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Macron-Trump, c’est un peu Lafayette chez George Washington. L’objectif, c’est de faire la paix (commerciale), quoi qu’en pensent les Anglais
©REUTERS/Ralph Orlowski

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Macron-Trump, c’est un peu Lafayette chez George Washington. L’objectif, c’est de faire la paix (commerciale), quoi qu’en pensent les Anglais

Donald Trump n’a pas manqué de finesse. Pour une fois. En ouvrant à Emmanuel Macron la maison historique de George Washington, il rappelle que la France n’a jamais été en guerre contre les Etats-Unis. Malin !

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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 « Vous, les Européens, vous êtes trop intellectuels et pas assez instinctifs ! » aurait dit George Washington à Lafayette qui venait bouter les Anglais hors du continent américain qu’ils considéraient comme leur terre de conquête... Et c’est vrai, il y avait une dimension romantique dans le jeu de ce marquis révolutionnaire qui n‘avait pas 20 ans. Et pourtant, le marquis de Lafayette a réussi à consolider l’indépendance américaine. Même si l’histoire n’a pas retenu qu‘à ses côtés il y avait Beaumarchais, le dramaturge à succès, qui était également marchand d’armes et homme d’affaires hors du commun. Lui aussi a largement contribué au succès de l’opération. 

Pour les Américains, Emmanuel Macron est un mixte entre Lafayette et Beaumarchais. La jeunesse d’un côté, le pragmatisme de l’autre. Les idées et les affaires. 

Le Président français et le locataire de la Maison Blanche ont lié une relation forte pour deux raisons. D’abord, pour restaurer la relation historique entre les Etats-Unis et la France qu’on a trop souvent tendance à oublier dans les livres d’école. Ensuite, pour convaincre Donald Trump que la guerre commerciale est meurtrière pour tout le monde et que l’intérêt des Américains est de consolider les liens avec l’Europe. Pour restaurer cette relation, la France est sans doute le meilleur agent. Les Américains ont compris que depuis le Brexit, la Grande-Bretagne retombait dans son ADN de faire cavalier seul. Alors que la France n‘a jamais fait la guerre avec l’Amérique, à qui elle a vendu les idées de la révolution. La France de Macron joue en plus avec les pays de la zone Euro, dont l’Allemagne. 

Comme Lafayette, Emmanuel Macron va mener une double opération. D’abord, convaincre Trump de revenir au multilatéralisme et par conséquent, abandonner son idée de droits de douane. Ce faisant, il vient épauler Angela Merkel, dans la mesure où l’industrie allemande est la première économie européenne ciblée par Trump. Résultat, si la bonne entente entre Trump et Macron permet d’oublier les sanctions commerciales, c’est l’Allemagne qui en profitera et qui pourra se souvenir que la solidarité européenne peut exister. 

La clef du voyage, c’est que Trump semble se souvenir qu’il est le lointain successeur de George Washington et que ça lui donne (enfin) une responsabilité, à commencer par ouvrir sa maison au président français.   

George Washington est né en 1732 en Virginie, ancienne colonie anglaise et un des treize premiers Etats américains. Il est resté l’acteur incontestable de l’indépendance et de la création des Etats-Unis, il est considéré comme un éclaireur, un père fondateur de la nation américaine. 

Sa famille faisait partie de celles qui ont été les premières à s’implanter sur le sol américain. Ceux qui ont fait ce Nouveau Monde, qui ont su traverser l’Atlantique à un moment donné pour recommencer une nouvelle vie sur place. Alors bien sûr, au début, dans les années 1700, ces pionniers étaient des sujets britanniques, des colons. Mais ils ont tout reconstruit. 

George Washington a eu deux carrières, la première militaire, la seconde, politique où il est devenu le premier Président américain. Sans compter la reprise de l’exploitation de son père, qui était planteur de tabac et qui gérait une distillerie de whisky à ces heures perdues. 

Tout ça pour que 121 villes, 9 universités, un Etat et la capitale fédérale portent son nom! Tout cela pour qu’il se retrouve en effigie sur le billet d’un dollar, celui que s’échangent des millions d’américains chaque jour. Quelle vie ! Et que d’hommages ! Mais quel personnage aussi. 

A l’origine, si George Washington est entré dans l’armée, c’était pour explorer cette contrée américaine qui le fascinait. Mais quand la guerre est arrivée et qu’il commence à combattre les anglais pour se libérer de ce joug britannique : la monarchie, les colonies. Et surtout gagner la liberté de faire du commerce parce que Londres imposait fortement les importations de biens de consommation. Alors que le commerce a toujours été la raison d’être des colons américains. 

Quand, en 1775, les Américains décident de créer leur notre propre monnaie et de lever une armée, dont Washington prendra la tête, cette révolte va susciter beaucoup d’admiration de la part des étrangers. Et notamment des Français, qui ont mûri toutes les idées de la révolution. D’où l’expédition de la frégate l’Hermione en 1780 où des Français vont venir combattre au côté de George Washington sous la direction du Marquis de Lafayette. Mais cette guerre d’indépendance a été longue, huit années en tout, jusqu’en 1783.

C’est à ce moment là que George Washington, habité par une vision politique, va construire une nation nouvelle. Une Amérique des lumières, ouverte et libre, à l’opposé de cette Angleterre vieille et puritaine. 

Chose impensable aujourd’hui : George Washington a été élu Président à l’unanimité. Et il a intégré dans son équipe des Secrétaires d’Etat de tous rangs, à la fois des défenseurs des milieux d’affaires et du conservatisme anglais, et les plus progressistes et démocrates, qui sont finalement devenus les deux grands partis de la vie politique actuelle : les Républicains et les Démocrates.

George Washington avait imaginé une vraie fédération d’Etats, capables chacun d’eux de s’autogérer, avec un Président ne s’occupant que des affaires qui ne peuvent se régler à l’échelon inférieur. Il laissera à Thomas Jefferson le privilège de signer la Déclaration d’indépendance du 4 juillet, même s’il se gardera la Constitution de 1787. Deux ans avant la prise de la Bastille dont Lafayette lui apportera une des clefs toujours conservée dans la maison du Mount Vernon. Il a tout lu et tout digéré : Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Diderot. Les vrais pères de l’Amérique. 

C’est Valéry Giscard d’Estaing qui avait déclaré que l’Europe avait besoin de « rechercher et inventer son George Washington », Giscard n’a jamais pu visiter la maison historique.

Ce qui est intéressant dans la rencontre Trump-Macron, c’est que les deux ont beaucoup de leçons à recevoir de George Washington. Si son fantôme pouvait leur parler, il démontrerait certainement à la délégation française la difficulté et la grandeur de construire un Etat fédéral en insistant bien sur le fait que l’Etat fédéral n’a jamais été étouffé par les identités nationales. Il pourrait rappeler à son successeur à la Maison blanche que le protectionnisme est mortifère et que la grandeur américaine s’est construite sur la liberté du commerce. 

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