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François Hollande, l'homme qui survivait à tout : redoutable habileté à la House of Cards ou grave panne de la démocratie française ?
©Reuters

Survivant

François Hollande, l'homme qui survivait à tout : redoutable habileté à la House of Cards ou grave panne de la démocratie française ?

La tempête qui menace la présidence semble l'avoir fortement affectée, mais certainement pas achevée. François Hollande peut compter soit sur son habileté, soit sur la protection que lui assure le calendrier et les institutions pour continuer à avancer, en attendant la désignation du candidat de la gauche.

Maud Guillaumin

Maud Guillaumin

Journaliste à Europe 1, BFM, ITélé, Maud Guillaumin suit pour le service politique de France-Soir la campagne présidentielle de 2007. Chroniqueuse politique sur France 5 dans l’émission Revu et Corrigé de Paul Amar, puis présentatrice du JT sur LCP, elle réalise également des documentaires : « Les Docs du Dimanche », « Les hommes de l’Élysée » sur les grands conseillers de la Ve République et « C’était la Génération Mitterrand » transposé de son livre Les Enfants de Mitterrand (Editions Denoël, janvier 2010). Elle écrit également dans la revue littéraire Schnock. Elle est l'auteur de "Le Vicomte" aux éditions du Moment (2015).

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Malgré les révélations d'Un président ne devrait pas dire ça... et l'affaiblissement record de sa cote de popularité, François Hollande semble avoir survécu à la tempête politique qui s'était abattue sur lui et qui l'avait atteint jusqu'à dans son propre camp. Entre habileté politique et pouvoir des institutions, comment fait-il pour survivre à toutes ces mésaventures et revers ?

Christophe De VoogdPour le moment François Hollande ne connaît pas de chute nouvelle de popularité liée au "LIVRE". Certains qui  veulent à tout prix entretenir l'idée d'une candidature Hollande s'y accrochent pour garder un dernier brin d'espoir (chez les Hollandais inconditionnels) ou pour nourrir un scénario à suspense (les médias adorent).  Mais soyons sérieux : son niveau est déjà si bas ! Et, fait nouveau, la révolte gronde chez les grands barons  et chez les militants, bien perçue par Manuel Valls. C'est bien pourquoi, comme Olivier Duhamel et quelques autres, encore rares, je considère qu'une  nouvelle candidature Hollande est désormais très improbable, entre mauvais bilan, impopularité abyssale, désertions dans son camp, et plus que tout les effets à MOYEN TERME du livre, dont personne ne parle : Hollande ne peut tout simplement plus mener campagne, ni aux primaires, ni aux présidentielles car, à chaque prise de position, il se verra objecter un propos contraire, venant de lui même et tiré du livre. Personne ne semble prendre en compte cet effet-retard qui sera mortifère. Ceci n'a rien à voir avec son désir de se représenter qui est évidemment infini, mais c'est une autre question. 

C'est évidemment la solidité des institutions qui maintient le président en survie, bien plus que son habileté politique que "le livre" justement vient de  détruire. A quoi s'ajoute le tempo politique : nous sommes en pleines primaires de la droite et les candidats  ont autre chose à faire que d'allumer aujourd'hui un incendie institutionnel. Mais restons prudents : "Dame Fortune", comme disait Machiavel, est déchaînée et une crise intérieure majeure (on l'a frôlée avec la colère policière) est toujours possible. Mais dans ce cas, le fusible est prévu, là encore par les institutions : le gouvernement  "sauterait" avant le président. Est-ce souhaitable ?

Maud Guillaumin Même si tout le monde trouve François Hollande très mauvais et le critique de plus en plus ouvertement - la preuve, Manuel Valls s'est permis, et c'est la première fois, de le critiquer directement -, il ne sera pas chassé aujourd'hui pour plusieurs raisons. Premièrement, aucune procédure ne permet de le faire : d'un point de vue constitutionnel, il n'y a aucun moyen de le chasser car il n'a pas commis de faute. Deuxièmement, aucun candidat ne semble plus légitime que lui. François Hollande est donc, malheureusement, mauvais parmi les mauvais. Aucun candidat à gauche ne semble en mesure de faire mieux que lui et de se démarquer : la preuve, tout le monde s'agite autour de la candidature d'Emmanuel Macron, qui est quand même quelqu'un de très jeune, qui n'a jamais été élu, et que le public connait très peu. Il suffit d'une espèce d'élan médiatique pour qu'Emmanuel Macron soit considéré comme une option crédible. 

Par ailleurs, François Hollande a également une autre "chance" : le mauvais état du Parti socialiste. En effet, il peut parfois y avoir au sein du Parti socialiste une dynamique que l'on ne retrouve pas à l'Elysée : par exemple, à la fin du deuxième septennat de François Mitterrand, au-delà du fait qu'il était très âgé et malade, tout le monde préparait l'après au PS. Ce n'est pas le cas aujourd'hui et c'est aussi la force de François Hollande : il n'est pas complètement sur la touche. 

Par ailleurs, François Hollande est très habile : en jouant sur l'ambiguïté, il bloque tous les élans. C'est lui qui a repoussé les primaires pour qu'elles se déroulent le plus tard possible afin de bloquer tout le monde. Aucun candidat ne peut trop s'avancer dans son programme car ce serait donner trop d'éléments à l'adversaire potentiel des primaires. Du coup, chacun est coincé dans sa ligne de départ sans pouvoir avoir une dynamique très nette. D'une certaine manière, François Hollande reprend la stratégie de Mitterrand avec son adversaire de l'époque : Michel Rocard. En effet, François Mitterrand avait laissé partir Michel Rocard, l'avait laissé s'épuiser jusqu'à perdre toute crédibilité puis il a annoncé très tard sa candidature à l'élection présidentielle en se présentant comme le seul recours possible : Michel Rocard ayant grillé toutes ses cartouches, personne à gauche ne voyait d'opposition à la nouvelle candidature de François Mitterrand.

En quoi peut-on y voir une crise des démocraties représentatives ? Comment expliquer qu'un Président aussi décrédibilisé et attaqué puisse rester président jusqu'à la fin de son mandat ?

Christophe De Voogd : Non pas DES démocraties mais de la démocratie française : dans n'importe quel autre pays occidental , le gouvernement serait tombé depuis belle lurette, et aux Etats-Unis, élections ou pas, la procédure d'impeachment contre le président aurait été enclenchée : regardez ce qui se passe avec Hillary Clinton à seulement 8 jours du scrutin. Notre pays se signale par l'absence de toute responsabilité POLITIQUE des dirigeants et ceci est aussi vrai à gauche qu'à droite. Rappelons que la dernière motion de censure votée en France remonte à ...1962 !

Mais faut-il le regretter en ce moment précis ? Pas à mes yeux : dans la période que nous traversons entre chômage de masse, migrants, terrorisme et crises internationales majeures, la France ne peut pas en plus se payer une crise institutionnelle. Dans six mois, au plus tard , "le cas Hollande" sera réglé. Et probablement par son propre camp.

Maud Guillaumin On peut également considérer qu'il serait préférable de garder François Hollande, en dépit de son incompétence : le fait qu'il connaisse les institutions et qu'il ait l'expérience d'un mandat présidentiel peut rassurer certains Français. Face à un retour de la droite et notamment de Nicolas Sarkozy, et dans un contexte international très troublé, il est possible que certains, aussi étonnant soit-il, préfèrent se tourner vers quelqu'un qui rassure. C'est également ce qui plaît beaucoup chez Alain Juppé, de manière assez paradoxale d'ailleurs : alors qu'en 1995 la France était dans la rue, aujourd'hui, Alain Juppé est le candidat qui apaise les Français. 

Il y a certes un dysfonctionnement des institutions, mais le problème principal vient des partis. Ce sont eux qui alimentent en premier lieu cette crise de la représentativité. Les Français ne croient plus dans la dynamique des partis et ne peuvent donc plus croire dans les politiques qui émanent de ces partis. C'est d'ailleurs pour cela qu'Emmanuel Macron, qui s'affranchit des luttes partisanes séduit autant. C'est ce même côté électron libre qui avait plu aussi en 2012 chez Arnaud Montebourg. Je ne suis pas sûre que les primaires arrangent la situation : les deux primaires qui se sont jusqu'ici tenues à gauche n'ont pas permis d'avoir le bon candidat, ou en tout cas le candidat qui fait le bon président. 

Par ailleurs, l'effacement des différences entre les positions, notamment sur le plan économique, pourrait-il favoriser les luttes d'appareil ? A quel point le manque de différence entre les candidats peut-il donner une importance supplémentaire aux personnalités ?

Maud Guillaumin Au cours de l'élection présidentielle, on élit un homme, et pas seulement un programme ou un parti. 

Lors du débat de la primaire de la droite, toute la difficulté pour les candidats a été d'afficher leur différence tout en montrant qu'ils étaient tous solidaires et grosso modo sur la même ligne. 

Les primaires américaines donnent lieu, me semble-t-il, à des combats d'idées plus violents : alors que Barack Obama était très proche d'Hillary Clinton, lors de la primaire démocrate de 2012, ils se sont distingués sur des points forts. Ce n'est pas le cas lors des primaires en France. 

Aujourd'hui, sur le plan économique, non seulement personne ne se distingue mais personne n'a de solution : le gouvernement fait un petit pas à droite sans être libéral, la droite n'est pas dans l'ultralibéralisme non plus. Le seul critère de démarcation, c'est l'Europe. C'est uniquement par rapport à ce marqueur que les partis "consensuels" se positionnent. C'est tout de même assez limité.

Il est évident que cette absence de différence donne une importance supplémentaire aux personnalités : pourquoi, après le débat de la primaire de droite, tout le monde s'est soudainement intéressé à Jean-Frédéric Poisson ? Parce que d'un coup, c'est devenu une personnalité charismatique, qui ressortait et qui a séduit.

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