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Les grands discours et les professions de foi, c’est terminé.
Les grands discours et les professions de foi, c’est terminé.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

En voulant récupérer les fortunes expatriées, Poutine durcit le bras de fer économique avec l’Occident

Les grands discours et les professions de foi, c’est terminé. Vladimir Poutine va passer à l’acte en récupérant l’argent expatrié à l’étranger par ses amis oligarques, rentiers et chefs d’entreprises.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Jusqu’alors, il menaçait ses amis malins qui avaient expatrié leur fortune en France ou en Grande-Bretagne mais depuis mercredi soir, une loi autorise l’État russe à réclamer cet argent. Cette disposition va autoriser le fisc russe à imposer fiscalement les capitaux qui avaient fui sous des cieux plus cléments.

Il peut s’agir des bénéfices de sociétés filiales à l’étranger, qui ont déjà payé l’impôt dans le pays d’accueil, ou bien d’investissements immobiliers à Courchevel, Saint-Tropez ou Deauville, sans parler des investissements à Londres dans des hôtels, des immeubles commerciaux et les clubs de foot.

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Sont également visés, les capitaux et les revenus détenus ou reçus par des citoyens russes et placés à l’ile de Man, Chypre etc. Autre facette de cet arsenal juridique, l’imposition des étrangers installés à Moscou ou ailleurs en Russie avec des entreprises. Ils devront acquitter l’impôt en Russie.

Selon les estimations les plus sérieuses, les capitaux d’origine russe qui pourraient être raptriés représentent 86 milliards de dollars. De quoi, dans l’esprit de Poutine, compenser en partie la perte liée aux embargos occidentaux et aux flux d’investissements occidentaux qui a eu tendance à se tarir depuis quelques années.

D’une certaine façon, c’est de bonne guerre et Poutine ne fait rien d’autre que ce que les occidentaux ont vainement essayé de faire à l’encontre de tous ceux qui avaient dissimulé de l’argent en Suisse. Sauf qu’il a peu de moyens légaux pour obliger les oligarques à revenir au pays avec leur trésor. Ceux qui rentreront seront sans doutes des chefs d’entreprises et des patrons de filiales.

Beaucoup de Russes vont essayer de rester en occident avec leur magot à condition de ne plus avoir à voyager en Russie. Compliqué mais possible. Ils risquent quand même d’être embêtés par les agents russes payés à la commission pour rapatrier des fortunes. A ce moment-là tous les moyens seront bons.

Beaucoup de Russes qui avaient installé leur famille en France, dans le midi, à Paris ou sur la côte normande, et qui retournaient passer un weekend chez eux, vont sans doute devoir se calmer. Il y aura moins d’avions privés qui se poseront le vendredi soir sur l’aéroport de St Gatien-Deauville, de Toulon ou de Nice.

Cela dit, ils ne vendront pas leurs propriétés pour autant. Pour des tristes raisons de sécurité, beaucoup ont déjà déménagé sur Londres qui a la réputation de protéger mieux que d’autres les grandes fortunes. Cela dit, cette décision de Poutine répond aux mesures d’embargo et risque fort de gêner l’occident.

D’abord, parce que les investissements occidentaux en Russie sont désormais surimposés. Donc la porte est fermée. Ensuite, parce que l’immobilier de luxe en Europe va voir ses prix baisser. Si les Russes installés ne vendent pas, ils vont cesser d’acheter. Enfin, les occidentaux profitaient à plein du recyclage des capitaux gaziers de la Russie. Exactement comme on profite des capitaux du golfe. C’est une manne qui va se tarir.

Poutine souffre économiquement des mesures de restriction prises, mais l’Europe aussi. La question maintenant va être de lever cet embargo. Il faut savoir arrêter une grève disait Jaurès. Il va falloir apprendre à arrêter un bras de fer économique. La façon dont l’occident a traité Poutine en Australie le weekend dernier, et notamment la façon dont la France a fait monter la température, ne va pas arranger les affaires des uns et des autres. Pour quels bénéfices ? Pour aucun bénéfice. A ce jeu tout le monde est perdant. 

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