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L’État ne peut pas (ne peut plus) promouvoir la croissance sans réduire la sienne
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EDITORIAL

L’État ne peut pas (ne peut plus) promouvoir la croissance sans réduire la sienne

Face aux niveaux d’endettement publics atteints, la croissance doit nécessairement se conjuguer avec rigueur budgétaire, arrêtons d’opposer ce qui peut/doit être vertueux.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Nous apprenons que le G8 est pour la croissance, c’est formidable, mais so what ? Tout le monde est pour la croissance, même les plus rigoureux partisans de l’orthodoxie budgétaire, qui justement la posent comme une condition sine qua none de la reprise, ou du moins de la réduction à terme du risque de récession durable, ou de croissance molle durable. Car contrairement aux vœux de Madame Brundtland, c’est bien cela qui semble durable davantage que le développement.

Alors la croissance, oui bien sur, mais comment et laquelle ? Il ne faudrait pas que la croissance devienne une quête du Graal. Depuis 50 ans, nous connaissons une baisse tendancielle de notre taux de croissance : en moyenne par décennie : 1,4% pour les années 2000 ; 1,9% pour les années 90 ; 2,3% pour les années 80 ; 4,1% dans les années 70 et 5,9% dans les années 60 (ah les sixties !). Les dernières années où la France a connue une croissance que nous pouvons considérer comme significative et structurelle impactante, c’est-à-dire au dessus de 3%, ce sont les années 98, 99 et 2000 (respectivement 3,4%, 3,3% et 3,7%, ce dont nous rêvons aujourd’hui). Et depuis 30 ans, seuls deux années ont dépassé le cap des 4% de croissance, 1988 (4,7%) et 1989 (4,2%).

(Cliquez sur le graphique pour l'agrandir)

Source : Insee, comptes nationaux, base 2005.

Aujourd’hui, il paraît bien difficile de dépasser une fourchette située au mieux entre 1,5% et 2%, sans doute plus vraisemblablement dans la moyenne des prévisions entre 1% et 1,5%.

Une croissance tendanciellement en décroissance donc, mais face à un endettement public qui lui est en croissance, et même en pleine forme. Mais surtout, au delà de son évolution (+50% entre 2007 et 2011), et de sa valeur absolue (1 800 milliards de dette publique), a atteint un seuil d’alerte, celui des 90% de PIB. Un seuil qui entraine pour certains une spirale de l’endettement public car désormais chaque année la France va devoir rembourser entre 200 et 250 milliards d’euros, soit presque le budget annuel de l’Etat (290 milliards). Une France qui doit non seulement rembourser mais également emprunter encore et toujours, devenant sur la période le premier pays émetteur de dette en euros (dépassant l’Allemagne).

Ce taux de 90% est important car, au delà des dogmes et des théories, deux chercheurs américains (Reinhart et Rogoff dans l’ouvrage « This Time Is Different ») ont montré empiriquement et historiquement qu’un tel niveau était systématiquement nuisible à la croissance, provoquant une manque à gagner de 0,5 à un point de croissance.

La relation entre endettement et croissance n’est donc visiblement, ni linéaire (cela dépend du taux d’endettement) ni symétrique : l’endettement en effet semble profiter davantage de la croissance, avec une réduction en % du Pib (pas en valeur absolue) dans les années de croissance soutenue (99, 2000, 2001 puis 2006, 2007 par exemple), que la croissance ne semble profiter de l’endettement. D’ailleurs les Français ne se trompent dans ce rapport de cause à effet, interrogées par Opinionway pour Tilder et l’Institut Montaigne ils considèrent, et de loin, que le premier moyen pour favoriser la croissance est de « baisser les dépenses de l’Etat » (60% des réponses).

Et au delà des approches économiques, l’opinion publique est anxieuse des cas européens dramatiques et dramatiquement exposés tous les jours, (disons que nous avons une empathie par projection), et fait des rêves schizophréniques d’un Etat providence dont elle sait qu’il ne l’est plus (ni dans les idées ni dans les moyens).

Nous sommes aussi collectivement parfaitement conscients des contraintes économiques, et notamment budgétaires, considérant que l’Etat est rattrapé par ces contraintes, n’est plus véritablement capable d’agir sur les choses, et n’est pas innovant et force de proposition (ou plus exactement de solutions), comme la montré une campagne présidentielle de rejet davantage que de projet. Comme l'a révélé une enquête d’opinion de Mediaprism dès le lendemain du scrutin et corroborée depuis par d’autres Instituts il en ressort une absence d’état de grâce pour des Français, au mieux bienveillants mais surtout non convaincus que le nouvel exécutif pourra améliorer le pouvoir d’achat, réduire le chômage, et réduire le déficit public (une absence d’état de grâce qui n’aurait pas davantage existé pour Nicolas Sarkozy, mais qui est un fait notable concernant un nouveau Président).

Les Français seront peut-être moins déçus, mais sans doute parce que d’emblée moins convaincus, surtout dubitatifs. D’ailleurs, on nous dit champions du monde du pessimisme, nous le sommes aussi de l’incrédulité. D’après une étude mondiale d’Ipsos, nous sommes le pays qui croit le moins (6%) à la fin du monde en 2012 ! C’est bien, même s’il serait surtout enthousiasmant de croire davantage au nouveau monde que de défier l’apocalypse.

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