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Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une réunion en visioconférence de Choose France depuis l'Elysée à Paris le 25 janvier 2021.
Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors d'une réunion en visioconférence de Choose France depuis l'Elysée à Paris le 25 janvier 2021.
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Choose France

Emmanuel Macron tente de séduire les investisseurs étrangers mais quel bilan a-t-il pour les entrepreneurs français ?

Emmanuel Macron a reçu une centaine de PDG de multinationales étrangères pour la quatrième édition du sommet « Choose France », à Versailles. Cet événement doit permettre de renforcer l'attractivité de la France auprès des investisseurs étrangers. Emmanuel Macron en fait-il assez, en parallèle, pour les entrepreneurs français ?

Nicolas Marques

Nicolas Marques

est directeur de l'Institut économique Molinari

Docteur en économie (Université d’Aix-Marseille) et diplômé en gestion (EM Lyon), il a débuté sa carrière en enseignant l’économie, avant d’exercer des responsabilités marketing et commerciales dans de grands groupes de gestion d’actifs français.

Chercheur associé depuis la création de l’IEM, en 2003, il est devenu Directeur général de l’institut en 2019. Il est l’auteur de plusieurs travaux sur les enjeux fiscaux, les finances publiques, la protection sociale ou la contribution des entreprises et membre de la Société du Mont Pèlerin.

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Atlantico : Emmanuel Macron accueille les investisseurs étrangers à Versailles dans le cadre de Choose France pour les convaincre de venir s’installer dans l’Hexagone. S’il dresse le tapis rouge aux étrangers, le président et son gouvernement en font-ils suffisamment pour les entrepreneurs français ? Quel est le bilan du quinquennat en la matière ?

Nicolas Marques : Je pense que les réalisations ne sont pas à la hauteur des enjeux. Nous arrivons toujours à attirer des investissements étrangers, et il faut s’en réjouir, mais cela n’efface pas les tendances inverses à l’œuvre. L’enjeu est toujours d’arrêter de pousser la création de richesse hors de l’Hexagone.

Les entreprises de toutes tailles ont du mal à se développer en France. Alors que la France réalisait 16 % de la production de l’Union européenne à 28 en 1995, elle ne représentait plus que 14 % en 2019. La rentabilité hexagonale, trop faible, est en baisse. Alors que nous représentions 13 % des excédents d’exploitation de l’UE en 1995, nous n’en réalisions plus que 11 % en 2019. C’est la marque de fiscalités et de réglementations excessives.

Même nos plus grandes multinationales sont à la peine, comme l’illustre les travaux récents de France Stratégie. Pour se développer, elles s’expatrient. Depuis le milieu des années 2000, les entreprises françaises se sont fortement engagées dans des investissements en dehors du territoire. Le stock d’investissements français à l’étranger présentait 57 % du PIB en 2019, contre 45 % en Allemagne, alors que nous étions au même niveau en 2000, aux alentours de 25 %. Bilan : la création d’emploi se fait ailleurs. Nos multinationales emploient 5,7 millions de salariés hors de France, devant l’Allemagne (5,5 millions) et le Royaume-Uni (3,6 millions). Cela représente 40 % de l’emploi salarié marchand hexagonal, hors finance et assurances, le double de l’Allemagne (21 %) ou du Royaume-Uni (19 %). L’internationalisation de nos entreprises est le triste reflet du déficit d’attractivité français.

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D’un point de vue social, ce déficit d’attractivité est coûteux. Le PIB par habitant progresse moins vite chez nous qu’ailleurs. En 25 ans, il est passé de la 13ème position mondiale à la 24ème position. Le travail reste rare ou moins attrayant qu’à l’étranger. Avant la pandémie de Covid-19, la France comptait entre 500 000 et 1 500 000 chômeurs de trop, selon qu’on la compare à la moyenne européenne ou à l’Allemagne. Plus de 360 000 résidents travaillent de l’autre côté de la frontière, alors qu’on dénombre à peine 10 000 habitants de pays limitrophes venant travailler dans l’Hexagone. En parallèle, la France compte 2,9 millions d’expatriés, un chiffre équivalent à celui des Etats-Unis, pourtant 5 fois plus peuplés.

