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"L'addiction, c'est un diagnostic clinique, pas un crime ou un délit."
"L'addiction, c'est un diagnostic clinique, pas un crime ou un délit."
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Affaire DSK

DSK est-il un "sex addict" ?

DSK ? Un "obsédé sexuel" pour Bernard Debré, victime d'une "pathologie" pour Marine Le Pen. L'usage de mots relevant du domaine médical pour qualifier le Directeur général du FMI pose question. Pour la sexologue Catherine Solano, il convient de faire attention aux termes employés.

Catherine Solano

Catherine Solano

Catherine Solano est sexologue et andrologue.

Elle tient une consultation à l'hôpital Cochin et enseigne à l'université de Louvain-la-Neuve, en Belgique. 

Elle est l'auteur de Les trois cerveaux sexuels (Robert Laffont, 2010) et La mécanique sexuelle des hommes (Robert Laffont, 2011).

 

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Atlantico : Que pensez-vous des accusations d’”addiction sexuelle” exprimées à l’endroit de Dominique Strauss-Kahn ?

Catherine Solano : On ne peut pas parler d'accusation au sujet d'une addiction. L'addiction, c'est un diagnostic clinique, pas un crime ou un délit. D'autre part, avec la présomption d'innocence, on ne peut pas accuser qui que ce soit sans que la justice ait fait son travail.

Quant à l'addiction supposée, il est difficile de faire la part des choses et de démêler le vrai du faux. DSK est apparemment connu et réputé pour être un grand séducteur. Beaucoup lui prêtent des aventures et un succès auprès des femmes, ce qui n'est guère étonnant vu sa position sociale. Mais ces comportements ne signifient pas forcément qu’il souffre d’une addiction sexuelle.

S’agit-il d’un abus de langage en ce qui concerne DSK ?

Ce n’est pas un abus de langage. Appliquée au président du FMI, c'est une supposition faite par des personnes qui essayent de comprendre ce qui se passe sans savoir ce qu'il en est réellement. Ce n’est pas parce que l’on agresse quelqu’un que l’on souffre d’addiction sexuelle. Cela n’a rien à voir. La plupart des agresseurs ne souffrent pas d’addiction sexuelle.

Un "addict sexuel'" est une personne qui ressent un besoin irrépressible d’avoir des rapports sexuels. Elle ne cherche pas pour autant à agresser quelqu’un. Elle peut tout simplement chercher un ou une partenaire consentant. Beaucoup d’agresseurs sexuels ne sont ni de grands séducteurs ni des addicts, mais des personnes qui sont prises tout d’un coup de pulsions sexuelles pathologiques agressives ou perverses et qui ont envie de dominer ou de faire du mal.

Quel rôle le pouvoir joue-t-il dans l’addiction sexuelle ?

Je pense que cela a une influence au même titre que la pornographie sur Internet. Avant Internet, personne n’était addict à la pornographie sur le web, puisque cela n'existait pas. Quand vous êtes un homme puissant - pas forcément politique d’ailleurs, vous pouvez être un homme d’affaires, un acteur, ou un sportif célèbre - vous avez de nombreuses sollicitations sexuelles, donc des possibilités offertes. Si Valéry Giscard d’Estaing ou Jacques Chirac avaient été plombiers ou manutentionnaires, ils n’auraient pas eu autant de sollicitations. C’est un peu comme si vous aviez de la cocaïne à disposition, vous pourriez ainsi essayer un jour et risquer de devenir addict. Mais si vous n’en  avez pas dans votre environnement, vous ne courez aucun risque.

Les hommes très sollicités peuvent se laisser entraîner dans une addiction sexuelle. Cela dit, tout le monde dans le même contexte ne devient pas addict : de nombreux hommes politiques ne le sont pas et certains hommes plus anonymes courent, eux aussi, après les femmes. La différence est tout autant liée au tempérament de la personne qui se construit à partir de la génétique et de l'éducation donnée par ses parents. Quelqu’un qui s'est senti aimé par ses parents et qui n’a aucun doute sur la réalité de leur amour, aura beaucoup moins de risques de devenir addict sexuel. Parce qu'il est comblé affectivement et qu'il a le sentiment profond de sa propre valeur. Dans l’addiction sexuelle, vous cherchez à combler un manque affectif, à restaurer votre narcissisme : vous avez l’impression de ne pas être digne d’être aimé. Il s’agit donc d’une fuite en avant pour combler un vide existentiel.

Pour être plus précis, il existe plusieurs types d’addiction au sexe : il y a l’addiction aux rapports sexuels mais aussi l’addiction aux sites de rencontre, à la pornographie ou à la masturbation. Une personne qui joue les Don Juan, épanoui, bien dans sa peau et qui collectionne les aventures n’est pas un addict, en revanche, celui qui sent qu’il ne peut pas s’en empêcher, se refréner et que cela gêne, est un addict sexuel. On parle aussi d'addiction pour ceux qui enfreignent la loi par des comportements inappropriés ou condamnables sans pouvoir s'en empêcher malgré les risques qu'ils prennent en connaissance de cause. Ce phénomène a toujours existé.

D'autre part, je pense que toutes les addictions empruntent la même voie du plaisir sexuel : n’importe quelle drogue parasite les circuits du plaisir sexuel,  les réactions chimiques liées au plaisir sexuel étant alors stimulées.

Qu’est ce qui peut déclencher la pulsion, la perte de contrôle et transformer un addict sexuel en violeur potentiel ?

Il s’agit le plus souvent de personnes qui vivent une période d’angoisse, de pression ou de stress. Pour eux, c’est une manière instinctive de faire baisser la pression insoutenable afin de se sentir mieux. On peut dire qu'ils craquent sous l'effet de cette pression.

Un véritable addict qui se fait prendre en est malade. Il se dit : “mais comment cela se fait-il que je n’ai pas pu m’en empêcher ? Je me rendais compte que je pouvais déraper, mais comment en suis-je arrivé là ?" Face à une véritable addiction, il n’existe aucun moyen de contrôle, c'est la particularité même de l'addiction que de ne pas pouvoir être contrôlable. L’objectif est de combler au plus vite, désespérément un vide ou un manque affectif. Et pour cela, le malade addict au sexe, doit faire un travail sur lui-même, un travail sur le changement en suivant une psychothérapie.

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