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Coptes d'Égypte :
de l'impensable à l'indicible
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Zone franche

Coptes d'Égypte : de l'impensable à l'indicible

Des émeutiers attaquent les lieux de culte et les fidèles d'une minorité sur la base d'une rumeur ? C'est un pogrom, pas un « affrontement interconfessionnel ».

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Curieuse, cette façon de qualifier « d’affrontements interconfessionnels » les attaques sanglantes d’églises coptes, samedi au Caire. Je ne sais pas ce qu’on écrivait de la dévastation régulière de villages juifs par la foule orthodoxe à la fin du 19e siècle, mais je suppose que la presse française n'évoquait pas « l’incapacité de deux communautés russes à coexister harmonieusement ».

Enfin, peut-être pour une partie d'entre elle mais là n’est pas la question…

A l’époque des pogroms, la colère populaire s’adossait généralement à la disparition d’un bébé chrétien dont les affreux déicides auraient été aperçus se gorgeant du sang pendant le shabbat. On pouvait aussi, à l'occasion, les accuser d’être des bolchéviques à la solde de l’étranger, mais la révolution de 1917 allait sérieusement démoder l’argument.

Au Caire, c’est une sombre histoire de chrétiennes empêchées de se convertir à l’islam qui a mis le feu au poudre ce weekend (deux églises incendiées, douze morts, deux cents blessés). Les attaques d’églises et les émeutes antichrétiennes sont de toute manière en passe de devenir un sport national en Egypte, les coptes (8 à 10% de la population) y étant fréquemment accusés d’être des agents du sionisme ou de l’impérialisme US.

Enfermante dialectique gaucho-facho

Pour autant, qu’est-ce qui empêche la presse française de qualifier de pogrom, en 2011, les agressions répétées des minorités chrétiennes dans un certain nombre de pays musulmans ? Qu’est-ce qui empêche nos journaux de simplement nommer un processus dont on voit bien qu’il mène à l’élimination pure et simple de ces communautés par émigration ?

Sans doute le binarisme d’un débat local tellement bloqué, tellement miné par cette grotesque dialectique « gaucho-facho » que toute prise de position échappant au discours standard d’un camp est fatalement assimilée à l’autre. Un peu comme si, en toutes choses, le journaliste se devait d’être, soit plénélien s’il a choisi d’être un gentil intégral, soit zemmourien s’il a décidé d’être un méchant absolu.

Dénoncer clairement, sans l’euphémiser à coups de « violences interconfessionnelles », le sort fait aux chrétiens du monde arabe, ce n’est  pourtant pas, pour aller vite, être partisan de quotas ethniques dans le football ! Ce n’est même pas stigmatiser les musulmans de France, qu’il faudrait être un « huntingtonien » de compétition pour imaginer qu’ils soient solidaires des émeutiers salafistes égyptiens !

Ce weekend au Caire, c’est bien d’un pogrom qu’il s’est agit. Pas d’un affrontement entre fanatiques religieux à renvoyer dos-à-dos parce que c'est plus simple. Quitte à ne rien faire, l'entériner serait le minimum.

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