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©LOIC VENANCE / POOL / AFP

"Guerre" contre le virus ?

Emmanuel Macron, victime d’impuissance ?

Malgré sa colère contre la lenteur de la stratégie vaccinale, la gestion de la crise sanitaire pèse sur les choix politiques d'Emmanuel Macron. William Thay et Emeric Guisset reviennent sur les failles de l'action du chef de l'Etat.

William Thay

William Thay

William Thay, est Président du Millénaire, think tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation idéologique de la droite.
 
Voir la bio »Emeric  Guisset

Emeric Guisset

Emeric Guisset est secrétaire général adjoint du think-tank Le Millénaire.

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Le démarrage poussif de la stratégie vaccinale marque le déclassement de la France, en retard par rapport à nos voisins européens. Dans cette crise sanitaire, la France, l’homme malade de l’Europe, semble frappé par l’impuissance de son appareil administratif incapable de répondre aux besoins de la population. Alors qu’Emmanuel Macron souhaitait être le maître des horloges, il ne semble plus maîtriser son temps et l’action de l’État. Il parle davantage qu’il n’agit, ce qui pourrait compliquer les projets d’Emmanuel Macron pour la prochaine élection présidentielle alors qu’Amélie de Montchalin a récemment déclaré que “les Français n’en peuvent plus de promesses, mais veulent des résultats”. 

Le maître des horloges n’est plus

Le Gouvernement n’arrive pas à adopter une stratégie claire, avec un changement constant de stratégie sanitaire depuis le 11 mai 2020, date du déconfinement. Pourtant, le Gouvernement avait plutôt appréhendé la première vague, même s’il y a eu plusieurs erreurs notamment au début de la crise sanitaire avec les déclarations contradictoires d’Agnès Buzyn ou sur les masques par exemple. Depuis, Jean Castex, l’homme du déconfinement devenu chef du Gouvernement, n’arrive pas à la fois à présenter un cap et à apporter une lisibilité aux Français avec des mesures qui ne sont pas à la fois dans le bon timing et pas adapté à la situation (trop légères ou trop restrictives). Cela a notamment conduit à provoquer le mécontentement à la fois des Français favorables au vaccin qui voulaient le faire au plus vite et les plus sceptiques. 

L’autoproclamé maître des horloges, gouverne désormais presque seul uniquement assisté d’un conseil de défense opaque et de la bureaucratie, n'apparaît plus en connexion avec  les préoccupations quotidiennes des Français. Cette situation a conduit à l’adoption de décisions absurdes comme l’arrêt des remontées mécaniques dans les stations de ski et l’annonce de mesures restrictives et dissuasives pour ceux qui souhaitaient skier à l’étranger. En effet, Emmanuel Macron s’est isolé progressivement au cours de cette crise sanitaire en ne rencontrant pas de contre-pouvoir puisque le Parlement a été remplacé par des conférences de presse ou des tirages au sort. Le président de la République n’est ainsi entouré et conseillé que par des gens qui ne pensent que comme lui, et qui ne représentent pas la totalité des aspirations citoyennes.   

Macron perd le contrôle du destin

Emmanuel Macron par l’expression de sa dernière colère sur le retard sur la campagne de vaccination a démontré une forme d’impuissance qui pourrait lui être fatale. En effet, cette dernière colère présidentielle ne lui permet pas de se défausser de sa responsabilité, tout en démontrant qu’il ne maîtrisait pas pleinement la conduite des affaires de l’État. Sur la responsabilité, le régime de Vème République confère au président de la République les pouvoirs constitutionnels les plus importants de l’ensemble des régimes démocratiques. Ainsi, il paraît difficile pour Emmanuel Macron de s’exonérer de sa responsabilité au risque d’alimenter une culture de l’irresponsabilité. 

Emmanuel Macron apparaît ainsi davantage comme un président qui subit les événements plutôt qui reprend le contrôle. Le sentiment d’impuissance s’accentue ainsi sur le chef d’un État incapable par exemple d’organiser la campagne de vaccination sans le concours d’un cabinet étranger de conseil en stratégie ou encore d’arrêter une rave party. Il semble ainsi incapable de reprendre notre destin en main et répondre à une préoccupation majeure « reprendre le contrôle ». Ce sentiment d’impuissance se renforce d’autant plus qu’il a lui-même analysé ce souhait des Français récemment dans une interview pour l’Express. Le président de la République prend ainsi le risque de se « hollandiser », c’est-à-dire qu’il ne serait davantage qu’un bon commentateur qu’un homme d’action efficace. 

L’impuissance fatale à Macron comme à Jospin ?

Le président sortant pourrait subir le même sort que Lionel Jospin en 2002, en apparaissant comme un chef ne maitrisant pas le cours des événements. Il y a près de 20 ans, l’impuissance de l’État révélée par l’ancien Premier ministre notamment en matière de chômage lui avait été fatale malgré ses bons chiffres économiques. Avant l’arrivée de la crise économique et sociale découlant de la crise sanitaire, l’appareil d’État apparaît ainsi impuissant sur le maintien de l’ordre et sur la réponse du système de santé. Emmanuel Macron doit faire face à un paradoxe puisque la tradition jacobine conduit les Français à avoir une certaine attente envers un État central qui a pourtant révélé ses faiblesses durant cette crise sanitaire. Alors que les dépenses publiques augmentent au même titre que la dette, la bureaucratie ne parvient pas à répondre aux problématiques malgré un afflux important d’argent public. 

Il existe ainsi deux grandes options pour Emmanuel Macron pour sortir de ce sentiment d’impuissance : soit il arrive à reprendre le contrôle du destin national, soit il continue à trouver des boucs émissaires comme l’état profond pour y apporter des réformes. Ces deux options possèdent malheureusement pour le président des défauts. Avec la première option, il serait en contradiction avec une partie de son corpus politique notamment sur des concepts comme la maîtrise des frontières ou encore la souveraineté nationale. Il devrait ainsi bousculer son idéologie pour en adopter une similaire à celle de Boris Johnson et Donald Trump qu’il n’a cessé de dénoncer. Sur la seconde option, le temps lui manque désormais pour mener une action d’ampleur d’autant qu’il incarne la bureaucratie française. De plus, il a délaissé la réforme de haute fonction publique, l’application du spoil system au début de son mandat et sa réforme Action publique 2022 est au point mort.    

Emmanuel Macron est ainsi à la croisée des chemins entre renier son identité politique ou se renier lui-même. Si sa situation gouvernementale se complique, il bénéficie néanmoins d’une situation politique favorable. En effet, il n’existe pas actuellement une alternance crédible capable de porter pour l’une ou l’autre solution. En 2022, Emmanuel Macron peut espérer incarner le choix par défaut, faute de vaincre l’impuissance. 

William Thay, président du think-tank Le Millénaire, spécialisé en politiques publiques et portant un projet gaulliste et réformateur au service de la grandeur de la France. 

Emeric Guisset, secrétaire général adjoint du think-tank Le Millénaire

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