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Crise sanitaire : non le secteur public n’a pas été abandonné ces dernières années. La preuve par les chiffres
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Mythe et réalité

Crise sanitaire : non le secteur public n’a pas été abandonné ces dernières années. La preuve par les chiffres

De l’opposition en passant par les réseaux sociaux, nombreuses sont les voix qui dénoncent le sous investissement de l’Etat dans des secteurs vitaux. Le problème est en fait plutôt celui d’un gigantesque gaspillage…

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Quels sont les secteurs privilégiés qui profitent le plus de ces investissements ? À l’inverse, d’après vous, existent-il des secteurs défavorisés ? Pour quelles raisons ? 

Michel Ruimy : L’importance des investissements publics varie selon la définition choisie. Toutefois, nous pouvons considérer qu’en France, leur montant annuel est proche de 100 milliards d’euros soit environ 4% du Produit intérieur brut (PIB). Un niveau relativement stable depuis les années 2000. Notre pays est le premier investisseur de l’Union européenne et, en proportion du PIB, il se situe au niveau des pays de l’Europe centrale et orientale. 

L’État investit essentiellement dans des domaines régaliens : la Défense (80% des investissements), la Sécurité intérieure (4%), la Justice (4%) et la Culture (3%) mais aussi dans des secteurs d’« avenir » comme l’Education et la Santé publique. Les investissements civils concernent, pour l’essentiel, des dépenses immobilières (entretien du patrimoine culturel, universitaire et des bâtiments administratifs, entretien et construction d’établissements pénitentiaires…) et des équipements, notamment en faveur de la Police et de la Gendarmerie. 

Mais, la plupart des dépenses sont confiées aux collectivités territoriales, qui investissent essentiellement dans les domaines du BTP (routes, logement…), de l’urbanisme ou des réseaux (gestion des eaux…) et, dans une moindre mesure, aux administrations de Sécurité sociale, qui investissent surtout dans les hôpitaux, essentiellement en immobilier (50%) et en équipements (30%).

En fait, la France ne souffre pas d’un déficit d’investissements publics mais plutôt d’un d’éparpillement de l’effort dans des secteurs moins porteurs que d’autres pour son développement. Il conviendrait de sortir de ces anciens schémas d’expansion pour nous engager dans une logique « transformante » à moyen terme en vue d’un futur modèle de développement c’est-à-dire un modèle de développement durable fondé, à la fois, sur la « matière grise » et l’« économie verte », ce qui nécessite des investissements appropriés dès aujourd’hui.

Si l’investissement est présent, quels sont les acteurs qui le freine ? 

Ce ne sont pas uniquement des acteurs qui peuvent freiner l’investissement mais aussi des évènements, des comportements… voire une conjonction de facteurs. 

En effet, alors qu’un peu plus de 50% de l’investissement public en France est réalisé par les collectivités territoriales - poids prépondérant mais en ligne avec la moyenne de l’Union européenne -, la part de l’État représente environ 35% du total. 

Or, au niveau local, les efforts en matière d’investissement public sont liés au cycle électoral du bloc communal. En effet, à l’approche des échéances électorales, de nombreux investissements sont réalisés. Mais, ils répondent plus, à des objectifs de court terme visant à satisfaire les attentes des électeurs en vue de la prochaine élection, qu’à une perspective de long terme. C’est donc, parfois, un comportement opportuniste des élus qui privilégient davantage leur propre intérêt que l’intérêt général. 

Il n’en demeure pas moins que si ce cycle explique les variations à la hausse ou à la baisse, il n’invalide pas, pour autant, une stabilité structurelle sur longue période. 

 

Quels sont les pouvoirs dans le service public qui empêchent le bon fonctionnement des investissements ? 

Il n’y a pas que le pouvoir de certains hommes. Il y a aussi des  règles qui empêchent le bon fonctionnement des investissements. Une relance efficace de l’investissement public en France, et plus largement en Europe, se heurte à une application restrictive des traités européens actuels. C’est pourquoi une réflexion préalable doit consister à déterminer le niveau adéquat de relance de l’investissement public : national ou européen. 

Deux principes doivent guider les évolutions institutionnelles. Premièrement, il ne faut pas opposer les deux niveaux d’investissement mais penser leur complémentarité. Deuxièmement, dans tous les cas, un rôle essentiel doit être laissé à une hausse de l’investissement public national pour des raisons économiques, sociales et politiques. Les situations économiques nationales étant très différentes entre les pays, le besoin d'investissement public et la nature de ces derniers diffèrent grandement d’un pays à l’autre. Ensuite, les préférences nationales conduisent à des demandes d’investissement différentes. Le principe de subsidiarité doit donc guider une réforme institutionnelle permettant une relance de l’investissement public.

Quelles seraient, d’après vous, les mesures à prendre pour que le service public ait un meilleur fonctionnement, que les investissements soient réellement utilisés à leur pleine ampleur ?

Le problème de la France réside d’une part, dans le fait que les domaines des infrastructures, des transports ou des équipements collectifs représentent une proportion importante des investissements publics par rapport à ceux destinés à la recherche et le développement et le « capital humain ». En d’autres termes, les investissements effectués ne se situent ni dans les secteurs, ni sur les segments de marché les plus porteurs au plan économique. D’autre part, ceux-ci ne doivent pas se limiter à leur impact sur le PIB potentiel. Ils peuvent tenir à une amélioration des conditions de vie des ménages (réduction du temps de transport…), à une réduction des nuisances environnementales (limitation des émissions de gaz à effet de serre…) ou à une réduction des coûts de fonctionnement des administrations (informatisation des procédures…). 

C’est pourquoi, plus que de s’intéresser au volume des investissements, il s’agirait d’évaluer systématiquement leur qualité et leur efficacité socio-économiques - et donc sa rentabilité ou sa valeur actualisée nette collective - en réalisant un bilan coûts-bénéfices global y compris lorsqu’ils sont non marchands (pollution, sécurité, gain de temps des usagers des transports…) car, à la différence des entreprises privées, les critères financiers tels que le retour sur investissement ou la valeur actualisée nette financière d’un projet ne sont pas pertinents dans le secteur public. 

Cette analyse, dont le principal objet serait le ciblage et la qualité des projets, permettrait ainsi d’améliorer leur efficacité par un meilleur choix des projets.

 

 

Toutefois, la valorisation des bénéfices non marchands reste parfois conventionnelle et l’évaluation socio-économique, pour être complète, nécessite une uniformisation de la méthodologie entre les secteurs afin de permettre à terme de hiérarchiser les projets et d’apprécier le bien-fondé des investissements.

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