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De quoi Uma Thurman et Renée Zellweger sont-elles le visage ? (Et c’est plus grave que ce que vous croyez)
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De quoi Uma Thurman et Renée Zellweger sont-elles le visage ? (Et c’est plus grave que ce que vous croyez)

Alors que l'apparition d'une Uma Thurman métamorphosée a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, la frénésie pour la chirurgie esthétique pourrait cacher bien plus que l'obsession de nos sociétés pour le jeunisme.

Bernard Andrieu

Bernard Andrieu

Bernard Andrieu est philosophe, Pr. en Staps Université Paris Descartes, Directeur du laboratoire EA 3625 TEC, http://recherche.parisdescartes.fr/tec/auteur de Sentir son cors vivant. Emersioliogie 1, Paris, Vrin, 2016

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Atlantico : Uma Thurman est apparue lundi 9 février métamorphosée lors de l'avant-première de la série The Slap. Comme Renée Zellweger quelques mois plus tôt, la star dément avoir eu recours à des opérations de chirurgie esthétique. Les images ont néanmoins suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce que ce débat dit de la pression sociale à rester jeune ?

Bernard Andrieu : Le jeunisme est une obligation sociale pour rester dans la compétition des corps. La rivalité des âges est celle aussi des emplois entre 30 et 50 ans il faut  rester compétitif avant d'être trop vieux et d'être remplacé par des énergies plus jeunes, de corps du stagiaire en CDD plus vif et moins cher. Aussi l'esthetique devient une "biopeaulitique" pour tenter de prendre le contrôle de sa peau pour ne pas la laisser échapper dans un trop grand viellissement. La surface doit être tenue et ferme dans un corset physique et des vêtements qui étire la silhouette en remodelant les formes.

Outre les motivations qui peuvent pousser les individus à avoir recours à la chirurgie esthétique, il semblerait que les femmes soient davantage concernées par la réprobation publique. Comment l'expliquez-vous ?

Le corps de la femme serait toujours à montrer dans une culture de la nudité et de l'apparence. Se cacher et se montrer exigent une correction permanente de la matière et des formes corporelle. La domination masculine est une esthétique par le regard que les hommes portent sur l'autre sexe alors que la femme cherche aussi à se sentir bien dans son corps. Cette recherche du bien être dévelope la recherche dans la chirurgie esthésiologique et plus seulement esthétique pour ressentir la fermeté, le trait tiré, la réduction des rides, le volumes des seins prothésés. C'est l'image globale qui est reconstituée pour etre en accord avec son désir et pas seulement le regard segmentant du corps masculin qui voudrait nous imposer son désir.

Qu'est-ce que cela dit de la société de consommation ?

Le desir nous consume si nous consommons les corps comme une partie de l'autre et pas une expérience partagée avec l'autre. La consommation des corps trouve dans ces immersions expérientielles que représente le partage de sensations un moyen de commercialiser la domination dans le fantasme du roman et du film 50 nuances de grey...Mais dans la réalité, les modèles alternatifs de la consommation des corps existent par une recherche d'harmonie plutôt que dans la satisfaction des besoins. Contre le conservatisme des essences, se dégenrer, se détourner, se rencontrer différemment est un moyen de créer de nouvelles formes de socialisation fondées sur la non exploitation de l'autre corps

Comment le rapport de la société au corps vivant relativement au corps vécu a-t-il évolué ?

S'immerger dans son corps vivant, laisser émerger de son corps l'orgasme, le vertige, la peur, la douleur, la joie, la fatigue...c'est laisser passer l'involontaire. Ne plus avoir peur de son vivant, se donner le vertige est devenu un moyen de se reconnecter avec son corps vivant en dépassant les limites de la conscience de notre corps vécu. La société dans la quelle nous vivons est une société du contrôle et de la maîtrise de son corps vécu par une conscience permanente et obligatoire pour rester convenable et poli. Or la violence contre  et dans les corps des autres prouve l'absence d'éducation au corps vivant, le manque de respect de ce qui peut toujours emerger du corps vivant.

Faut-il y voir une dévalorisation des corps vivants qui auraient subi les marques du temps ? 

Les corps burn-out, dépressifs, violés, vieux, fatigués, malades, handicapés...sont des corps humains vivants desquels continuent à émerger des sensations, des émotions et des images créatives. La dévalorisation du vivant du corps définit une esthétique du contrôle de l'image corporelle dans un markéting des corps. Les marques sur le corps, tatouage-piercing, sont aussi celles du temps cicatrices, rides et volumes des formes. Avec au moins Lucian Freud, Francis Bacon ou Orlan, Cyndy Shermann nous disposons des images d'autres corps vivants, ceux qui sont confrontés au vieillissement, à la contamination, à la mutation technologique.

Est-ce que ces pratiques reviendraient-elles à dire que la vie ne vaut d'être vécu lorsqu'on ne répond pas aux injonctions de performance de la société, et ce dans tous les domaines de la vie ?

Le suicide ou la tentation de suicide comme dans le harcèlement scolaire ou dans le désespoir de la mesetime de soi et de la dépression peut provenir de la stigmatisation sociale des autres qui ne cessent de me juger comme non conformes à la norme. mais c'est faute de découvrir en soi la profondeur de son vivant et ses ressources de créativité. Ne plus être performant ou pas assez est une exploitation univoque du capital de chacun(e) alors que d'autres voies de développement personnel et de création d'emploi existe pour inventer de nouvelles normes.

Propos recueillis par Carole Dieterich

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