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L'Insee a enregistré une hausse de 44.000 décès en 2021 par rapport à 2019, liée à la pandémie de Covid-19.
L'Insee a enregistré une hausse de 44.000 décès en 2021 par rapport à 2019, liée à la pandémie de Covid-19.
©JODY AMIET / AFP

Impact de la pandémie

Effet Covid : La surmortalité enregistrée en 2020 et 2021 touche surtout des territoires et des populations défavorisées

657.000 personnes sont décédées en France en 2021. Les décès en 2021 comptent 44.000 personnes de plus qu'en 2019. Ces chiffres peuvent s'expliquer à cause de la pandémie de Covid-19 mais aussi à cause du vieillissement de la population.

Sylvie Le Minez

Sylvie Le Minez

Sylvie Le Minez est cheffe de l'unité des études démographiques et sociale à l'INSEE.

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Atlantico : Vous enregistrez 44000 décès de plus en 2021 par rapport à 2019. Le nombre de décès a toutefois été inférieur de 12.000 à celui enregistré en 2020. Qu’est-ce qui a changé dans cette deuxième année de Covid ? Le profil des personnes décédées est-il le même ? 

Sylvie Le Minez : Entre 2020 et 2021, selon nos premières analyses, on ne remarque pas de différences majeures en termes de profils de personnes décédées. Nous avons cependant constaté lors de la troisième vague que si la surmortalité demeurait importante chez les personnes d’un certain âge, ce n’était plus le cas pour les plus âgés, comme les plus de 95 ans. On peut donc sans doute constater ce que les démographes appellent un effet de moisson. C'est-à-dire que les personnes les plus fragiles sont déjà décédées et elles ne sont donc plus affectées par les nouvelles vagues. On peut avoir une petite présomption de cet effet quand on regarde la surmortalité des personnes de plus de 95 ans par rapport aux décès qu’on aurait pu attendre. S’il y avait une surmortalité très nette lors des deux premières vagues, ce n’était plus le cas par la suite. Mais, la vaccination pourrait aussi expliquer cette baisse, ainsi qu’une éventuelle meilleure prise en charge à l’hôpital et des variants moins agressifs. 

Si nous n’avons pas encore fait l’analyse sur l’ensemble de l’année 2021, on peut faire émerger des résultats globaux. Il y a clairement une surmortalité pour les personnes âgées, une mortalité un peu plus importante pour les hommes que les femmes et bien évidemment une mortalité plus nette dans les régions les plus touchées par la Covid, comme l’est de la France ou les zones densément peuplées comme la région parisienne. Enfin, on a pu observer une augmentation des décès beaucoup plus importante pour les personnes nées à l’étranger, notamment en Afrique ou en Asie, particulièrement forte lors de la première vague, ce qui peut largement s’expliquer par leurs conditions d’activité professionnelle et de vie.

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A-t-on un profil sociodémographique des gens victimes de cette surmortalité ? Observe-t-on des disparités par territoires ?

L’Insee travaille à partir des bulletins d’état civil. Ils contiennent des informations comme le sexe, l’âge ou le pays de naissance. On peut donc dresser un portrait de la surmortalité à partir de ces variables. Pour reprendre l’exemple des personnes nées à l’étranger, des informations auxiliaires, issues notamment des recensements de la population, peuvent aider à comprendre pour leur surmortalité a été aussi forte. Elles exerçaient un peu plus souvent que le reste de la population des métiers dits « essentiels » lors de la vague, à une époque nous n’utilisions pas encore les masques comme aujourd’hui. 

De manière générale, toutes les personnes qui prennent les transports en commun pour se rendre sur leur lieu de travail ou les personnes qui vivent dans des logements plus petits au regard du nombre d’habitants sont sans doute plus à risque que la moyenne. Enfin, le département de la Seine-Saint-Denis, le plus pauvre de France, a beaucoup plus souffert que les autres. On peut donc faire un lien certain entre les caractéristiques sociodémographiques des personnes et la surmortalité. 

Qu’en est-il de la mortalité chez les jeunes ? 

En 2020 et 2021, il y a eu une mortalité moindre sur les jeunes par rapport à 2019. On peut aussi l’expliquer par un moindre nombre de conduites à risque, en voiture notamment. La mortalité, des jeunes, notamment des jeunes hommes, a particulièrement diminué pendant le premier confinement de la population, au printemps 2020.

657.000 décès toutes causes confondues ont été enregistrés en 2021, selon les données arrêtées fin novembre. Ce qui représente encore une hausse de 7 % de la mortalité par rapport à l'année 2019 et 44.000 décès de plus. Quelle est la part de décès liés à une mort due au Covid directement ou indirectement ? 

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A l’Insee, on mesure au travers des bulletins de décès les morts toutes causes confondues. On remarque environ 44 000 décès de plus entre 2019 et 2021. La mortalité pour Covid est bien évidemment en augmentation, alors que d’autres facteurs de décès sont parfois en diminution. Avec les gestes barrières, les décès liés à d’autres maladies transmissibles ont pu baissé. Mais une partie des personnes décédées de la Covid seraient aussi décédées sans la pandémie. Difficile d’en dire plus pour l’Insee, qui n’a pas accès aux causes de décès dans les bulletins d’état civil. 

Nous avons publié une analyse début décembre dans notre ouvrage annuel France Portrait Social pour estimer le nombre de décès si le Covid n’avait pas existé. Avec le vieillissement des générations nombreuses nées pendant le baby boom, on se rend compte que depuis une dizaine d’années, le nombre de décès des personnes âgées augmente d’une année sur l’autre. À l’inverse, les risques de décéder diminuent de générations en générations, hors événements exceptionnels comme la pandémie de Covid. Nous avons donc estimé le nombre de décès attendus en 2020 et 2021, compte tenu du vieillissement de la population et de la baisse attendue des risques de décéder s’il n’y avait pas eu la pandémie. En faisant ce travail là, nous avons constaté qu’entre le 1er mars 2020 et le 31 décembre 2020, il y avait eu 56 000 décès de plus par rapport à ce que l’on aurait dû observer. Entre le 1er janvier 2021 et le 31 décembre de la même année, ce chiffre est redescendu à 35 000. 

Pour retrouver l'étude de l'Insee : cliquez ICI

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