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L'Europe a rendez vous avec l'histoire, saura-t-elle éviter le crash ?
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L'Europe a rendez vous avec l'histoire, saura-t-elle éviter le crash ?

Le dernier sommet européen s'est révélé insuffisant pour conjurer le scénario dépressif qui se construit de jour en jour. Mais l'heure n'est plus aux petits arrangements de couloir, il faut créer un électrochoc pour ne pas rater un rendez vous avec l'histoire. Deuxième et dernière partie de notre série en deux volets consacrée aux enjeux d'une réforme politique et économique européenne, qui reste à engager.

Driss Lamrani

Driss Lamrani

Driss Lamrani a exercé pendant plus de 10 ans les métiers de banquier d'affaires, d'opérateur de marché sur les produits dérivés et d'analyste financier au sein de divers établissements bancaires. Il a aussi participé à plusieurs ouvrages, en tant que spécialiste des opérations de marché.

Il a récemment publié, aux Editions Mélibée, un ouvrage intitulé "Vers de nouvelles bulles spéculatives... Comment les éviter ?", préfacé par Jacques Attali. Il est actuellement  stratégiste et économiste au sein d'un fonds alternatif à Londres spécialisée dans le Global Macro.

Il s'exprime sur Atlantico à titre personnel, et ses propos n'engagent en aucune façon son employeur.

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Lire le premier volet de cet article consacré à la nécessaire dévaluation de l'euro pour sauver l'Europe

La constructions des Etats-Unis d'Europe ne serait pas seulement bonne pour l'Europe mais pour le monde entier

Les problèmes rencontrés actuellement par les BRICS pourraient être apaisés par le nouveau relai de croissance né de la construction des États-Unis d'Europe (EUE). Les mouvements sociaux naissants en Chine pourraient être refroidis par l’attribution de quelques acquis sociaux financés par les nouveaux excédents de la balance commerciale liés à la croissance mondiale retrouvée.

La Grande Bretagne aurait tout intérêt (malgré les déclarations de M. Cameron) à rejoindre les EUE, lorsqu’elles seront constituées, afin de se mettre sous la protection d'une BCE puissante qui créerait une compensation de la prépondérance du dollar. Dans le cas contraire la spéculation se tournerait contre la Grande Bretagne devenu un pays fragilisé dans le concert des nations, et qui devrait quitter la locomotive de l'union européenne s'il ne souhaite pas appliquer la taxation des transactions financières ou la réforme de l’industrie financière.

Cependant, les actions de M. Cameron vont à l’encontre de ce scénario. Celui-ci a mis le veto de la Grande Bretagne contre la mise en œuvre d’un nouveau traité en contrepartie de l’abandon de la réforme financière proposée par les autres membres et de la taxation des transactions financières. La Grande Bretagne a besoin de l’EUE autant que l’EUE a besoin d’une place financière solide capable de faire face à la compétition des places « virtuelles » (telles que Chi-X) ou des places moins régulées telles que Singapour ou Hong Kong.

Le rééquilibrage de la suprématie du dollar et de l'industrie financière devrait donner la dynamique nécessaire à la croissance mondiale pour éviter une crise économique mondiale d'ores et déjà en construction. En effet, les récentes analyses du FMI ont montré que la probabilité d’une récession mondiale en 2012 était élevée (environ 50%). Les développements récents sur les marchés financiers justifient ce scénario, notamment par l’entrée en récession de la zone euro et consécutivement une dégradation notable de la croissance américaine et chinoise.

L’entrée de la Grande Bretagne dans l’euro est soumise à des choix politiques (convaincre les eurosceptiques) tout autant à des considérations économiques. La doctrine Brown implique que cette entrée ne se fera que si certains paramètres économiques sont réunis. Ceux-ci peuvent être grossièrement résumé au niveau de change Livre sterling/EUR (actuellement à 1.17). La perte de valeur patrimoniale serait colossale si la livre sterling venait à prendre la perte de valeur liée à une chute du taux de 1.6, avant crise, à 1.2 environ au moment de l’intégration. La GB a besoin d’une monnaie forte lorsqu’elle rentrera dans l’Euro (ou du moins souhaitera acquérir une place privilégiée dans le couple Franco-Allemand.

Les scénarios économiques apocalyptiques sont nombreux. Il suffit d'imaginer un retard ou des tergiversations sur l’adoption du nouveau traité pour enclencher les prémices de la plus grave crise économique mondiale depuis au moins 1930. La forte montée des idées politiques extrémistes pourrait venir dégrader d’autant plus la crise actuelle. Certains commentateurs évoquent actuellement un risque de guerre qui permettrait de réduire l’effet de levier de l’économie. Les Etats-Unis Europe permettent de donner une solution alternative pour la réduction de l’endettement, à travers la croissance, le retour de l’emploi et le rééquilibrage des taux de change.

Nous n'avons jamais eu autant besoin de redonner du souffle à la construction européenne que maintenant.

Le nouveau traité est nécessaire mais il doit être mis en place rapidement pour crédibiliser les politiques face aux marchés financiers. Les Etats devraient conduire des réformes structurelles supportées par une union nationale et un support sans faille des syndicats pour donner aux États les moyens de négocier rapidement une convergence fiscale, administrative et de protection sociale. Sans cette convergence assumée et acceptée par tous les responsables politiques nous risquerions d’assister d’enlever toute opportunité de la BCE d’intervenir, puisque les décotes sur les dettes souveraines s’accroitraient avec les tergiversations. 

M. Draghi semble être aux commandes d’un A380 au décollage avec des moteurs en panne (dette abyssal, déficit budgétaire, réforme retardée, protection sociale inadaptée à la démographie etc.). Pour réussir son décollage, il a besoin de prendre de la vitesse, à travers une resolvabilisation des états (et la baisse des décotes sur les obligations souveraines) et du système bancaire européen pour apporter la dernière poussée (pour décoller la création de la construction) issue d’un QE sur des Eurobonds représentatives de toutes les dettes souveraines nationales. Sans la combinaison des deux éléments nous assisterons à un crash sous l’effet des pertes que généreraient la BCE issue de la défaillance du système bancaire sous le poids de trop de dettes souveraines (et des pertes liées aux décotes actuelles sur ces dettes).

Une partie de la vitesse est d’ores et déjà lancée par la déclaration du couple Franco-Allemand d’une mise en place d’une garantie donnée aux investisseurs privés qu’ils ne subiront pas de pertes sur leurs obligations souveraines (en dehors de la Grece). Cela permettra aux investisseurs actuels (qui détiennent implicitement un CDS émis par la totalité des Etats garantissant les dettes des états membres de la Zone Euro) de garder leurs bonds et aux spéculateurs de prendre garde dans le cas où les Etats réussiront à sauver la zone euro et que l’explosion de la zone est évitée.

La grande histoire est peut être en construction. Il suffit de mettre en œuvre le courage politique et la synthèse des volontés de sortie de crise exprimées par tous les partenaires sociaux, tous les partis politiques, et tous les agents économiques. Une place dans l’histoire est à prendre, le courage politique pourrait permettre à nos contemporains d’accéder à ce panthéon.

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