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Et un nouveau Bush en piste : d'où vient ce goût particulier des Américains pour les dynasties politiques ?
©Reuters

Dallas

Et un nouveau Bush en piste : d'où vient ce goût particulier des Américains pour les dynasties politiques ?

George W. Bush a récemment déclaré à propos de son petit frère Jeb, ex-Gouverneur de l’Etat de Floride, qu’il ferait "un candidat merveilleux" à la Maison Blanche en 2016. Dans le camp démocrate, on évoque une possible candidature d’Hillary Clinton. Ces noms récurrents font écho aux Kennedy, Roosevelt et autres grandes familles américaines . D'où vient cette tradition dynastique ?

Anne Deysine

Anne Deysine

Anne Deysine est juriste (Paris II) et américaniste. Spécialiste des questions politiques et juridiques aux Etats-Unis, elle est professeur à l'université Paris-Ouest Nanterre. Enseignant aussi à l'étranger, elle intervient régulièrement sur les ondes d'Europe 1, RFI, France 24, LCI... Auteur de plusieurs ouvrages, dont "La Cour suprême des Etats-Unis" aux éditions Dalloz, ses travaux sont consultables sur son site Internet : deysine.com.

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Atlantico : George W. Bush a récemment déclaré à propos de son petit frère Jeb, ex-gouverneur de l’Etat de Floride, qu’il ferait « un candidat merveilleux » à la Maison Blanche en 2016. Il pourrait ainsi devenir le troisième Président de la famille (une première). Dans le camp démocrate, on évoque une possible candidature d’Hillary Clinton (une première également). Ces récentes annonces semblent s’inscrire dans la tradition de ces grandes familles que sont les Adams, les Roosevelt et autres Kennedy. D’où vient ce goût des Américains pour les dynasties politiques ?

Anne Deysine : A l’époque d’Adams, par exemple, la politique était un petit milieu fermé entre les mains d’une élite, souvent composée d’avocats. George W. Bush, lui, n’avait pas l’intention d’être Président, il était très bien dans son ranch. Ce sont les groupes d’intérêt de l’énergie qui l’ont propulsé vers la Maison Blanche.

Les Kennedy, eux, sont un cas particulier. Le père voulait que ses fils accèdent à la Maison blanche, ils avaient une sorte de destin prédéterminé. Le premier y est allé, ensuite le second… Derrière l’apparence de la dynastie, à chaque fois les cas de figure sont différents. Pourquoi Hillary Clinton ? Parce que les Démocrates n’ont pas vraiment de candidat. Il s’agit plutôt d’une désignation par les forces politiques, qui identifient la personne au meilleur potentiel. Les forces politiques et économiques se fondent sur cette stratégie car le système d’élection des États-Unis se base sur la name recognition (la notoriété). Le fait qu’un nom soit déjà connu fait économiser plusieurs mois et beaucoup d’argent. Or les élections aux Etats-Unis sont financées par de l'argent privé. Si on prenait un candidat lambda, inconnu, il faudrait consacrer toute une étape à son émergence au-dessus de la « ligne de flottaison » pour qu’on parle de lui dans les médias.

Jeb Bush, comme son frère, est poussé par le lobby du pétrole. On a fait intervenir un membre de la famille pour appuyer l’idée qu’il serait un bon candidat. Il est sans doute plus intelligent que W.

Hillary Clinton est quant à elle fabuleuse : elle été l’épouse d’un président, elle a pu établir un réseau, elle a ensuite été Secrétaire d'Etat, ce qui lui a permis de continuer à nouer son réseau, et elle aurait le vote des femmes. Il se trouve aussi qu’elle s’appelle Clinton, ce qui n’est pas neutre.

Vues de France, où la tradition des grandes familles se limite à l’entreprise (Auchan, Michelin, Dassault…), ces lignées politiques surprennent…

Aux Etats-Unis aussi, à la fin du 19e siècle, de grandes familles avaient le pétrole, l’acier… Leurs patronymes sont connus, ils ont créé des fondations et restent présents de nos jours par ce biais. Certains membres sont peut-être encore à leur tête, mais pas nécessairement en tant que PDG, car la société américaine est beaucoup plus mobile. On n’hérite pas forcément de la fonction, cela fait partie du rêve américain. Il faut être poussé dans le dos pour avoir envie de réussir, d’être un entrepreneur.

Les grandes familles américaines en politique ne sont pas sans rappeler le caractère héréditaire de l’Ancien Régime. Peut-on parler d'une "aristocratie politique" aux Etats-Unis ?

Il y a une transmission, mais qui n’est pas pire que chez nous. Il suffit de regarder qui sont les politiques ou les journalistes.

Si l’on se base sur le travail de Stephen Hess, auteur de l’ouvrage America's Political Dynasties, même avec trois présidents, un vice-président, deux gouverneurs, un sénateur et un député,  les Bush resteraient en sixième position au classement des dynasties les plus ancrées dans le paysage politique. Les grands gagnants seraient les Kennedy. Là où la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD a fait scandale, cette logique dynastique ne semble pas constituer une tare auprès de l’opinion publique. Comment cela s'explique-t-il ?

Ces fonctions politiques occupées par les Bush sont successives, il ne faut pas les ajouter. En politique américaine on fait généralement ses armes au niveau de l’Etat (Sénateur de l’Etat de l’Illinois par exemple, comme Obama), puis on accède au niveau fédéral (certains passent par la Chambre des représentants pendant une dizaine d’années, d’autres vont directement au Sénat). Jeb Bush a été Gouverneur, et n’occupe aucune fonction politique en ce moment. Comme il a l’argent, il peut attendre, et lorsque le contexte sera bon il commencera sa campagne.

Le cas de Jean Sarkozy est totalement différent : c’était un "jeune con" en première année de Droit, et on lui confiait une fonction qui nécessitait d’avoir un peu de bouteille. C’était du népotisme, on le parachutait. Les exemples américains n’ont rien à voir. Des postes sont ouverts, mais jamais on ne ferait de népotisme car ce n’est pas fructueux ; ce n’est pas économiquement satisfaisant de placer un "petit jeune con". Ce qui est intéressant pour les groupes d’influence américains est d’avoir quelqu’un qui a déjà un bon niveau intellectuel, et qu’ils vont placer. Avec un peu de chance, ils se disent que ça marchera.

Existe-t-il, chez certains Américains, un "ras-le-bol" vis-à-vis de cette main-mise sur la vie publique ?

Les Américains se fichent totalement qu’il s’appelle Bush. Ils se demandent si son programme a des chances de les satisfaire. Bush ou pas Bush, le petit frère s’est prononcé pour une réforme de l’immigration. Il fait très attention : il était très ouvertement pour la réforme avant que l’on parle de sa candidature, et suite à cela il a immédiatement fait marche arrière.

Le nom sert donc dans un premier temps pour accéder à la notoriété. Il sera ensuite élu sur un programme et sur de l’argent. Bush a de la chance car il aura l’argent du pétrole, comme ses prédécesseurs. Hillary Clinton, si elle accepte d’être candidate (ce qui n’est pas du tout sûr), aura l’argent qui revient traditionnellement aux Démocrates (ils en ont un peu moins maintenant), les syndicats, Hollywood, etc.

En France, on veut toujours établir des parallèles. Dans le cas présent il n’y en a pas à faire. Il faut faire l’effort de se projeter dans le système et se demander s’il est démocratiquement satisfaisant. Des gens veulent voir telle personne à la tête du pays, car ils se disent que leurs intérêts seront bien défendus, et que soutenir le frère Bush permet d’économiser un an de name recognition.

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