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Du Sanhédrin de Napoléon à la Choura de Macron
©TOMMY CHENG / AFP

Laïcité

Du Sanhédrin de Napoléon à la Choura de Macron

Aram Mardirossian évoque dans cette tribune la laïcité, la République et l'islam.

Aram Mardirossian

Aram Mardirossian

Aram Mardirossian est professeur agrégé des facultés de droit à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il est également directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études et occupe la Chaire de Droits et institutions des chrétientés orientales.

 

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Napoléon Bonaparte est entré dans l’histoire par ses conquêtes éphémères, ses « masses de granit » couronnées par le Code civil, mais aussi parce qu’il a réussi à créer un véritable « judaïsme français ». Pour cela, l’empereur a ressuscité le Grand Sanhédrin, l’assemblée suprême du judaïsme antique comprenant 71 religieux et notables. Cette instance fut chargée en 1807 de répondre à douze questions relatives aux principales incompatibilités – pour certaines patentes – qui existaient entre le droit français et la loi juive. Adossées au principe « la loi du royaume a force de loi (pour les Juifs) » (dina de-malkutha dina), les décisions du Grand Sanhédrin adaptèrent – bon gré mal gré – les règles mosaïques à la législation française. Ainsi, un « concordat » fut conclu entre l’État et les citoyens juifs vivant en France. Plus de 200 ans après, la réussite de cet acte fondateur n’a que très rarement été démentie.

Aujourd’hui, la France attend le successeur de Napoléon afin de régler cette fois, la question brûlante des incompatibilités irréductibles qui existent entre l’islam – qui est tout autant foi (aqida) que loi (charia) – et la République laïque française. Rappelons que la laïcité ne s’impose dans l’Occident moderne qu’au prix d’une lutte féroce qui s’achève par sa victoire sur le christianisme. Quant à l’islam, à l’instar des autres religions, il est consubstantiellement antinomique avec le principe de laïcité – prolongement juridique de l’idéologie des droits de l’homme – qui a pour effet de les mutiler de leur volet normatif et temporel, pour ne laisser subsister que leur dimension spirituelle.

Or, plus encore que le judaïsme aujourd’hui, l’islam représente un système total et occulter sa partie légale et politique revient à gravement altérer cette religion. Que des musulmans puissent déclarer que le Coran passe avant les lois de la République est islamiquement cohérent. Comment admettre, en effet, qu’Allah, le Créateur, unique législateur, soit spolié de ses droits par sa créature et que la supériorité juridique de l’homme sur la femme et plus encore du croyant sur l’infidèle voulue par ce même Dieu soit annihilée ?Blâmables au regard des droits de l’homme qui sont une création occidentale, ces « inégalités paradigmatiques » sont complètement légitimes du point de vue de l’islam, car elles constituent une application impérative des principes fondamentaux de la charia.

Aujourd’hui, les diverses religions présentes en France se sont largement soumises à la laïcité. Seul, l’islam, « résiste » à travers une minorité significative de fidèles intégralistes qui mènent un combat virulent et pertinent par rapport à la lecture « totale » – et en fait la plus authentique – de leur religion. Dès lors, l’État français doit prendre les mesures nécessaires afin d’imposer strictement à ces musulmans intégralistes le régime de laïcité pour ne laisser subsister qu’un islam délesté de sa partie normative et ramené à sa dimension de foi. Ici, Emmanuel Macron pourrait s’inspirer du Sanhédrin napoléonien en suscitant une Choura – assemblée traditionnelle réunissant les autorités musulmanes – suffisamment représentative pour lui poser les mêmes questions, adaptées et actualisées, que celles qui avaient été soumises aux sanhédrites en 1807.

À l’issue de ce rapport de force – sachant que la minorité musulmane est composée aujourd’hui de millions de personnes alors que Napoléon n’avait face à lui que quelques dizaines de milliers de Juifs –, ou bien cette Choura acceptera d’avaliser un « islam de France » expurgé pour l’essentiel de sa dimension légale et politique ou bien, de façon publique et solennelle, les masques tomberont et chacun saura définitivement à quoi s’en tenir pour la suite…

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