice. Mais c’est bien flou. On peut parfaitement voir les soins palliatifs comme une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. On se demanderait d’ailleurs, dans ces conditions, pourquoi insister sur la nécessité d’une précision et d’un caractère strict pour organiser les dits soins palliatifs.

Sans aucun doute, au Parti socialiste, il y a des personnes qui sont plus claires. Ainsi la récente proposition de loi déposée au Sénat par M. Godefroy et ses collègues, parle « d’une assistance médicalisée, permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur ».

Sans doute dans un souci d’esthétisme (comme pour les fruits à l’étal), on évite soigneusement  « l’euthanasie » au profit de « l’assistance médicalisée pour mourir ». C’est pratique, parce que c’est aussi de cette façon que l'on peut parler des soins palliatifs.

Ce qui est le plus agaçant, c’est l’absence de considération pour le citoyen. On édulcore les mots, on les évite, on entretient le flou. On peut légitimement trouver que c’est un manque de respect pour le citoyen ou/et une tentative de manipulation pour endormir sa conscience.

C’est d’autant plus grave quand on sait que La loi Léonetti apaise la majorité des craintes des Français sur la possibilité d’exiger l’arrêt des traitements inutiles et le seul maintien des traitement pour soulager la douleur. L’étude citée confirme d’ailleurs que la douleur est la raison invoquée dans 3,7 % de ces demandes très marginales.

Les Français ont le droit d’obtenir des réponses claires :  pour ou contre l’injection qui donne la mort ?

(1) 789 équipes de soins palliatifs ont été interrogées de novembre 2010 à février 2011 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !