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François Hollande a été pris à son insu en photo avec Julie Gayet.
François Hollande a été pris à son insu en photo avec Julie Gayet.
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Enquête à l'Elysée

Derrière les photos volées de Hollande et Gayet, les tentatives de déstabilisation inédites d’un président au cœur même de l’Elysée

François Hollande n’est pas maître à l’Elysée. On le prend, à son insu, en photo avec Julie Gayet. Le fac-simile de son agenda personnel se retrouve dans la presse. La sécurité du Président laisse à désirer. Des risques d’espionnage ne sont pas à exclure. Le chef de l’État refuse de porter plainte. Incompréhensible…

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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  • Il y a peu, le magazine Voici publie une photo de François Hollande et de Julie Gayet prise à leur insu sur la terrasse du Palais de l’Elysée;
  • Le cliché provient probablement d’un portable appartenant à un membre du personnel privé du chef de l’ Etat;
  • Une plainte pénale de François Hollande aurait sans doute permis de connaître l’identité du "photographe" et de savoir ses véritables intentions;
  • Après plusieurs affaires semblables, une plainte aurait peut-être permis de savoir  si une ou plusieurs "taupes"  se baladent à l’Elysée et connaître leurs commanditaires.

 

Pourquoi le président de la République n’a-t-il pas porté plainte lorsqu’il a découvert il y a peu, dans Voici, sa photo ainsi que celle de Julie  Gayet, tous deux en train de discuter autour d’une table installée sur la terrasse de l’Elysée ? Pourquoi n’a-t-il pas agi de même lorsqu’il a découvert dans Le JDD du 16 mars dernier, le fac-simile de  son agenda personnel révélant un rendez-vous avec deux journalistes du Monde? Une divulgation qui n’est pas innocente : Fabrice Lhomme et Gérard Davet ont révélé quelques scoops mettant en cause Nicolas Sarkozy. Ces deux exemples montrent que travaillent à l’Elysée, parmi les membres affectés au service privé du chef de l’Etat, des gens de peu de confiance. Ils démontrent également que les règles visant à assurer sa sécurité laissent  à désirer… L’opinion en avait déjà eu la preuve avec cette photo publiée en janvier 2014, par Closer où l’on voyait un homme casqué - François Hollande - se rendant  dans un immeuble  au 20 rue du Cirque, à 300 mètres de l’Elysée… là où l’attendait Julie Gayet.

Insondable François Hollande. Dans l’affaire de la photo de Voici, il ne bronche pas. Tout au plus décide-t-il de muter les 5 personnes affectées à son service privé (celles qui veillent au bon ordre de ses appartements, lui servent repas et petits déjeuners et ont accès à l’agenda) vers celui de l’intendance. Or, sur ces 5 personnes, 4 ont été recrutées sous Nicolas Sarkozy, une sous Jacques Chirac… De là à penser que François Hollande pourrait être espionné  dans l’enceinte du Palais,  il n’y a qu’un pas que bon nombre de ses collaborateurs n’hésitent pas à franchir. Le principe est vieux comme… la politique : il est toujours intéressant de fouiller dans les secrets - petits, grands, intimes, de l’adversaire. Cela peut toujours servir. Encore que les confidences distillées par l’ex-première compagne  de France, Valérie Trierweiler ont - déjà - intéressé les adversaires de l’ancien premier secrétaire du PS. Dans le domaine du secret et de l’étanchéité, François Mitterrand, faut-il le rappeler, était un orfèvre, lui qui grâce au fidèle Christian Prouteau, le chef de la fameuse cellule élyséenne, a pu cacher à l’opinion, pendant des années, l’existence de sa fille Mazarine… Souvenons-nous, dans un ordre d’idées opposé, de la célèbre affaire Günter Guillaume, où l’on découvrit que le principal conseiller du chancelier allemand social-démocrate Willy Brandt était un agent de l’Est, après avoir été pendant la guerre, membre des jeunesses hitlériennes. Brandt sera contraint de démissionner en 1974.

L’avantage qu’aurait eu le Président  à porter plainte dans l’histoire de la photo de Voici était double (Pour l’agenda, les choses étaient plus compliquées, 20 personnes étant susceptibles de le consulter.) Il permettait l’ouverture d’une information judiciaire pour atteinte à la vie privée et à un juge d’instruction de mener des investigations qui auraient permis de connaître la vérité sur les conditions - et de savoir à quel moment exact - les clichés ont été pris. Et surtout, s’ils ont donné lieu à une transaction financière. La saisie des cinq portables, aurait vraisemblablement entraîné la découverte de l’identité de l’auteur des clichés. Ces mêmes portables auraient permis de savoir quels étaient les contacts (politiques, journalistes, photographes, le cas échéant) entretenus par ce cinq majeur. Une remarque tout de même : en l’absence de toute information judiciaire, il paraît tout de même bizarre, sinon invraisemblable que nos services – Direction générale de la sécurité intérieure - DGSI notamment – n’aient pas mené leurs propres investigations. L’enquête de la gendarmerie, qui a en charge la sécurité du Palais, aurait simplement permis de d’apprendre que la photo publiée par Voici a été prise par un – une ? – personne détenteur d’un portable, se trouvant dans les appartements privés de François Hollande.

Nicolas Sarkozy, président de la République, ne s’est pas privé, en 2008, de saisir la justice, lorsque par exemple, quelques petits malfrats avaient piraté son  compte bancaire à la Société Générale. A cette occasion, la justice découvrira que 150 employés de la banque s’étaient amusés, "par curiosité", à consulter le compte du président !  Dans l’affaire de la parodie de poupée Vaudou à son effigie, Sarkozy avait porté plainte contre le distributeur. En première instance, il avait été débouté. Mais en appel, en novembre 2008, le distributeur de la poupée sera condamné pour atteinte à la dignité de Nicolas Sarkozy. En rompant avec son prédécesseur, François Hollande dédaigne saisir la  justice. Il l’a dit lors de sa  conférence de presse du 14 janvier 2014. Jacques Chirac, visé par un attentat lors du défilé du 14 juillet 2002, n’avait pas jugé utile de se constituer partie civile. François Hollande suit en cela la jurisprudence Chirac, abandonnée par Sarkozy. Pourtant, il a parfaitement le droit de saisir la justice, même si selon la Constitution, il jouit d’un statut qui n’a rien à voir avec celui  d’un citoyen ordinaire. Ainsi, depuis la réforme constitutionnelle de juillet 2007, selon l’article 67 de la Constitution "[Le Président] ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française être requis de témoigner non plus que de faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite. Tout délai de prescription ou de forclusion  est suspendu." En  clair,  le Président est comme le Roi, inviolable… Mais peut-il pour autant porter plainte ? François Hollande, on l’a vu,  pense que non. Il l’a clairement laissé entendre le 14 janvier 2014. En saisissant la justice, il risquerait, estime-t-il,  de se trouver en position inconfortable devant l’opinion puisqu’il pourrait engager des poursuites alors que personne ne peut en engager contre lui. Cette position serait défendable, si le Président faisait, selon la jurisprudence, l’objet d’une enquête poursuivant le  but d’intérêt général de l’information. Avec la photo de Voici et la photocopie  de son agenda, rien de tel. Aucune raison, semble-t-il, comme aux Etats-Unis de faire primer, à l’instar d’un arrêt de la Cour suprême  du 9 mars 1964,  la liberté d’expression sur la "privacy law"…

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