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Déclarations d’intérêts des députés et sénateurs : du faux déballage au vrai malaise
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Mises à nu

Déclarations d’intérêts des députés et sénateurs : du faux déballage au vrai malaise

La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a mis en ligne jeudi 24 juillet pour la première fois les déclarations d'intérêts et d'activité des 900 députés et sénateurs français.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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L’exercice de pseudo transparence voulu par Mou-Président pour créer une diversion au moment le plus critique de l’affaire Cahuzac a produit depuis hier son premier écran de fumée. Mais gare : cette vapeur peut un jour devenir toxique !

Tout d’abord, observons que cette obligation de déballage ne vaut pas pour l’ensemble du patrimoine, qui permettrait pourtant, pour peu qu’il soit honnêtement révélé, de confronter les dires à la réalité. Seules les participations dans des sociétés doivent être déclarées. Les acquisitions dans des conditions parfois très avantageuses de biens immobiliers et leur évaluation ridiculement minorées, activité prisée des ministres qui, eux, doivent les mentionner, échappent aux obligations déclaratives des parlementaires. Vous ne saurez donc pas comment il se fait que votre député a eu la main suffisamment heureuse pour se dégotter cette charmante villa avec vue sur la mer dans un endroit huppé avec ses modestes revenus parlementaires.

Comme les députés et sénateurs, surtout à gauche, mettent souvent un point d’honneur à ne pas détenir d’actions (le capitalisme c’est sale) et se réfugient dans l’immobilier, un élément crucial pour apprécier la cohérence des déclarations manque ainsi à l’appel.

Mais passons rapidement sur cette incohérence car, de toute façon les fraudeurs réels ou supposés se fichent pas mal des déclarations à fournir aux commissions Théodule, comme le récent scandale Benguigui (qui n’a toujours pas démissionné du Conseil de Paris) l’a montré.

Sur le fond, si l’on admet que ce petit monde soit sincère dans ses dires, qu’y a-t-il de choquant dans les faits révélés ? A mon sens deux choses.

Tout d’abord les activités de conseil (avocats, communicants, etc) sont clairement le refuge de ceux qui cherchent à faire du gras en dehors du Parlement. Le problème est qu’elles sont celles qui mettent le plus en situation de fragilité face aux lobbies et corporations. Ces derniers peuvent, de manière sophistiquée, employer des députés ou des sénateurs par des voies détournées en leur confiant tel contentieux ou telle gestion d’image. Si une activité devait être interdite à un élu, c’est bien celle là. En revanche, qu’il continue à se colleter avec les dures réalités du métier de chef d’entreprise industrielle, ma foi, ce serait une bonne chose pour lui faire comprendre la situation dramatique de la France.

L’autre facteur gênant est le portrait d’une classe politique endogamique et professionnalisée à l’excès. L’emploi des conjoints et rejetons flirtent parfois avec le grotesque. Retenons l’exemple d’Yves Jégo dont l’épouse a été placée dans la douleur en position éligible au Conseil de Paris, provoquant des chicayas et hurlements chez les centristes de la capitale. Et bien on apprend qu’au surplus ce conjoint admirable était également collaboratrice parlementaire de son mari. Il faudra du temps pour tout inventorier mais on peut d’ores et déjà relever avec amusement la confirmation de l’omniprésence de Nadia Copé auprès de son époux ou le renvoi d’ascenseur dont bénéficie celle du socialiste François Lamy. Elle se trouve être également directrice de cabinet du président du conseil général de l’Essonne, Jérôme Guedj, suppléant de ... Lamy à l'Assemblée nationale. 

Jacques Bompard, apparenté FN, a à ses côtés un certain Yann Bompard et un autre Guillaume Bompard. C’est ce qu’on appelle un hasard patronymique cumulatif !

Tout cela montre un microcosme de politiciens professionnels, élus à vie ou entendant le devenir et le rester, qui commencent leur carrière comme assistant parlementaire, sont à la fois conseillers municipaux et fonctionnaires d’autres collectivités territoriales (un cas très fréquent qui échappe aux déclarations publiées hier), puis deviennent parlementaires. Cette classe politique pléthorique est très dépendante de sa réélection et donc des appareils de parti auxquels elle adhère. Elle est fragile face aux lobbies, peu au fait de la technicité des problèmes puisque n’ayant que peu d’expérience autre que celle de la politique et, finalement, faible face au pouvoir exécutif. Et c’est bien là que réside l’une des causes du mal français qui ne pourra être traitée que par davantage de démocratie directe et par l’interdiction, pour tout individu, de vivre plus de 20 ans au total d’activités politiques, propositions que je fais dans mon dernier ouvrage :"Français prêts pour votre prochaine révolution ?".

A lire de l'auteur de cet article : "Français, prêts pour votre prochaine révolution ?", de Serge Federbusch, publié chez Ixelles, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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