Mais pourquoi lutter contre un risque inflationniste imaginaire alors que la récession menace ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Mais pourquoi lutter contre un risque inflationniste imaginaire alors que la récession menace ?
©

Crise quand tu nous tiens...

Mais pourquoi lutter contre un risque inflationniste imaginaire alors que la récession menace ?

L'écart entre le taux d'intérêt allemand sur sa dette et celui des autres États membres se resserre. Le message des marchés en direction de l'Europe est désormais clair : rien ne sert de lutter contre l'inflation lorsqu'on est menacé par la récession...

Marc Touati

Marc Touati

Marc Touati est économiste et président fondateur du cabinet ACDEFI (aux commandes de l'économie et de la finance). Il s'agit du premier cabinet de conseil économique et financier indépendant au service des entreprises et des professionnels.

Il a lancé en avril 2013 la pétition en ligne Sauvez La France.com pour diminuer "les impôts", les "dépenses publiques superflues" et "retrouver le chemin de la croissance" afin de "sortir par le haut de cette crise".

Il est également l'auteur de Quand la zone euro explosera, paru en mars 2012 aux Editions du Moment. Son dernier livre est Le dictionnaire terrifiant de la dette (Editions du moment, mars 2013).
 

 

Voir la bio »

Dans ce monde de plus en plus chaotique et imprévisible, l’impensable devient réalité. En effet, alors qu’elle semblait constituer un modèle de vertu et paraissait de ce fait inattaquable, l’Allemagne a raté son adjudication obligataire fin novembre. Seuls 60 % des obligations proposées par l’État ont trouvé preneur.

A l’évidence, la douche est froide pour une Allemagne qui se pensait à l’abri de la crise de la dette publique, et refusait par là même de transiger sur son orthodoxie monétariste. Ainsi, le taux des obligations à dix ans de l’État allemand s’est nettement tendu, passant de 1,87 % à 2,26 % en quatre jours (un plancher de 1,64 % avait même été atteint lors de la séance du 23 septembre). Si cette déconvenue inattendue aura donc le mérite de calmer l’arrogance allemande, elle montre également qu’il n’existe plus de rempartpour lutter contre la défiance des investisseurs à l’égard de la zone euro.

Comme nous l’écrivons depuis bientôt trois ans, la crise grecque n’était que la partie émergée d’une crise beaucoup plus profonde, concernant toute la zone euro. Ce malaise est avant tout la conséquence des erreurs stratégiques des dirigeants politiques et monétaires de l’UEM (Union économique et monétaire) depuis plus de dix ans. Ainsi, la BCE a constamment sacrifié la croissance sur l’autel de l’inflation. Quant aux gouvernements, ils ont constamment augmenté les dépenses et la dette publiques, sans réussir à restaurer une croissance soutenue.

Si l’Allemagne a évité de tomber dans ce piège de la gabegie inefficace des dépenses publiques, elle n’en demeure pas moins fragilisée par la crise actuelle. La claque que vient de recevoir le gouvernement allemand n’est d’ailleurs que la sanction de son obstination à refuser de modifier le fonctionnement de la zone euro. Les marchés adressent ainsi un message simple à l’Allemagne : il ne sert à rien de mourir guéri. Autrement dit, à quoi bon vouloir lutter contre un risque inflationniste fantaisiste, alors que la zone euro est menacée par la récession et ensuite par l’explosion ?

Voilà pourquoi, les taux des obligations d’État flambent partout dans l’UEM, y compris en Allemagne et dans ses « satellites ».
Jusqu’à présent relativement épargnés par la crise, notamment grâce à des efforts de réduction de leurs dépenses publiques, les Pays-Bas, la Belgique et même la Finlande voient leurs taux longs flamber dangereusement. Certes, ils sont encore loin de leurs homologues des pays du Sud, mais ils montrent que la spirale infernale (hausse des taux d’intérêt-récession-augmentation de la dette) est contagieuse.

Comble de la déchéance, le « flight to quality » (c’est-à-dire l’afflux des investisseurs vers les placements de qualité) s’éloigne du «
champion allemand », pour se reporter sur les « méchants américains » et les « perfides anglais ». De quoi relancer la psychose du complot anglo-saxon. La stratégie du bouc-émissaire est évidement pratique pour faire oublier ses erreurs. Pourtant, ces dernières ont été graves, nombreuses et durables.

Soyons clairs ! Si la zone euro ne modifie pas sa gouvernance en favorisant la croissance à tout prix (et ce notamment grâce à une forte baisse des taux de la BCE et de l’euro/dollar), elle finira par disparaître. Il faut donc arrêter de tergiverser et de perdre du temps. Les Allemands doivent très vite annoncer ce qu’ils veulent.

  • Première possibilité : ils acceptent de réformer les Institutions de l’UEM, notamment en permettant à la BCE de soutenir davantage la croissance et de monétiser la dette de pays en difficulté, évidemment sous conditions d’assainissement budgétaire. Ils sauveront ainsi la zone euro ;

  • Seconde possibilité : ils continuent de refuser cette amélioration et mettent l’Union monétaire en péril.

    L’épisode malheureux de la dernière adjudication confirme que l’Allemagne ne pourra pas sortir indemne d’une crise eurolandaise (zone euro) durable, et a fortiori de la fin de l’euro. Voilà pourquoi, il est possible d’espérer qu’ils finiront par choisir la première solution.


En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !