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Bernard Squarcini a-t-il développé 
une police politique en France 
comme le soutient un livre choc ? 
Quels éléments tangibles ? 
Interview avec les auteurs.
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L'espion du Président

Bernard Squarcini a-t-il développé une police politique en France comme le soutient un livre choc ? Quels éléments tangibles ? Interview avec les auteurs.

C'est ce jeudi que sort le livre "L’espion du président" qui entend dénoncer "la police politique de Sarkozy" mise en place au sein de la DCRI, le "FBI français". L'un des trois auteurs du livre, Didier Hassoux, explique sa démarche et lâche quelques révélations.

Olivia Recasens - Christophe Labbé - Didier Hassoux

Olivia Recasens - Christophe Labbé - Didier Hassoux

Olivia Recasens et Christophe Labbé sont journalistes au Point.

Didier Hassoux au Canard enchaîné.

Ils ont coécrit tous les trois L'espion du Président (Robert Laffont, 2012)

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L’espion du président, le livre des journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, sort ce jeudi. Ce fameux « espion », c’est Bernard Squarcini nommé par Nicolas Sarkozy à la tête de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), une sorte de « FBI français » créé le 28 juin 2008, qui regroupait les renseignements généraux (RG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST).

L’ouvrage entend montrer l'emprise de ce qu'il considère être « la police politique de Sarkozy », comme l’indique son bandeau de couverture. Mais cette ambition passe par une série de témoignages plus que par des éléments tangibles. Entretien avec l’un des auteurs, Didier Hassoux, pour expliquer sa démarche.

Atlantico : Racontez nous un peu votre livre : de quoi est-il question ? Que révèle-t-il ?

Didier Hassoux : On révèle essentiellement que les promesses de Nicolas Sarkozy n’ont pas été tenues : il avait promis qu’il mettrait fin à la police politique avec la fusion des RG et de la DST. Nous démontrons dans ce livre que le contraire s’est produit. Il a donné un budget de 40 millions avec des fonds secrets à 4000 fonctionnaires, dont 3500 policiers, et le secret défense qui empêche les magistrats ou les journalistes d’aller voir de plus près ce qui se passe. La police n’agit ici pas pour l’intérêt général mais au service de quelques uns.

C'est effectivement la thèse que vous développez mais votre livre est constitué pour l’essentiel de témoignages anonymes. Disposez-vous d’éléments tangibles pour appuyer votre propos et pour confirmer ces confidences faites sous le sceau du "secret"?

Nous avons effectivement plus d’une soixantaine de témoignages d’agents de la DCRI. Ne s'agit-il pas là déjà d'éléments tangibles ?

L’ouvrage correspond à plus d’un an d’enquête réalisée par trois journalistes. Nous avons vu nos sources plusieurs fois sans que les uns sachent que nous parlions aux autres.

Par ailleurs, nous racontons des histoires concrètes. Par exemple, que Richard Attias, le mari de l’ancienne compagne de Nicolas Sarkozy, a été pisté pour savoir s’il était un espion jordanien. On révèle également qu’avant que n’éclate l’affaire du Sofitel, les agents de la DCRI disposaient sur une clé USB des écoutes qui impliquaient Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Carlton.

Disposez-vous d’éléments précis autres que des témoignages pour l’affirmer ? Avez-vous eu accès à la clé USB que vous citez, par exemple ?

Nous avons des éléments tangibles. Je n’irai pas plus loin.

Au-delà de la condamnation morale que vous portez en quelque sorte sur la DCRI, pouvez vous affirmer que certaines de leurs pratiques tomberaient sous le coup de la loi ?

Nous portons un regard moral et démocratique. C’est à la justice de dire le droit. Je ne suis ni juge ni magistrat.

Nous avons fait un boulot d’investigation qui nous a pris du temps et de l’énergie. Si nous avons écrit ce livre, c’est pour dire que les citoyens doivent s’emparer de la question de la police, de la même façon que Nicolas Sarkozy l’a fait en 2007, en mettant la sécurité au cœur du débat. Nous considérons qu’aujourd’hui la police est privatisée et que le Parlement n’a pas les moyens de contrôler cette police là, comme jadis la cellule de l’Elysée de François Mitterrand opérait en dehors de tout contrôle, ou comme jadis le cabinet noir de Jacques Chirac procédait.

Justement, le système que vous dénoncez est-il vraiment nouveau ? Et s’il l’est, de quelle façon ?

Il est nouveau dans le sens où il fonctionne de façon industrielle. Auparavant, c’était « artisanal » : il s’agissait de quelques personnes qui se réunissaient pour monter des coups.

Désormais, l’organisation même de la DCRI fait que c’est industriel. On ne sait pas d’un bureau à l’autre ce que fait le bureau d’à côté : certains membres de la DCRI risquent ainsi être surpris car ils découvriront dans le livre ce que fait le bureau à côté du leur !

Pour répondre concrètement à votre question, malheureusement, il n’y a rien de nouveau. Ca a juste empiré. Et ça ne fait que trop durer.

Si ce système perdure, c'est notamment parce que les policiers savent se rendre indispensables. Dans notre livre, nous citons une phrase de Bernard Squarcini : « j’ai servi à gauche, j’ai servi à droite, j’ai resservi à gauche, et j’ai été témoin de beaucoup de choses ». C’est un aveu extraordinaire : on a le sentiment que le chef du service de renseignements français a su se rendre indispensable pour pouvoir finalement maitriser l’appareil politique. Et on a l’impression que les hommes politiques, de gauche comme de droite, sont bien contents de l’avoir.

Comment définiriez-vous Bernard Squarcini dont le surnom est tout de même « le squale » ?

C’est un squale qui nage en eaux troubles. C’est quelqu’un qui est féru de renseignements depuis une trentaine d’années, qui a su naviguer dans toutes les époques, qui entretient des relations dangereuses avec une partie du milieu corse et qui est professionnel. C’est aussi un très bon policier des renseignements.

Pour que vous cerniez mieux le personnage, je peux vous citer une phrase qui n’est sortie nulle part et qui ne figure même pas dans le livre : le 17 octobre 2011, dans son procès verbal d’audition, il a indiqué aux juges Sylvia Zimmermann et Alain Nguyen The : « Exerçant mon activité au sein du service de renseignements depuis plus de trente ans, je sais à peu près qui donne quoi aux journalistes ». Vous me demandiez tout à l’heure des éléments tangibles : en voici un.

N’y a-t-il pas une contradiction dans le livre ? Vous présentez la DCRI comme une officine toute puissante tout en décrivant ses membres comme des amateurs capables de rassembler des renseignements mais manquant de matière grise pour les analyser… Sont-ils puissants ou amateurs ?

Ils sont tout puissants, mais parfois ils font des erreurs. Ce n’est pas contradictoire. C’est justement cette toute puissance qui les aveugle. Ils ont le sentiment d’être protégés. L’histoire des fadettes du Monde est révélatrice de cela. Ils n’auraient jamais dû procéder ainsi.

Votre livre sort aujourd’hui, mais avez-vous déjà eu des retours ? La dernière phrase de votre avant-propos est une citation de Bernard Squarcini à votre encontre : « Fais ton bouquin. S’il est bon, je te paie un coup à boire, sinon, je te pète le nez… ». Alors, on vous a plutôt offert à boire ou pété le nez ?

On a eu des retours. Je ne dis pas que nous avons eu des retours de Bernard Squarcini personnellement, mais nous avons eu des retours de la « maison ». Je ne peux pas vous en dire plus…

***

Lire des extraits du livre :

TTU : les demandes très très urgentes venues de l'Elysée auprès de la DCRI (extraits de L'espion du président)

Bernard Squarcini et ses amis Guérini (extraits de L'espion du président)

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