Pourtant, tout une série de réalisations d’améliorations ont été faites, avec notamment une transformation du CICE en baisse pérenne de charges, la baisse de l’impôts sur les sociétés ou des impôts de production ?

Les baisses d’impôts ont le mérite d’exister, mais elles sont trop lentes et pas assez significatives. L’impôt sur les sociétés n’est toujours pas redescendu à 25% pour nos grandes entreprises. C’est une erreur, car cela freine leur développement et pénalise toute la société française. Depuis des siècles, on sait que l’impôt payé par les entreprises rejaillit sur les ménages, qu’ils soient consommateurs, salariés ou actionnaires.

De même, les baisses d’impôts de production restent trop anecdotiques. Ces impôts, héritiers de la fiscalité d’ancien régime, sont aussi arbitraires et contreproductifs que ne l’étaient les impôts sur les portes et fenêtres. Déconnectés des résultats des entreprises, ils sont particulièrement nocifs en période de crise. Ils fonctionnent comme une subvention aux délocalisations et importations, ce qui constitue une aberration dans un pays en proie à un chômage significatif. Nous avions fait le nécessaire pour les supprimer dans les années 1950, en créant la TVA à l’instigation de Maurice Lauré. Mais, par malheur, nous n’avons pas supprimé cette ancienne couche de fiscalité, tout en développant la nouvelle assise sur la valeur ajoutée. Nous avons ainsi provoqué une surmortalité dans les entreprises à marges faibles et obéré le potentiel de croissance de nos entreprises.

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Le Président a visiblement compris qu’il y a là un enjeu. Dans Président cambrioleur, la journaliste Corinne Lhaïk décrit un déjeuner début 2020 au cours duquel le Président de la République reconnaît l'ineptie de notre fiscalité de production, sans envisager de la baisser faute de marge de manœuvre budgétaire. Finalement, la crise liée à Covid-19 aura permis d'enclencher la dynamique, en réduisant la fiscalité de production de 10 milliards. Mais c’est très insuffisant. Nous avons entre 70 et 120 milliards d’impôts de production, selon que l’on tient compte ou pas des subventions de production destinées à compenser le caractère inepte de cette fiscalité. Pour revenir dans la moyenne européenne, il faudrait supprimer quatre fois plus d’impôts de production, ce que le gouvernement rechigne à faire en dépit de l’urgence.

Les autres réformes envisagées par l’exécutif pour la fin du quinquennat, avec notamment le recul de l’âge de la retraite, vont-elles dans le bon sens ? Suivent-elles les bonnes modalités ?

Là encore, elles ne sont pas à la hauteur des enjeux. Il faudra bien sûr travailler plus longtemps, pour rétablir l’équilibre financier des retraites par répartition. Cela passe par le recul de l’âge de la retraite et l’augmentation du nombre de trimestres travaillés. Mais le vrai enjeu structurel est ailleurs. Il est de mettre en place des capitalisations collectives pour tous les salariés du privé, en dupliquant ce qui existe dans le public avec l’Etablissement de retraite additionnel de la fonction publique (ERAFP). Ce fonds de pensions permet de financer des compléments retraite par capitalisation pour tous les fonctionnaires. La démarche est particulièrement économique pour le contribuable car les cotisations retraites, issues des impôts que nous payons, sont bonifiées par les dividendes et plus-values dégagées par les placements financiers. Il est fondamental de développer une démarche du même ordre pour tous les salariés du privé.

Capitaliser est une façon particulièrement économique de préparer les retraites. Au lieu de dépendre intégralement de prélèvements obligatoires, ce qui pénalise la compétitivité et l’emploi, capitaliser permet de réduire les prélèvements obligatoires, les marchés financiers étant mis à contribution pour financer la différence. Ce point clef semble n’être toujours pas intégré par le gouvernement, c’est regrettable.

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