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"Il s'agit de la troisième puissance économique européenne, et si un plan de sauvetage devait être mis sur pied, cela coulerait le fonds européen de stabilité financière dans un premier temps, et toute l’Europe ensuite."
"Il s'agit de la troisième puissance économique européenne, et si un plan de sauvetage devait être mis sur pied, cela coulerait le fonds européen de stabilité financière dans un premier temps, et toute l’Europe ensuite."
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Crise : l’Italie va-t-elle précipiter l'Europe entière dans le chaos ?

Poids lourd de l'économie européenne bien plus important que la Grèce, l'Italie doit faire face à de graves soucis de financement de sa dette. Faut-il s'inquiéter ?

Cinzia Alcidi

Cinzia Alcidi

Cinzia Alcidi est économiste au Centre for European Policy Studies (CEPS) de Bruxelles.

 

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Atlantico : Un nouveau plan d'austérité a été adopté en Italie ce mercredi. La situation économique de ce pays est-elle réellement alarmante ? L'économie italienne est aux abois, ses finances publiques sont plongées dans le désarroi... Pourtant, certains économistes minimisent ces "effets d'annonce". Qu'en est-il dans les faits ? 

 

Cinzia Alcidi : La situation économique de l’Italie est délicate en ce moment, du fait d'une dette publique très élevée, autour de 120% de son PIB, soit la troisième dans le monde après la dette américaine et japonaise. Jusqu'à la première partie de cette année, les questions relatives à la soutenabilité de cette dette ne se posaient pas, même si quantitativement elle était élevée. L’Italie pouvait donc emprunter à taux très bas pour assurer le refinancement de sa dette, et ainsi chacun était rassuré. 

 

Ce qui a changé, c'est la situation sur les marchés financiers et la perception du risque. Il y a donc eu une nouvelle évaluation de l'endettement italien et beaucoup d'investisseurs ont commencé à fuir ses titres. S'en sont suivies de nombreuses ventes sur les marchés, qui ont poussé à l'augmentation des coûts du refinancement de la dette italienne sur le marché international. En conséquence, cette dette énorme qui était soutenable ne l'est plus.

 

A cela, il faut ajouter la prise en compte de différents éléments servant à évaluer la soutenabilité d'une dette. A savoir, le coût de refinancement, les taux d’intérêts et de croissance. Pas de bonnes nouvelles pour l’Italie, ni d'un côté, ni de l'autre : les taux d’intérêts ont augmenté et la croissance est faible (moins de 1% cette année).

 

Enfin, un autre élément est pris en compte, la situation politique. Les investisseurs, qui décident d'acheter des titres de la dette publique, regardent de près la qualité des institutions et la fiabilité d'un gouvernement dans sa capacité à faire face à la crise. Et concernant l'Italie, les marchés ne sont pas rassurés des promesses faites par le Premier ministre.



L’Italie représente-t-elle une "Grèce" en devenir pour la zone euro ?

 

Les comparaisons de ce type vont bon train, du fait notamment de la dette très élevée dans ces deux pays. Et effectivement, dans la zone euro il n'y a pas d'autres pays avec une pareille dette, exception faite de la Belgique, dont la dette plafonne aux environs de 100% de son PIB.

 

Toutefois, des pays comme l'Italie et la Grèce ne peuvent être arbitrairement rapprochés. la Grèce est un cas spécifique, elle a déjà bénéficié de deux plans de sauvetage qui n'ont pas donné de résultats, et présente un risque de défaut de paiement.



Italie - Grèce, une comparaison forcée... Est-il si difficile d'imaginer l'économie italienne succomber ? 

L'espace nécessaire pour changer la situation existe, il faut simplement un engagement fort de l 'Italie. La Grèce est un petit pays, l'Italie par contre est un des pays systémiques de la zone euro. Les autres pays membres pourraient donc faire pression pour la mise en place d'actions, mais c'est à l’Italie d'agir, car il est impossible d'imaginer un plan de sauvetage pour l’Italie. Il s'agit de la troisième puissance économique européenne, et si un plan de sauvetage devait être mis sur pied, cela coulerait le fonds européen de stabilité financière dans un premier temps, et toute l’Europe ensuite.



L'Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal... Peut-on oser affirmer que la culture de la dette est propre aux pays du Sud de l'Europe ?


Je ne crois pas. Il faut nuancer. Ce qui peut être affirmé, c'est qu'à la création de l'union monétaire, il y avait une disparité à l'intérieur de l'union qu'on allait créer, mettant en scène deux "Europe" : celle du Nord et celle du Sud. Au début de la zone euro, on appelait d'ailleurs les pays européens du Sud "le club Med".

Ce qui était souhaité, c'est que la création de la zone euro puisse changer la situation en apportant une convergence, une croissance, des changements au niveau des fondamentaux de l'économie des pays de la Méditerranée. De sorte que ces derniers puissent aspirer à un niveau plus élevé de croissance, proche de la situation des pays du cœur de la zone d'Europe continentale;

Jusqu'en 2007, la convergence prenait, la croissance espagnole et grecque étaient très élevées, avec des années à 6% de croissance. Ce que les décideurs européens n'avaient pas réalisé, c'est qu'il y avait des situations de très fort déséquilibre, avec une augmentation de la dette du gouvernement en Grèce, de la dette privée en Espagne qui avait alimenté la bulle immobilière, même chose en Irlande. Au Portugal ou en Italie, la croissance n'était pas exceptionnelle... Mais le projet était en marche. Or,  les différences entre le Sud et le Nord de l’Europe en période de crise sont exacerbées.

Si l’Italie n'arrive pas à gérer le problème de sa dette, quelles seront les répercussions pour la France ?

 

En général, l’Italie ou l’Espagne sont des pays systémiques pour la zone euro, et pas seulement pour la France. Mais en regardant de plus près toute une série de données, on s'aperçoit que les banques françaises sont très exposées par rapport à l’Italie : elles détiennent beaucoup de titres italiens. Ce n'est pas un hasard si cette semaine les banques françaises ont été touchées par la révision de l’annotation du titre italien, et  que Moody's a déclassé d'un cran la Société Générale et le Crédit Agricole. Les autres banques françaises sont également très exposées quant à la situation italienne.



Si l’Italie tombe, les banques françaises tombent dans la foulée ?

 

Oui, et avec elles toute la zone euro. Ce serait extrêmement surprenant...



Ce dernier plan de rigueur adopté en Italie est-il crédible ?

 

Silvio Berlusconi avait promis aux Italiens de ne pas s'en prendre au pouvoir d'achat pour faire face à cette crise, mais l'augmentation de la TVA à 21% s'attaque directement au portefeuille du peuple. Berlusconi est donc désormais forcé à prendre des mesures extraordinaires, mais en ressort très impopulaire. Peut-être qu'un gouvernement de technocrates devrait prendre le relais grâce à un mandat spécial, et se fixer pour mission d'améliorer de façon visible la position des finances publiques de l'Italie et de rassurer ses partenaires européens. Pareil phénomène est envisageable, il s'est déjà produit dans les années 1990 pour satisfaire aux critères de Maastricht.

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