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©SILVIO AVILA / AFP

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Covid : le vaccin-miracle peut-il sauver le monde et l’économie ? Voilà en tout cas 4 questions qu’il laisse sans réponse

L’industrie pharmaceutique est confrontée à des challenges impossibles: comment aller vite contre une nouvelle vague de la pandémie, tout en respectant la rigueur de la recherche et la transparence sur les profits liés à ce vaccin ? Le plus grave, c’est le scepticisme des opinions publiques.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’annonce par Pfizer de l’imminence d’un vaccin contre le Covid a provoqué un débat à l’échelle du monde. Débat technique, économique, financier et politique, parce que si l’enjeu sanitaire est considérable, l’impact économique ne l’est pas moins. La concurrence se fera forcément sur le terrain biologique entre les moyens utilisés ; sur le terrain économique concernant le prix des doses. Le vaccin annoncé par Moderna serait ainsi plus simple à distribuer et de fait moins couteux.

Quant à la concurrence politique, elle n’est pas moins présente. Il y a 4 questions qu’il faut se poser et sur lesquelles, à défaut de trouver des réponses définitives auprès de spécialistes, il faudra rassembler des éléments de réflexion jusqu’ à la sortie du ou des vaccins..

1ère question : L’urgence favorise-t-elle l’innovation réelle? Cette question est importante parce qu’il existe une petite musique en Occident pour laisser penser que cette urgence-là, pour répondre à un problème sanitaire correspond aussi à des contraintes politiques et des enjeux spéculatifs.

L’urgence s’impose parce qu’il faut barrer la route à ce virus le plus vite possible, parce qu’il fait des dégâts considérables irréparables sur le terrain de l’économie. Mais la question de l’urgence sert ne dessert pas l’innovation. Au contraire. C’est chaque fois en temps de crise que l’industrie pharmaceutique a adopté des innovations qui ont permis une nette amélioration des conditions de vie. Pendant la guerre de 14-18, les rayons X se sont imposés alors qu’ils étaient disponibles depuis quelques années déjà, et en 39-45, ce sont les antibiotiques qui se sont développés en masse et de façon industrielle, pour répondre à la demande de soigner toute une population. C’est au pied du mur que les décisions les plus importantes se font et les changements de comportement.

Ici, dans les vaccins qui sont en cours de test, un risque pris est celui lié à la composition du vaccin et ses composantes biologiques. Pour ce vaccin contre le Covid, developpé par Pfizer et BioNtech,une société allemande, on ne va pas inoculer le virus lui-même dans une version affaiblie comme dans la majorité des autres vaccins, on va utiliser uniquement ses caractéristiques génétiques sans injecter l’agent pathogène. C’est cette nouvelle approche, l’Arn messager, qui est largement utilisée dans le cas et c’est aussi ce qui permet d’aller beaucoup plus vite. Cette innovation-là marquera fortement cette lutte contre cette épidémie et sans doute les autres .

2ème question : les laboratoires prennent-ils plus de risques pour développer ce vaccin ? Quelles sont les étapes qui sont raccourcies ?

Normalement, l’industrie pharmaceutique met environ 10 ans à développer un vaccin traditionnel. Parce que la stratégie choisie est celle d’anéantir le plus rapidement possible l’épidémie, certaines phases sont accélérées dans le cadre du développement de ce vaccin.

Aujourd’hui, plus de 230 candidats vaccins contre le Covid-19 sont en cours de de développement aujourd’hui, 11 sont en phase 3 d’essais clinique à grande échelle.

Des campagnes de vaccination sont déjà en cours. La Chine se vante d’avoir déjà vacciné 15 millions d’individus, mais reçoit les critiques de l’OMS. Au Brésil, on teste, dans un comté le vaccin de la société chinoise Sinovac et en Russie aussi, on injecte déjà le Spoutnik-V alors que les phases d’essais ne sont pas terminées.

Les vaccins de Pfizer et de Moderna sont donc sur le point de terminer leur phase 3, et c’est à ce titre que Pfizer a choisi de faire son annonce sur une efficacité à 90% de la formule qu’il teste actuellement ou Moderna une efficacité encore améliorée à 94,5%. Sanofi, lui, n’a pas encore terminé sa phase 2.

Pourtant, tous les laboratoires pharmaceutiques portent leur risque pour développer ce vaccin à temps.

En temps normal, la phase de production de masse ne commence qu’après la réussite des derniers essais de phase 3. Or, Pfizer a déjà annoncé qu’il avait commencé à produire le vaccin final. Il n’est pas le seul dans ce cas et actuellement, des milliers de doses de vaccins sont déjà produites par différents laboratoires pour être prêt à temps, Sanofi, Moderna, AstraZeneca… même si aucun n’est encore légalement sur le marché.

Mais si la production est aussi rapidement mise en route c’est aussi parce qu’on a largement diminué le risque commercial. Il y a déjà eu des pré-ventes, des contrats qui ont été passés entre les États et les sociétés pharmaceutiques.  Devant l’urgence de la situation et sa propagation au niveau mondial, chaque laboratoire trouvera son marché, dans une population de plus de 7 milliards d’êtres humains, parce qu’il faut bien que l’immunité touche la planète toute entière. Encore faut-il que chaque vaccin passe les agrémentations nécessaires.

3e question : quel sera le profit pour les big pharma de commercialiser un vaccin ? Parce qu’il existe une petite musique qui insinue que les grands laboratoires n ‘ont pas un si grand intérêt à dépenser des sommes folles pour mettre au point le vaccin ?

Contrairement à une idée reçue, l’industrie pharmaceutique ne fait pas de grand profit par la vente de vaccins, mais plutôt par la vente de médicaments éprouvés et des produits de parapharmacie, là où la recherche est marginale. D’abord parce que la production d’un vaccin est complexe, couteuse et incertaine. Ensuite, pour que ce vaccin soit largement diffusé à toutes les populations, le prix proposé ne pourra pas être trop élevé. Alors, bien sûr, il est légitime que sur chaque dose produite, l’entreprise ne fasse pas de perte.

Mais surtout, l’industrie pharmaceutique doit se protéger des scandales qui pourraient survenir dans des profits trop importants récoltés par des dirigeants liés à ce vaccin. Et Pfizer a déjà raté le coche ce lundi, avec l’annonce de son vaccin. Ces deux principaux dirigeants ont vendu des actions ce jour-là et encaissé des bénéfices dû à l’explosion du cours de bourse (+7%). Et pourtant, ils n’ont absolument rien déclenché eux-mêmes, ces ventes d’actions font partie de leur rémunération (le PDG de Pfizer Albert Bourla est payé à 90% en actions). Le contrat de gestion établi que les actions sont vendues automatiquement au-delà d’un certain cours, c’est ce qu’il s’est passé le lundi 9 novembre. C’est légal, mais c’est évidemment une erreur de communication incroyable qui a largement entaché le bon nouveau sanitaire. Et surtout la confiance.

4e question : Qui pourra profiter du vaccin, quelles populations, quels pays ? Parce que là aussi, les bruits les plus divers dissertent sur le prix du vaccin, l’impossibilité de le payer et surtout la contradiction qui peut apparaître entre la nécessité d’immuniser la quasi-totalité de la population mondiale et le fait que des pans entiers de cette population refusera de se faire vacciner y compris en Occident, y compris en France ?

Pour l’instant, le vaccin annoncé par Pfizer pâtit de deux défauts majeurs : la difficulté logistique, car il ne supporte que le très grand froid à -70°. Et son prix, puisqu’il sera vendu aux alentours de 40 dollars la dose, sachant qu’il en faudra deux. Cela le met déjà hors d’atteinte des pays en voie de développement. C’est donc un vaccin qui sera, de fait, réservé aux pays développés. Les autres, plus classiques, seront moins chers ou interviendront plus tard, à un prix qui ne devraient pas dépasser celui d’un vaccin contre la grippe (environ 15 euros maximum).

Outre la question du prix, vient la question de l’acceptation du vaccin par les populations. En France, pays de Pasteur, en ce moment, les sondages montrent que près de la moitié de la population ne serait pas prête à se faire vacciner. Les laboratoires pharmaceutiques savent que, plus que n’importe quel autre secteur de l’économie, ils ne peuvent pas transiger sur la confiance.  C’est l’ingrédient indispensable pour que les gens achètent un produit, et ça le sera pour que les acceptent de se faire vaccin.

Avec le coronavirus, les fausses informations, voire les thèses complotistes ont fleuri sur l’origine du virus et les moyens d’y remédier. Couplées aux incohérences des discours politiques sur les masques, les tests…, l’opinion publique est encore très partagée sur le sujet. Il suffit de voir les thèses proliférer au sujet de Bill Gates, aujourd’hui à la tête d’une fondation philanthropique et accusé de manipuler les élites mondiales (gouvernements et industrie pharmaceutique) pour arriver à son but, éradiquer toute une partie de la planète.

C’est presque de la science-fiction.

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