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Défense raisonnée 
de Dominique Strauss-Kahn
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Pour Strauss malgré Kahn

Défense raisonnée de Dominique Strauss-Kahn

Pour l'avocat pénaliste, Gilles William Goldnadel, il convient de respecter la présomption d'innocence de l'ancien patron du FMI.

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est un avocat pénaliste aux prises de position contestataires, président fondateur d'Avocats sans frontières. Il fut le défenseur des accusés dans les affaires Sentier I et Sentier II, ainsi que dans l'Angolagate. Il est l'auteur de Réflexions sur la question blanche et de Le vieil homme m'indigne ! : Les postures et impostures de Stéphane Hessel, parus chez Jean-Claude Gawsewitch. Gilles-William Goldnadel est également secrétaire national de l'UMP aux médias et à la désinformation.

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Bien sur que ce camp de la vertu permanente et indignée ne s’était guère illustré jusqu’alors par le respect qu’il portait à l’honneur et à la réputation de ses adversaires, lorsque la cruauté des temps judiciaires pouvait lui procurer le plaisir ludique de les piétiner.

Bien sur que les délicates remarques d’un Jean-François Kahn, contraint à la repentance, sur le "troussage des soubrettes", n’ont pas non plus arrangé la cause de l’homme qu’il voulait arranger.

Bien sur que le passé affectif de celui-ci n’est pas forcément son meilleur plaideur.

Mais après avoir rappelé tout cela, je tiens, en homme, en avocat, à rappeler ce qui suit.

Seul, Dominique Strauss-Kahn est présumé innocent des terribles faits dont on l’accuse et qui mériteraient une lourde sanction s’ils étaient avérés.

Mais ce qui se dit, ce qui s’écrit, notamment à la gauche de la gauche, ou dans certaines organisations féministes qui viennent de défiler aux cris de « Nous sommes toutes des femmes de chambre » n’est, pour l’heure, recevable ni au regard des faits, ni au regard du droit, ni à celui de la morale.

Dominique Strauss-Kahn, pour l’heure, n’est pas responsable des statistiques que l’on brandit en matière de viol.

Et son accusatrice, pour l’heure, n’est pas une victime, pas même, il me faut l’écrire, présumée. Seulement, et c’est déjà beaucoup, une plaignante.

Pour l’heure, il est possible  que ses accusations soient sincères et avérées, mais il est également possible qu’elles soient mensongères.

Tout le reste ne participe que d’une idéologie victimaire qui empoisonne le monde occidental des deux cotés de l’Atlantique et que je combats sans relâche depuis des années.

Une idéologie qui fait fond des stéréotypes les plus éculés.

On peut être un parfait salaud, tout en étant blanc, juif et progressiste.

On peut parfaitement mentir, tout en étant femme, noire, et pauvre.

J’écris ces lignes pour défendre la possible innocence d’un homme avec lequel j’ai eu parfois des rapports difficiles.

Mais je les écris aussi dans un esprit prophylactique.

A lire et à entendre ce qui s’écrit, en France, la parole des victimes resterait judiciairement inaudible. C’est ignorer le fait, qu’aujourd’hui, les accusations sexuelles, ou plus largement de harcèlement, peuvent aboutir aux plus lourdes injustices.

Il arrive que les victimes en puissance, femmes, enfants, largement entendues, mentent ou affabulent. Quelques années après Outreau, ne puis-je être entendu sans effort ?

Même chose, en ce qui concerne les souffrances au travail alléguées. Tous les suicides de salariés n’ont pas pour cause, la cruauté de leur employeur. Mais il arrive pourtant que certains syndicalistes instrumentalisent un délit tellement fourre-tout, que l’auteur de ces lignes a dû le faire renvoyer à l’examen de la Cour de Cassation, qui elle-même pourrait décider de le transmettre au Conseil Constitutionnel.

La judiciarisation pénale à outrance de la vie quotidienne à atteint depuis longtemps les côtes françaises.

Tous les avocats confirmeront qu’il est de plus en plus fréquent que lorsqu’un divorce tourne à l’aigre, un conjoint découvre soudain les attouchements d’un parent ou d’un grand parent sur l’un des enfants.

Je ne méconnais certes pas les souffrances infligées aux plus faibles. Mais nous ne vivons pas dans le monde de Oui-Oui. Nous vivons dans un monde imparfait et retors.

Le moins mauvais des systèmes, à Paris comme à New York, lorsque deux thèses humaines s’affrontent sur la base de la dénonciation de l’une des deux est de s’en remettre à l’examen du juge. Sans le moindre a priori.

A défaut, et plus encore qu’aujourd’hui, attendez-vous à voir grossir le régiment des imposteurs, et le bataillon des victimes imaginaires.

Cela ne fera pas diminuer le nombre des vraies victimes.

Seulement croître le tourment des innocents et la laideur des temps.

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