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Pendant 24 ans, Elba Esther Gordillo a dirigé le Syndicat national des travailleurs de l'Education (SNTE).
Pendant 24 ans, Elba Esther Gordillo a dirigé le Syndicat national des travailleurs de l'Education (SNTE).
©Reuters

Magouilles et compagnie

Erreur sur l'info : l'actu clé de la semaine en Amérique latine n'était pas la mort de Chavez

Elba Esther Gordillo, la dirigeante de l'un des syndicats les plus puissants d'Amérique latine, a été arrêtée fin février pour avoir détourné 150 millions d'euros. Comme Chavez, elle n'a jamais utilisé son pouvoir pour aider ses concitoyens et son pays à sortir de la pauvreté.

Cette semaine, l'Amérique latine a perdu deux de ses leaders. Hugo Chavez, bien sûr (le président du Venezuela qui a succombé mardi à un cancer à l'âge de 58 ans), mais aussi Elba Esther Gordillo. Moins connue du grand public, l'ex-dirigeante du puissant syndicat mexicain des enseignants a été arrêtée le 26 février pour avoir détourné 150 millions d'euros des caisses de son organisation. Surnommée "La Maestra" ("la maîtresse), Gordillo était considérée comme la femme la plus puissante du Mexique, rappelle le site Métro. Depuis 24 ans, elle dirigeait le Syndicat national des travailleurs de l'Education (SNTE), qui compte 1,4 million d'adhérents. L'argent détourné aurait servi à financer les opérations de chirurgie esthétique de "La Maestra" et l'achat de deux villas qu'elle possède en Californie, d'œuvres d'art et de vêtements de haute couture, détaille le Guardian.

Cette arrestation marquera-t-elle le début d'un vaste coup de balai dans les administrations corrompues d'Amérique latine ? Comme le souligne Manuel Hinds sur le site Quartz, Chavez et Gordillo n'ont jamais utilisé leur pouvoir pour aider leurs administrés. "Pendant 14 ans, Chavez a dépensé des sommes folles provenant de l'argent public pour construire son leadership international et asseoir son image de macho farouchement opposé aux Etats-Unis, au capitalisme et à la démocratie libérale", estime Manuel Hinds. "Pendant 17 ans, poursuit-il, "La Maestra" s'est opposée à toutes les tentatives visant à moderniser le système éducatif mexicain ou à améliorer les compétences des enseignants." Comment ces deux personnalités sont-elles parvenues à obtenir autant de pouvoir ?

Chavez était fasciné par la modernité. Au point d'appeler son mouvement "le socialisme du XXIe siècle". En réalité, il s'est juste inscrit dans la très longue lignée des "caudillos" populistes qui ont gouverné les pays d’Amérique latine depuis qu'ils ont obtenu leur indépendance. Et comme ces prédécesseurs, "il ne tenait pas son pouvoir et sa popularité de politiques économiques et sociales réussies, mais de son autorité établie sur un vaste réseau de patronage" financé grâce aux recettes pétrolières du pays, affirme Manuel Hinds.

Ces dernières années, le Venezuela a subi les pires taux d'inflation d'Amérique latine (environ 30%, contre 2% ou 3% pour les autres pays de la région), de sévères pénuries, et d'un manque de devises nécessaires pour les importations. Chavez a détournée la plupart des recettes pétrolières des secteurs d'activités qui auraient permis de développer le pays. Il a préféré enrichir ses partisans plutôt que d'investir pour le bien de la population dans son ensemble.

Gordillo s'est comportée exactement de la même manière, en jouant sur cette "économie de pénurie". Elle contrôlait la répartition des postes et les affectait à telle ou telle personne, en signe de bienveillance ou plus généralement en échange de faveurs économiques ou politiques. En un sens, elle, Chavez et tous les autres "caudillos" d'Amérique latine ont contribué à faire de la corruption une norme. A faire des droits et des libertés individuelles les privilèges des quelques-uns. Pour Manuel Hinds, la région n'est pas sous-développée parce qu'elle est dirigée par ce type de personne : elle subit ce type de leadership précisément parce qu'elle est sous-développée. Pour cette raison, il y a fort à parier pour que l'arrestation de Gordillo (un "coup de maître", comme le titrait mardi le quotidien Reforma) ne soit malheureusement pas le signal d'une action durable contre la corruption.

La personnalité du "caudillo" fait pour ainsi dire désormais partie de l'ADN politique de l'Amérique latine. Le clientélisme détermine depuis des siècles le chemin que prend l'économie latino-américaine. Une triste symbiose qui a empêché l'éclosion d'un ordre social fondé sur des institutions honnêtes. A l'époque coloniale, il n'existait que trois façons de devenir riche : les mines, les plantations, le commerce. Chacun de ces secteurs supposait une autorisation explicite du souverain. L'idée que la richesse découle de l'Etat est ainsi devenue naturelle pour les latino-américains, qu'ils soient riches ou pauvres.

M.S.

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